DU CABINET DES ANTIQUES
ingrederctur publicis monumeniis indi jussit (1) », Élagabale "devait voir avec plaisir que Ton retraçât ses exploits. Quelle gemme était plus propre que celle dont nous donnons ici le dessin à orner ces chars dorés qu'il trouvait seuls dignes de porter son auguste personne? Ne pouvons-nous pas aussi attribuer ce camée au prince qui faisait fabriquer, « vasa centenaria argentea sculpta, et nonnulla schematibus libidinosis inquinata (2) ? » Ou bien encore aimera-t-on mieux croire que notre pierre gravée a pu figurer parmi celles qui décoraient la chaussure du jeune prêtre d'Ëmëse : « habuit et in calciamenih gemmas et quidem sculptas (3)? »
Une particularité que la petitesse du monument rend à peine saisissable, mais que j'ai vérifiée avec soin, c'est que la figure qui conduit le char porte sur la joue un peu de barbe. On pourrait se prévaloir de cette circonstance pour refuser de voir ici le portrait d'Élagabale, qui avait à peine vingt-deux ans lorsqu'il fut massacré, et qui d'ailleurs s'épilait : « ipse quoque barbam psilothro accurans (4). » La monnaie de bronze que je produis ici répond suffisamment aux objections que l'on peut faire à cet égard; elle porte pour légende du revers: p. M . TR . p. mi . cos . III . p.p, ce qui indique qu elle fut frappée en l'an 220 de J.-C. (974 de R.) ; c'est là précisément l'époque à laquelle la coiffure de Julia Paula était à la mode ; ainsi la date du camée serait indiquée d'une manière singulièrement exacte. On ne trouvera pas extraordinaire, nous le pensons, qu'Élagabale se soit laissé représenter ithyphallique, puisque les anciens considéraient ce caractère comme une simple plaisanterie théâtrale, que perpétue de nos jours le Karagouz des Orientaux, et qu'ils ne craignirent pas d'affubler de phallus postiches des dieux tels que Jupiter, Apollon, Mercure (5),
(1) Lamprid., Vita Commodi, cap. XI.
(2) Vita Hel., cap. XIX.
(3) Ihid., cap. XXIII.
(4) Ibid,, cap. XXXI.
(5) Visconti, Monum, antiq. inéd., tab. CXC. — Lenormant et de WiUe, Élite des monuments céramographiques, t. Il, pi. XGIV. — Lenormant, Quœstio cur Plato Aristoph, in cottviv, induxerit, p. 16 et planche annexée. — Panofka, Ca6. PowtalèSf pi. X.
440 NOTE SUR UN GâMÉE INÉDIT
plusieurs siècles avant que Ton ne distribu&t dans les spectacles des tessères spintriennes. Après tout, c'était peut-être Teffet d'une flatterie appropriée aux idées d'un empereur qui : <( ad honores promovit commendalos sibi pudibilium enormilate membrorum (1). »
J'arrive maintenant à l'inscription €TTiZ€NH N€IKA, qui a besoin d'un commentaire. La pierre est un peu cassée, et je lis : 'E?nÇevv3 vtxâ. On sait très bien, lorsqu'on a lu l'histoire impériale, que les Césars de Rome parlaient grec à tout propos; en outre, Élagabale, élevé dans une ville dont les monnaies révèlent l'emploi officiel du grec, devait, plus qu'aucun autre, être familiarisé avec cet idiome. Ses compagnons de courses, Protogène, Gordius, Hiérocles, Zoticus portent tous des noms grecs ; il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'une des femmes qui remplissaient, pour satisfaire son caprice, l'office de cheval, se soit appelée Épixena. Je ne connais pas d'exemple de ce nom, pas plus que du masculin 'Eici^evs; ou 'Ei:t$£vic;, ce n'est pas à dire qu'ils ne figurent dans aucune inscription, je constate seulement mon ignorance à cet égard; cependant tout (feaÇ XsvojjLsvcv que soit pour moi le nom Épixena, je n'en considère pas moins la pierre comme indubitablement antique, me fondant non seulement sur le travail, qui. n'a rien de moderne, mais encore sur ce nom même qu'un faussaire n'aurait pas été choisir, alors qu'il est si rare, si toutefois il n'est pas complètement nouveau.
Une classe de médailles, qui paraissent avoir été destinées à célébrer les victoires du cirque, et que l'on nomme vulgairement contomiates^ nous montre très fréquemment, avec la représentation d'un char ou seulement de son conducteur, des inscriptions tout à fait analogues à celle qui se lit sur le camée d'Élagabale.
C'est ainsi que nous trouvons, sur celles des pièces contorniates qu'ont publiées Havercamp et Eckhel (2) :
(!) Lamprid., Vita HelL, cap. XH.
(2) Havercamp., Dissertationes de Alex. M, numismat».. ut et de numis contomiatis. — Eckhel, Doctrina, num, vet., t. VIII, p. 293.
DU CABINET DES ANTIQUES. Ui
VRse viNCAS, homme tenant un fouet.
EVTTMi viNCAs, homme dans un quadrige, de face. Autre^ homme tenant un cheval par la bride. ARTEMrvs viNCAS, homme dans un quadrige. 10HAP4NES mcAS, athlète. LAURENT! NicA, joueur d'orgue hydraulique. LEAENi NICA, hommc dans un quadrige.
OLVMPi NiKA, homme dans un bige, à droite. PANNONi NiKA, homme dans un quadrige, à droite.
PANONONI NIE A, td.
EYTYMI NIKA, trf.
poMPHi NIKA, deux chevaux (anneau du mus. de Florence).
STEFAN NIKA, homme dans un quadrige, de face. Et même le nom d'une femme : margarita vincas, femme debout tenant une couronne.
Il est vrai que tous ces noms désignent les conducteurs de chars ou de coursiers ; mais nous trouvons aussi sur ces contomiates le nom des chevaux : Mus, Alliger^ Tyrieins^ Alsan, Toxoies {Tc^ivTtq), Amor^ Seracusus^Dignus^ SpeciosuSjAchilles^ Desidereus, OspiSy Niceforus^ Aeropetes, Botrocalenes, Acciatus; ceci nous permet d'appliquer le nom d'Ëpixena à Tune des deux femmes en faveur de laquelle était poussée une exclamation.
Je rapprocherai cette représentation du sujet qui se trouve sur un vase de terre découvert à Xanten, et qui offre un groupe obscène accompagné de l'inscription tv sola nica (1). L'antiquaire qui a publié le vase, croit que nica est le nom de la femme : mais je pense qu'il y a plutôt là un mélange de grec et de latin comme dans les inscriptions iohannes nigas et POMPHI NIKA que j'ai rapportées plus haut.
Enfin, cette apostrophe approbative, ce vivat lancé au vainqueur, paraît tellement général dans l'antiquité, que l'on peut croire que du cirque il avait passé dans le langage habituel, et nous le voyons employer dans un ordre d'idées bien éloi-
(1) Antike erolische bildwerke in Uoubens Rœmischen antiquariam zu Xanien, 1839, lab. V.