MAURITANIE CÉSARIENNE
(Extrait du tome I^' de la Hevue archéologique y 1841-43,
2« partie, pp. 563-5720
Les recherches des archéologues n'ont pas encore complètement déterminé quelle était la destination de certaines collines factices, formées de terres amoncelées et quelquefois revêtues de pierres, qui se voient en divers points des Gaules et de la Grande-Bretagne. L'opinion la plus commune donne a ces monuments une origine celtique ou gallo-romaine, et les fouilles pratiquées en plusieurs lieux ont amené quelques découvertes qui indiquent des sépultures. Les tumulus de ritalie sont mieux connus et plus faciles à apprécier (1). L'état de conservation parfait dans lequel sont restés les tombeaux coniques de l'Étrurie a permis de juger avec cerlilude de l'usage pour lequel ils avaient été édifiés. Sur les bords de la mer Noire, dans les contrées que peuplèrent les Scythes, on retrouve les tumulus funéraires dont la Grèce et l'Asie Mineure présentent aussi quelques exemples. Dans l'Inde enfin et dans l'Afghanistan, partout où le Bouddhisme a porté ses doctrines^ on découvre des monuments circulaires connus sous le nom de Stonpas ou Topes (2), qui paraissent avoir été érigés pour conserver des restes mortels ou des reliques.
(1) Micali, MoHurnenti per set-virealifi storia degli ant, p^p, Italiani. PI. LXiL ii«» 7 et 8. — V. dans le même ouvrage le Nouraghe dCïsUi, pi. LXXI, n« 4.
(2) Massou. Memoir on tke (opes and sepulcht'al monuments of Afghanistan» Ariana antiqua. Loadou, 1841, p. 55. — Ritter, Die Stupas.
LKS TUMLLUS DE DJEBEL [EL AKHDHAK. 111
D'après le récit de quelques voyageurs nous savions que clans l'Afrique septentrionale il existait deux tombeaux célèbres. Celui dont Peyssonncl,cilé par M. Bureau de la Malle (1), donne une description détaillée, est un grand corps de bâtiment rond, de deux cents mètres de circonférence, qui so termine en pyramide par trente-deux degrés de pierre ; il est situé à Médrachem, à une dizaine de lieues au nord-ouesl de Lamba (Uantique Lambasa), dans la province de Constantine. L'autre, appelé communément Qobeur er' Roumiah (le tombeau de la chrétienne), est à Touest de Coléah. Il est comme le premier haut de trente mètres, posé sur une base cylindrique et se termine aussi en pyramide.
Un officier français, M. Azémade Montgravier, envoyé avec la division de Mascara dans le Sersou (nom que les Turcs ont donné aux plateaux dans lesquels prennent leurs sources les rivières qui coulent au nord), a singulièrement accru les notions que nous possédions sur Tarchitecture africaine, et les principaux monuments qu'il signale sont des tumulus qui ressemblent de la manière la plus frappante à ceux de llnde, plus encore peut-être qu'aux constructions du même genre que nous avons pu examiner en France. M. Hase a reçu du savant officier des dessins très habilement faits, accompagnés d'un rapport fort intéressant dont nous allons extraire les renseignements nécessaires à la complète intelligence des figures que nous avons fait graver.
La campagne de 1843 permit à M. de Montgravier d'explorer toute la portion du Sersou comprise entre la chaîne du Djébel-Nador, la haute Mina et les Keffs, dans une longueur d'environ dix myriamètres. L'armée, partie de Tiaret, longea successivement tous les côtés de ce vaste rectangle qu'elle parcourut plusieurs fois en divers sens. Les monuments qui existent dans cette région peuvent être classés en deux catégories bien distinctes : l^les postes romains; 2** les cités barbares protégées par ces postes et les monuments tumulaires
(1) Recueil de renseignements pour V expédition dam la province de Constantine, 1837, p. 212 et suiv.
Hâ LES TLMLLUS DE DJEBEL EL AKHDHAR,
voisins de ces cités; c'est ce qui se voit à Tiaret, à Loha, à Mérat sur les Keffs, à Kennouda et à Bentnçara sur le cours de la Mina. Dans chacun de ces points on remarque en dehors de Toppidum romain une enceinte continue en maçonnerie, et dans l'espace qu'elle renferme, des débris confus auxquels on pourrait donner le nom de cité barbare. Sur les crêtes du Djébel-Nador, à chaque source principale, à côté du poste romain se trouvent des vestiges de forteresses barbares ; on reconnaît dès Tabord que ceux qui les ont élevées n'ont pas toujours eu à leur disposition les instruments nécessaires pour la taille des pierres ni le ciment pour les assembler. De larges dalles en fonnent le sol, et leurs débris couvrent les flancs des mamelons. Il ne reste d'intact que certaines constructions gigantesques qui rappellent les pierres de Karnac et nos autres monuments druidiques.
Parmi les points explorés, Kennouda est un de ceux qui offrent le plus d'intérêt par la réunion de la cité à la nécropole. Là, par un examen attentif, il est facile de reconnaître un bâtiment central de forme circulaire, situé au milieu d'un carrefour auquel viennent aboutir les lignes principales des rues ou habitations particulières. Les fouilles ont démontré que le mode de construction de ces étranges monuments consistait en pierres sèches, formant deux parements, l'un intérieur, l'autre extérieur, entre lesquels était jeté un blocage de moellons de petites dimensions.
A l'intérieur de la ville, on trouve la nécropole, où Ton remarque des pierres colossales, disposées comme nos dolmen. Up de ces monuments a quatre mètres de long sur deux de large et deux de hauteur. La pierre supérieure est percée de trois augets communiquant entre eux par un canal. Deux cavités rondes, placées symétriquement, semblent avoir été creusées pour recevoir les hampes de lances ou les supports d'un baldaquin dans une cérémonie religieuse, et, si cette hypothèse ne devait par paraître trop hardie, on pourrait déclarer que cet autel barbare est un véritable dolmen. H serait certainement fort intéressant de retrouver sur les confins du