NOTICE SUR UNE INSCRIPTION INÉDITE
Fëre chrétienne, est un monument officiel émis par des magis* Irats, et la leçon qu'elle consacre doit être préférée à celle que fournissent les mss. de César, d'autant plus que l'orlhog^raphc de la monnaie se trouve corroborée par le texte de Ptolémée, d^Antonin et par la Table théodosienne. A trois cents ans de distance on retrouve sur notre plaque de bronze le mot AGIED, qui, là encore, est tracé avec réflexion, dans le pays même où ce nom était en usage et avec des conditions d'exactitude qui ne peuvent exister pour la transcription des manuscrits. Je serais donc disposé à croire que le véritable nom de Sens était Agedicum, et plus tard Agiedincum, et que VAffen" dicum des manuscrits de César est le résultat d'une mêlathèse dont les copies du ix* siècle (1) présentent malheureusement un si grand nombre d'exemples. Quoi qu'il en soit, voici enfin le nom d'Agedicum reconnu sur un monument antique découvert à Sens; c'est le point essentiel sur lequel j'appelle l'attention des futurs commentateurs de César.
/. — On peut interpréter AEDIL. C. S. p^ a?rft7i curuli Senonum, ou par œdili civium 5enone/m; l'indication de la cité par une seule lettre n'est pas sans exemples. Je citerai seulement l'inscription publiée par Orelli sous le n*" 4982, dans laquelle on voit les lettres II. V. C. T. que le savant philologue considère comme signifiant dmimvir civium Taunensiunu
g. — TOVT. est pour TVT., suivant un mode gaulois dont j'ai déjà montré une application dans cette Revue (2), et que l'on observe encore sur les monnaies des chefs Contoutus et Toutobocius, Le titre de ttUor municipii parait dans une inscription publiée par MafTei, et reproduite par Orelli sous le no 3771 . Je ne connais près de Sens aucun pagus dont le nom commence par TVT., ce qui permettrait de rattacher ce mot à ce qui précède : actori prxdiorum pagi Tut..,
(1) Les manuscrits provenant de Colbert et de M. de Thou, ont été écrite à cette époque. Pour se faire une exacte idée des transformations que les noms géographiques de l'antiquité ont subies dans les manuscrits du moyen âge, il suffit de parcourir la série de fautes relevées par M. Letrouue dans Touvrage de Dicuil.
(2) Voyez r. IT, p. 194 et p. 166 du présent volume.
h, — La plaque de bronze est percée en cet endroit par l'oxydation, et le trou emporte la tôte de la lettre qui suit ACT. aussi bien que toute la partie supérieure du Q. Cependant je crois distinguer les restes d'un P qu'il faut peut-être traduire par peculii ou pecunisBy mots auxquels pourrail se rapporter ]e quenquennalis qui vient après, en supposant que la province de Sens eût certains revenus quinquennaux. On connaît un curator pecidi reipublicas Glanicorum dans une inscription recueillie par Caylus (1). Peut-on supposer que C. Amatius ait reçu le titre de tutor actonim provinciœ? C'est ce que je ne crois pas; quant à celui de quenquemialis, il est tellement commun dans les inscriptions que je suis dispensé d'en citer un seul exemple. L'incertitude qui plane sur la nature véritable de la lettre qui suit ACT, l'absence du point entre TOVT et ACT qui pourrait faire croire qu'il n'y a là qu'un seul mot toutactor pour tutatovy épithëte qui, soit dans les inscriptions, soit sur les monnaies, n'a été donnée qu'à Jupiter (2); tout cela contribue à rendre cette portion de texte fort obscure.
I. — ^ IVEN ^oxir juveni prouve encore une fois que l'on supprimait un V dans les mots où celte lettre est double. Je renvoie plus haut à la page 166 où cette remarque a déjà été présentée. La qualité de juvenis pourrait paraître incompatible avec le nombre de chai*ges dont C. Amatius était revêtu, si plusieurs autres inscriptions ne présentaient la même particularité. C'est qu'au déclin de l'empire la jeunesse aristocratique était associée de bonne heure aux dignités paternelles; des empereurs, tels que Commode et Élagabalc, avaient habitué le monde à voir des adolescents à la tête des affaires.
y. — La plaque de bronze est en cet endroit encore si fortement attaquée par la rouille, que l'on ne peut distinguer positivement le caractère tracé entre l'A et l'R; il semble que l'on
(1) Recueil dantiqiiités, t. VII, p. 263.
(2) Jovi tutatori en tête d'une inscription publiée par De-Vila, ilw/i^. Benev,^ cl. 1, u^ 3. Sur une uionnaie de Dioclétien, EckLel, Doct, num,y t. VIIl, p, 9. Tutactor aurait pu se former comme Tutaculutn (pour Tutamentum), qui est d'une busse époque (Prudent. Adv, Sym, H, 387).
176 NOTICE SUR UiNE INSCRlPTIOiN INÉDITE.
aperçoive une sigle composée d'un T et d'un E. S*il en élait ainsi le mot serait pater.
k. — On trouve dans les inscriptions de la Gaule un certain nombre de noms romains dont une consonne intérieure est redoublée, comme Tùtius pour Tittus. Je pense qu'il en a été ainsi pour le nom de l'un des consécrateurs du monument que j'étudie, et que SILL est là pour Siliifs. Il serait par trop recherché d'y voir l'indication de la profession de sillographe, qui n'était probablement pas commune dans notre pays, c( que sans doute Pollion ne se serait pas vanté d'avoir exercée.
/. — Officialis se trouve rarement mentionné dans les monuments épigraphiques. Voyez Orelli, n* 2932.
m. — Le deuxième consulat de Trajan Dèce avec Maximus Gratus est de l'an 250 de J.-C. (1003 de Rome, suivant le calcul de Yarron, an 1002 des fastes capitolins). L'inscription a été consacrée aux calendes^ d'avril, et la date du monument ne laisse rien à désirer.
Telles sont les principales observations auxquelles donne lieu l'inscription de bronze découverte à Sens et recueillie par feu Alfred Lomé; il y aurait sans aucun doute encore bien des points à commenter, mais je n'ai cherché à discuter que ce qui était de première nécessité dans la circonstance actuelle. Je dois dire, pour encourager la critique, que je suis loin d'avoir répondu à mes propres doutes ; je n'ai pas cru néanmoins devoir différer la publication d'un texte que je considère comme très intéressant, car les erreurs dans lesquelles je puis tomber n'auront pas une telle gravité qu'on ne puisse me les pardonner en faveur de mon désir d'être utile.
NOUVELLES OBSERVATIONS