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Nous trouvons en tête du volume une introduction savante et développée, divisée en trois chapitres; le premier contient l'exposition très complète de tous les systèmes adoptés jusqu'à nos jours par différents archéologues touchant l'origine des compositions qui ornent les vases peints ainsi que des vases eux-mêmes. Toutes ces opinions peuvent être ramenées à deux manières de voir principales ; l'une qui ferait attribuer à la Grèce les vases que l'on trouve en Italie, où ils auraient été transportée parle commerce; l'autre qui accorderait aux peuples de TÉtrurie et de la Fouille le mérite d'avoir fabriqué ces élégants vaisseaux d'après leurs seules inspirations. Les auteurs de M Elite des monuments céramographiques ne se rallient ni à Tune ni à l'autre de ces opinions. Le second chapitre est consacré à la démonstration de cette supposition, que là où les vases peints se trouvent en très petit nombre, il est probable qu'originairement on les avait importés dans le pays, et que là, au contraire, où on les découvre en grande abondance, cette abondance ne s'explique que par l'existence d'une fabrique locale. Ce système, tout en faisant prédominer le fait de la multiplication des fabriques, laisse encore, comme on le
voit, une assez belle pari à celui de l'importation. Athènes, Egine, Corinthe paraissent être les seuls centres de fabrication dans la Grèce continentale. Dans Tarchipel, il faut citer Milo et Santorin. Les vases trouvés sur les bords de la mer Noire, àPanticapée, offrent des particularités qui doivent faire croire à une industrie locale. On remarque au musée de Leyde un petit vase noir trouvé dans la Cyrénaïque, orné d'une tète de Jupiter Ammon, en relief, type national à Cyrène et qui semblerait déterminer le lieu où fut fait ce monument. La contribution de la Sicile à l'ensemble des richesses céramographiques, quoique plus considérable jusqu'à présent que celle de la Grèce, est loin de pouvoir se comparer à ce qu'a fourni l'Italie.
Dans cette dernière contrée, il faut distinguer trois groupes principaux, dont chacun se divise en plusieurs branches différentes. Le midi de la péninsule, désigné sous le nom de Grande-Grèce, est représenté par les fabriques de Locres et de Tarente, dont les produits se distinguent plus par la qualité que par le nombre. On peut dire absolument le contraire, comme nous l'avons déjà remarqué, des vases presque innombrables qu'on découvre dans la région montueuse de la Basilicate et dans les cantons intérieurs de la Fouille; les nécropoles de Canosa et de Ruvo figurent en première ligne dans cette abondante production. Dans la Campanie, on trouve dans les sépultures de Cumes des vases qui, d'après leur style, paraissent avoir été exécutés postérieurement à la prise de cette ville par les Samnites. Tout le monde connaît la finesse des produits céramiques de Nola, qui ne le cèdent qu'à ceux d'Athènes. A mesure que Ton monte vers les gorges du Samnium, à Capoue, à Avella, à Sanla-Agatha de Goli, le goût s'affaiblit graduellement en une pompe mêlée de rudesse. Si les vases de ces localités conservent quelque supériorité sur ceux de la Basilicate, cette prééminence tient sans doute à l'ancienneté comparativement plus grande do la fabrique. Les villes du revers de la Campanie tombèrent avec la ligue du Samnium vers la fin du m® siècle avant notre ère, tandis que
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la Lucanie et le Brutium maintinrent encore leur prospérité jusqu'au temps de la guerre sociale. Or, plus un peuple continue longtemps à pratiquer un art, plus les produits de cet art deviennent maniérés et médiocres. Au nord de Rome, les vases peints se découvrent aussi abondamment qu'au midi, depuis Clusium jusqu'à Yéies, mais surtout à Tarquinics et à Vulci.
MM. Lenormant et de Witte ne s'occupent que des vases peints^ et c'est à ce point de vue qu'il faut juger leurs divisions. Comme ces monuments, en presque tous les lieux où on les exhume, révèlent une influence grecque, il est nécessaire d'en découvrir la raison.
La difficulté que présenterait le transport de vases si fragiles est un grave obstacle à opposer aux savants qui pensent que ces monuments ont tous été fabriqués en Grèce. Cette difli* culte paraîtra encore plus imposante si Ton réfléchit au peu de relations qui existaient entre les divers peuples de Tltalie, ce qui se comprend lorsqu'on voit combien difl^éraient les unités monétaires des villes dont les territoires étaient limitrophes. C'est à lexposition de cette idée qu'est consacré le troisième chapitre, et nous recommandons ce morceau à lattention des archéologues comme étant de nature à jeter le plus grand jour sur plusieurs questions très importantes de la numismatique. Les monnaies de lltalie présentent plus ou moins la trace de l'influence hellénique, et il est à remarquer que cette influence est en rapport avec celle que révèlent les peinttu*es des vases trouvés dans les lieux où furent frappées ces monnaies. Personne assurément ne sera tenté de croire que les monuments numismatiques de l'Italie, quand même ils nous montrent des légendes grecques, aient été fabriqués dans l'Attique ou dans TAchaïe.
Si les objets d'art étaient difficiles ou même impossibles à transporter en grandes masses, les artistes qui les exécutaient ne rencontraient pas individuellement les mêmes obstacles. Les monuments numismatiques sont encore ici d'un grand secours ; car, sans parler dos signatures d'un seul et même
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graveur inscrites sur les monnaies de plusieurs villes, quelquefois séparées les unes des autres par de grands intervalles, il existe souvent une telle identité de style et de travail entre les monnaies appartenant à des contrées situées à des distances considérables, qu'on ne peut s'empêcher de conclure que les hommes de talent, partout bien accueillis» n'hésitaient pas à louer leur industrie à qui savait la récompenser, en quelque lieu et sous quelque gouvei'nement que ce fût. Ainsi donc le point capital qui ressort de l'introduction est la substitution de l'hypothèse du déplacement des artistes, à l'hypothèse du transport des vases. Il y a là évidemment un grand pas de fait vers la vérité.
On sait que les sujets mythologiques forment la classe la plus nombreuse des peintures de vases. L'ouvrage commence par les mythes des dieiix, que suivront les mythes des héros. Ces deux divisions formeront donc une galerie mythologique aussi complète que possible, dans son genre toutefois, puisqu'elle est tirée uniquement des produits de l'art céramographique. Et ici, qu'il nous soit permis de dire quelques mots sur la manière dont nous concevons. Temploi des monuments de l'antiquité dans les recherches qui ont pour but l'histoire des idées religieuses. Ainsi, par exemple, il nous semble que la plus grande importance doit être accordée aux bas-reliefs ou aux statues qui ornaient les temples; le simple bon sens dit que ces représentations devaient être empreintes de toute l'orthodoxie relative que l'on peut attendre des peuples de l'antiquité (nous entendons parler du monde hellénique). Viennent ensuite les tombeaux qui ont dû être sculptés ou peints avec une intention arrêtée et gi'ave; les monnaies dont les types ne dénotent pas, nous le croyons, des idées bien profondes de la part des graveurs, mais qui nous conservent des copies de figures, de groupes, de symboles, reproduites parce que les originaux étaient consacrés dans les temples. Or, ces modèles avaient été conçus, avec toute apparence, suivant des idées hiératiques. Les monnaies nous offrent donc le reflet des mythes, et on doit les expliquer dans le sens religieux,
sans pour cela faire des artistes qui les ont produites d'ingénieux théologiens. Nous classons, en dernier lieu, les peintures, les sculptures privées^ colles que Ton trouve dans les habitations particulières, et celles qui décorent les ustensiles au nombre desquels nous rangeons les vases. A coup sur le caprice ou Tarrangemcnt ont pu avoir dans rornemenlation de ces derniers monuments une grande part, et nous croyons qu'il est peut-être utile de tenir compte de cette donnée lorsqu'on explique les peintures céramographiques.
Si nous faisons nos réserves pour ce qui concerne les vases funéraires, nous distinguons cependant la destination pieuse, de l'usage officiel.
Ce n'est pas assurément que nous inclinions vers la mythologie réduite en biographie, où les événements et les actions se développent d'une manière rationnelle, en suivant l'ordre possible dans l'existence humaine. Ce qui, dans la mythologie des monuments, parait de la confusion, tend, en fin de compte, & faire prévaloir le dogme de l'unité dont les différentes fables ne sont que des expressions variées. La permutation des individus dans les scènes religieuses montre que les dieux les plus différents confinent et se mêlent comme les rameaux qui appartiennent à une même souche.
Nous voulons seulement dire que la signification donnée à un type doit dépendre de la place qu'occupe la composition qu'il s'agit d'expliquer, et qu'il ne serait pas prudent de modifier la forme théorique d'un mythe pour quelque association de personne fournie par une peinture de vase, où une dévotion personnelle, le besoin de remplir un vide ont pu lui faire donner un rôle exceptionnel.
Les vases peints n'ont conservé que bien peu de traces des divinités italiotes; une amphore qui existe depuis peu de temps dans le cabinet de M. le comte de Pourtalès, représentant Rhéa qui apporte à Saturne une pierre emmaillotée, et un rhython, orné d'une Cybèhy cité par M. Raoul Rochette {Jourtial des Savants, nov. 184i), n'ont pu être figurés dans le livre de MM. Lenormant et de Witte, qui commencent leur
collection par les scènes de la guerre des dieux et des Géants qui occupent les onze premières planches. Dix-sept autres planches sont consacrées à la représentation de Jupiter, soit sous la forme humaine et entouré de quelques divinités, soit sous la forme d'aigle ou de taureau, enlevant Thalia, Égine, Europe. Dix planches nous montrent Junon, seule ou accom* pagnée ; cette déesse est, quelquefois, très difficile à recon* naître. Les sujets relatifs à Vulcain sont répartis en dix-neuf planches, dont les deux tiers représentent ce dieu ramené à rOlympe par Bacchus, sujet éminemment funéraire. On trouve à la fin de ce même chapitre deux scènes de la formation de Pandore et de la naissance des Paiiques. Trente-neuf planches retracent Thistoire de Minerve; la seule naissance de la déesse en occupe treize. On conçoit sans peine que les peintres aient fréquemment figuré Xariifex par excellence. Quant à Tenfantement mystique de Jupiter, c'est un de ces sujets qui, exprimant Torigine de la vie, devaient naturellement être mis en parallèle avec les enlèvements, allégories do la mort. Les dix dernières planches du premier volume offrent différents types de la Victoire^ placée à la suite de Minerve, parce qu'elle n'est pour ainsi dire qu'un dédoublement de la déesse ou plutôt un acolythe si intimement lié avec elle, que souvent toutes deux ne forment qu'une même divinité, devenant alors cette Athené-Nicé, dont Pausanias vit le temple sur TAcropolis de Mégare, Une belle peinture (PI. XCIV), tirée d'un vase de Hamilton, représente la Victoire qui érigé un trophée. Les auteurs de V Élite des monuments céramographiqites, rapprochant avec raison ce sujet du type qui se voit sur les tétradrachmes d'Agathocle, roi de Syracuse, pensent que si le vase est de fabrique sicilienne, il a pu être peint à l'époque des triomphes de ce roi sur les Carthaginois. Cette remarque est très ingénieuse, et nous croyons que l'époque assignée à ce monument serait tout à fait convenable; car des types analogues se retrouvent sut* les monnaies de deux contemporains d'Agathocle, Séleucus I"", roi de Syrie, et Dionysus, tyran d'Héraclée. L'examen des
médailles prouve avec quelle régulaiûté le niveau des idées en fait d'art tendait continuellement à s'établir parioui où l'influence grecque avait accès,
n est quelquefois très dificile de classer des peintures dans lesquelles paraissent plusieurs divinités. Par exemple, les luttes de Jupiter et d'Apollon, de ce dernier avec Hercule, avec Neptune, de Neptune avec Minerve, avec Bacchus, peuvent faire ranger les scènes dont elles font le sujet au chapitre de Tun ou de l'autre des personnages que nous avons énumérés ; des renvois fréquents peuvent seuls parer à cet inconvénient inséparable de la matière.
MM.'Lenormant et de Witte décrivent avec le plus grand soin les compositions, les figures, les accessoires qu'ils observent sur les vases. Ils savent habilement tirer parti de chaque circonstance pour rattacher les types céramographiques à d'autres monuments figurés ou à des textes qui peuvent concourir à en donner l'intelligence. A coup sûr la mythologie, telle qu'elle ressort de la comparaison que permet d'établir rimmense quantité de vases découverts depuis quelques années, est essentiellement différente de celle que l'on s'était faite depuis la renaissance des lettres, à laide d*Horace, de Virgile et d'Ovide. On ne voulait voir dans les croyances anti(^ues qu'un fade allégorisme ou une obscénité recherchée ; il semblait que Demoustier et Lachaud avaient dit le dernier mot sur la religion de la Grèce et de Rome. Aujourd'hui on se trouve en face d'un arsenal de documents d*une haute valeur; il est devenu indispensable de renoncer à la biographie des dieux et des héros ; à la place de personnes, on trouve des idées qui s'expriment surtout pai* la combinaison des individus. Les dieux ne sont plus que des acteurs chargés tour à tour de représenter une force qui témoigne d'une puissance supérieure à Thumanité. L'action est la chose importante, le nom de ceux qui y prennent part est presque indifférent. Cette théorie se déduit nécessairement des exemples fréquents et certains de permutations et d'associations que nous présentent les scènes mythologiques. On peut, à la vérité, dire comme
Simonide, chargé par Hiéron de définir la divinité : Quanta diutius considero, tanto mihi res videtur obscurior (1). Mais plus la mythologie deviendra complexe et obscure, et rebelle à tout code, plus selon nous, il sera possible de nous faire une idée de ce qu'elle était dans Tan tiquité^ chez les peuples de race indo-germanique.
Une table de cinquante-deux pages à deux colonnes termine le volume que nous analysons ; c'est assez dire que les auteurs n'on rien négligé pour rendre leur ouvrage utile et instructif. La lecture de cette table suffit déjà pour donner une idée fort étendue de la mythologie. Les cent neuf planches, qu'explique cette première partie, sont exécutées avec un grand soin et rendent le style dos originaux avec beaucoup d'exactitude ; ceux qui ne voudraient considérer la céramographie qu'aru seul point de vue de Tart, trouveront donc dans ce livre de quoi se satisfaire amplement.
Dans quelque esprit que Ion étudie le travail de MM. Lenormant et de Witte, on reconnaîtra sa grande utilité, la méthode simple qui a présidé à sa rédaction, enfin Térudition riche, ingénieuse que les auteurs y ont déployée avec une bonne foi entière, un zèle qui ne s'efforce pas de dissimuler les difficultés, une conscience qui leur fait rechercher les exceptions. Espérons que rien ne s'opposera à la prompte publication des volumes suivants.
(!) Cicer., De nat. Deor,, I, XXII.