INSCRIPTIONS LATINES DE LA LYONNAISE
En voici la transcription :
MAVREL PRIMVS VETERANVS LEGlM MISSVS HONESTMIS SIONCIVIS REMVIVS
SIBI FECIT ETC MODESTINPEREGR NO VETERANO LEG EIVSDMISSOHONEST MISSIONCiVAGRPP CONTVBERNALMIH CARISSIMET SVBAS CIA DEDICAVERVNT
C'est-à-dire, à ce que je crois : Dis manibus; Marcus Aure- /tus PnmiiSf veteraîius legionis primœ MinerviaBj misstis honesta missione, civis RemensiSy vivus sibi fecit et Caio Modestino Peregrino^ veterano legionis ejusdem, misso honesta missione^ civi Agrippinensi, contitbenwli mihi carissimo, et sub ascia dedicaverunt.
Le style de cette inscription est tant soit peu gaulois; caria phrase est construite de façon que, après avoir commencé à la troisième personne du singulier, elle continue à la première personne aussi du singulier, puis se termine à la troisième personne du pluriel. De tout cela il résulte cependant qu^un vétéran, citoyen de Reims, a voulu consacrer de son vivant, un monument à ses mânes, et qu'il a fait partager cet honneur anticipé à un citoyen de Cologne, son cher camarade, son compagnon de chambrée, comme on dirait aujourd'hui. Ce qui est curieux, c'est que ce deuxième personnage n'était pas mort non plus, et que les deux vieux amis déclarent avoir dédié de concert leur futur monument funéraire.
Cette circonstance devra paraître assez importante à ceux qui s'occupent des formules épigraphiques; car il résulte de là que les mots sub ascia n'ont pas une acception funèbre tellement caractérisée qu'ils ne puissent être employés par des
individus vivants qui parlent (^'eux-mêmes. Je fais cette observation, parce que, Tannée dernière, M. Anatole Barthélémy a publié, dans les Mémoiresde la société des antiquaires de FOuesty un travail, d'ailleurs très remarquable (1), dans lequel il est amené par diverses considérations à supposer que Vascia rappelle la hache à Taide de laquelle Valeria Luperca guérissait les pestiférés de Paieries, et que la formule tant de fois discutée est un symbole de consécration aux dieux infernaux, ou plutôt l'équivalent de vale^ mot que prononçait la jeune Gllo en touchant les malades. Les mots siib ascia auraient par conséquent pour but de protéger le mort dans Tautre vie, mais ils exprimeraient en même temps un adiett que Ton ne peut se dire à soi-même.
La nouvelle inscription de Lyon semble au contraire favoriser le système de Montfaucon,qui, considérant Vascia comme Toutil du tailleur de pierre, croit que Ton voulait indiquer par elle, que la stèle funéraire avait été consacrée au sortir des mains de l'ouvrier.
Dans le cas que j'examine actuellement, le texte conviendrait parfaitement au sens qui vient d'être rappelé en dernier lieu; et le désir de dédier la stèle au moment où elle venait d'être terminée, ou même pendant qu'elle recevait les derniers coups de ciseau, désir fondé sur quelque idée traditionnelle, donnerait le motif de cette consécration d'un monument funéraire par deux vivants à leurs propres mânes. Je n'insiste du reste en aucune façon sur un sujet qui est encore fort obscur ; mais il n^est pas inutile de faire entrevoir le parti que l'on peut tirer de cette inscription singulièrement tournée.
Une autre pierre, découverte également à Lyon, dans les restes du plus ancien pont sur la Saône, présente un genre d'intérêt tout différent; elle est ainsi conçue :
PMAGLIOPRiSCIAN
SEGVSIAVO
PATRIPAMAEPRISCIAN
(1) Ce mémoire a été analysé dans la Btvue archéologique, i III, p. 57.
et je crois pouvoir la transcrire ainsi : Publia Maglio Prisciafio, Segusiavo, pain pieniisstmo, amatissimOj Aelius Pris^ cianus (1).
Ce texte, qui au premier coup d*œil semble bien insignifiant, a cependant à mes yeux une certaine valeur, parce qu'il fournit un nouvel exemple de l'ethnique Segusiavus que j'ai proposé de substituer dans les nomenclatures géographiques, à Segusianus, lorsqu'il s'agit du peuple gaulois habitant cette partie de la Lyonnaise qui s'est appelée Forez dans les temps modernes.
On me permettra de faire connaître en quelques mots l'état de la question.
Au mois de février 1846, un cultivateur de Marclop (commune de Saint-Laurent la Conche) découvrit dans un champ situé à 8 kil. et demi deFeurs, une plaque de bronze sur laquelle est gravée l'inscription que voici :
SEX > IVL > LVCANO > Il VIR
CIVITAT > SEGVSIAVOR
APPARITORES > LIB
TITTIV8 SACERDOTALI c'eTTINVS
COCILLVS CASVRINVS
ARDA ATTICV8
Dans une notice que j'ai lue, le 9 mars, à la Société royale des antiquaires de France (2), j'ai tâché d'expliquer ce monument, et j'ai fait remarquer, entre autres choses, la forme du nom de la cité gauloise, civitas Segusiavorum^ qui nous aide à interpréter la légende d'une belle monnaie d'argent, frappée, vers la fin de l'autonomie gauloise, parle peuple chez
(1) Cette iascription in*a été commuoiquée par M. Bernard, qui va faire paraître DO travail considérable sur Thistolre du Lyonnais et à qui j'ai remis la transcription latine de ces trois lignes.
(2) Ma notice, à laquelle je renvoie pour l'explication de l'inscription, est imprimée dans les Mémoires de la société royale des antiquaires de France, t. X\in, p. 262. — Voyez p. 157 du présaut volume.
lequel fut retrouvée la plaque de bronze. La légende de celle monnaie est SEGVSIA V S. Les lettres V et S sont séparées des autres par le casque et la lance d'un buste imberbe, qui a paru à M. Duchalais être celui de Minef*ve Segusta (1), protectrice du peuple ségusien, que le type gravé au revers do la monnaie fait assimiler par cet antiquaire à Minerve medica, M. Duchalais ne donne du reste aucune explication des lettres V. S. qu'il sépare du mot Segusia par des points, bien qu'il n'y en ait point sur la monnaie. Cependant l'inscription découverte à Marclop, appuyée par cette autre inscription trouvée à Bagnères-de-Luchon, et conservée au musée de Toulouse :