VASES GALLOIS DE LA PUISAYE
(Extrait du tome II de la Revue atchéologique, l^ partie, pp. 301-306.)
C'est avec la plus grande circonspection, sans doute, que Ton doit aborder Tétude de tout monument que sa provenance, jointe à Timpossibilité de le rattacher à des œuvres d'une époque bien connue, nous fait attribuer à priori à Tantiquité gauloise.
Il est si facile d'édifier des systèmes et d'improviser des explications en Tabsence de textes qui pourraient seuls nous conduire à la certitude, que depuis un demi-siëc]e les monu-* ments de la Gaule semblent avoir eu le privilège de faire éclore des travaux insensés.
Toutefois, ces secours empruntés aux sources classiques, sont assez nombreux pour nous permettre d'espérer quelques résultats lorsqu'on voudra s'en tenir aux moyens que la critique avoue. Après les grands travaux de M. Amédée Thierry sur l'histoire proprement dite de la Gaule, les curieuses recherches de M. Pictet sur la langue celtique et les belles publications numismatiques de M. L. de la Saussaye, nous ont montré combien l'érudition saine et véritable pouvait avancer la solution des problèmes que soulève l'archéologie gauloise.
Plus on étudie, plus on acquiert la conviction de l'extrême simplicité native dans laquelle vivaient les peuplades qui couvraient le sol de notre pays avant l'invasion romaine. Agri-
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culture, arls, lillérature, en un mot toutes les acquisitions élémentaires de Tesprit paraissent leur avoir été complètement étrangères. Attribuer aux Gaulois des idées philosophiques arrêtées, un culte régulier basé sur une savante symbolique, c'est leur faire un gratuit honneur, bien inutile à notre gloire nationale, et qui offre l'immense inconvénient de reposer sur des données imaginaires.
Rien dans les récits de César et de Diodore, relatifs aux Gaulois, qui ne puisse s'appliquer aux populations sauvages que les conquérants de l'Amérique du nord ont successivement détruites ou refoulées dans les montagnes et les forêts. Comme les aborigènes de l'Amérique, les Gaulois n'avaient-ils pas des prêtres qui cumulaient les fonctions de magiciens et de médecins?
L'appareil bizarre du culte des druides, leur cérémonial mystérieux paraissent avoir captivé à un très haut point l'attention des Romains, grands amateurs, comme on sait, de tous les genres de pratiques religieuses. Us introduisirent donc en Italie certains rites plus ou moins celtiques qui leur servaient de prétexte pour se livrer à d'horribles cruautés. Dans une savante dissertation sur Sérapis, M. Guigniaut nous a fait voir comment le culte étranger de ce dieu égyptien, interdit par des décrets du Sénat, persécuté par les empereurs, se maintint cependant à Rome pendant plusieurs siècles (1). '
De même que la superstition égyptienne, le druidisme romain fut réprimé par les empereurs. Auguste l'avait proscrit, Tibère chassa les druides de Rome (2), Claude abolit radicalement, penitiiSj leurs pratiques (3). Plus tard, les druides paraissent avoir joué dans l'empire romain un rôle analogue à celui des Zingari de notre moderne Europe ; ils disaient la bonne aventure. Alors ils n^étaient plus l'objet des rigueurs impé-
(1) Le dieu Sà^apis et son origine ^ etc., dissertation jointe au tome V des oeuvres de Tacite, publiées par M. Burnouf ; p. 26 et suiv. du Urago à part, iu-8. Hachette, 1828.
(2) Pline, XXX, 1.
(3j « Druidarum religionem apud GuUos dirœ immunitatis, et tantam civibns sub Augusto interdictam, penitùs abolevit. » Sueton., Ciaud., XXV.
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riales; ils semblent, au contraire, avoir joui d*un certain crédit. C'est ainsi qu'une druidesse prédit à Alexandre Sévère le sort qui le menaçait (1), et qu'Aurélien, qui se souvenait peutêtre de ce fait, consulta des femmes de cette espèce sur les destinées politiques de sa race (2). Du temps de Dagobert, il existait encore des adorateurs de pierres, suivant un sermon de saint Éloi (3); il est probable que les sorciers perpétuèrent cette idolâtrie fort avant dans le moyen âge.
C'était l'introduction de rites secrets et sanguinaires que l'on poursuivait à Rome, où ils s'étaient glissés sous le couvert d'une religion étrangère, et nous ne pensons pas que les conquérants de la Gaule aient détruit dans ce pays les monuments érigés avant leur arrivée, par cela seul qu'ils auraient été consacrés à la religion des Gaulois. Ce serait contraire à tout ce que nous savons de leur tolérance dans le reste du monde. S'ils dépouillèrent la Grèce et l'Egypte des statues et des obélisques dont ils ornaient la ville éternelle, parce que c'étaient des objets d'art qu'ils admiraient vivement, ils n'avaient pas le même motif pour enlever les dolmem et les menhirs grossiers qu'ils avaient trouvés chez nous.
C'est donc avoir recours à un mauvais prétexte que d'attribuer l'indigence où nous sommes d'édifices ou d'objets d'art dignes de ce nom, appartenant à l'époque celtique, aux efforts qu'auraient faits les Romains pour effacer jusqu'aux dernières traces du culte druidique. Nous devons avouer que nos ancêtres édifièrent peu et qu'encore leurs œuvres étaient grossières. Si Ton nous objecte certaines copies des monnaies grecques d'or qui sont évidemment de travail gaulois, nous répondrons que la contrefaçon, quelque habile qu'elle soit (et celle des philippes (for est bien loin d'être telle), n'implique nullement le fait de la civilisation. La contrefaçon est un talent de sau^ vages, et l'on sait que certaines tribus de Kabyles, errants
(1) « Mulier Dniias eunU exclamavit gallico semione : Vadas, nec Tictoriaoi speres, nec mîliti luo credas. » Lamprid., Alex, Sever.^ c. LX.
(2) « Aarelianum Gallicanas consuluisse druidas, sciscitantem, utrum apud ejas posteros imperium permaneret? » Flav. Vopisc, Aurelian.f c. XUV.
(3) S. AugusUn. Opéra, tom. VI, Appendix, p. 268, B.
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