‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 57 sur 173 · REPRÉSENTÉ AU REVERS DE QUELQUES MONNAIES GAULOISES DE L^ARMORIQUE · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉ AU REVERS DE QUELQUES MONNAIES GAULOISES DE L^ARMORIQUE

DISSERTATIOiN SUR LES PHALÉRES

(Extrait du tome XIII de la Revue numtsmatiijue, 184S,

pp. 83-103.)

On remarque au revers de certaines pièces gauloises de grand module qui se rencontrent habituellement dans le nordouest de la France, un petit quadrilatère que porte à la main Taurige, assez grossièrement imité du personnage qui, sur les statères de Philippe de Macédoine, conduit un char à deux chevaux.

M. Lelewel a le premier signalé cet objet; il le nomme yi/tdon carré et parait le croire destiné à diriger la course du cheval (1). M. Lambert, dans sa Numismatique gauloise du fwrd-ouest de la France, en fait un péplum, suivant lui, le voile sacré de la Minerve gauloise (2). M. Duchalais ne s'éloigne pas beaucoup de cette opinion, lorsqu'il propose de donner au type dont nous parlons le nom de vitta^ qu'il explique par tapisserie sacrée conservée dans les sanctuaires gaulois (3).

Ces diverses interprétations soulevaient des difficultés de

(1) Éludes numismatiques et archéologiques ; Type gaulois. 18 il, p. 90, 93.

(2) Essai sur la numismatique gauloise du nord^uest de la France, 1844, p. 7C.

(3) Description des médailles gauloises faisant partie des collections de la Bibliothèque royale, 1846, p. 311, 423.

Vita est le nom de ces bandelettes dont les prêtres se ceignaient la tôte, dont on décorait aassi les victimes ou môme les colonnes et les stèles funéraires.

ns DISSERTATION SUR LES PHALÈRES.

plus d'un genre, et nous devons dire que M. Duchalais, en particulier, n*avait présenté son opinion qu'avec la plus grande réserve.

Dans une dissertation toute récente (i) M. Deville a cherché à son tour à expliquer la présence sur les monnaies de FArmorique de cet objet qui lui paraissait encore incompris et à en déterminer la nature et l'emploi.

Nous allons exposer, au moyen de quelques citations abrégées et d'ailleurs indispensables, les idées du savant conservateur du Musée de Rouen.

« La première remarque à faire, dit-il, c'est que sur les médailles où cet ornement est figuré, il semble l'accompagnement obligé d'un guerrier monté sur un char de guerre et victorieux; car presque constamment sous les pieds du cheval est un homme armé et renversé. Il semble dès lors difficile de ne pas rattacher à l'intention générale exprimée sur la médaille, à l'idée d'un fait militaire, d'une action d'éclat, d'une victoire, l'ornement qui se trouve placé dans la main du vainqueur. (V. p. 179, no 1,2, 3.)

« Partant de cette idée, soit que cet objet ait été décerné au guerrier en signe d'honneur, soit plutôt qu'après Tavoir enlevé à l'ennemi, il le porte en guise de trophée, il ne resterait plus qu'à chercher, dans cette hypothèse, d'après la iigiire et la forme de cet objet, et en se reportant à des monuments connus, quelle est la nature de cet ornement militaire.

« .... Des médailles romaines de la série consulaire vont nous permettre, si je ne m'abuse, de trancher la question; ce sont celles qui portent le nom d'Arrius Secundus. Le savant Italien Gennaro Riccio, qui a publié la première de ces pièces (V. p. 179, n** 8), en décrit ainsi le revers : Asta pura^ fra wia corona di latiro ed utia falera^ onori/icenze e distitUivi milt" tari (2).

(1) Dissertation sur un ornement figuré sur les médailles gauloises de VÀrmotique, (Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. IV, 2» série. Caen, 1841.)

(2) Le monete délie anliche famiglie di Roma. Naples, 4843, p. 2S. Ce u*est poiot, au reste, À M. Hicdo qu'est due Texplicatiou du type de la mouuoie en

(c II est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance qui existe entre cette figure de la phalère de la médaille romaine et la figure de l'ornement de la médaille armoricaine : forme quadrilatère, intersection d^angle en angle, points globuleux d'attache au centre et aux angles, naissance du cordon de suspension; tout est identique.

«... Pour toute personne tant soit peu initiée à l'étude des monuments de l'antiquité, il est évident, ainsi que ce dernier (M. Riccio) l'exprime, que les médailles au nom d'Arrius Secundus ont été frappées en l'honneur de ce personnage romain, pour rappeler ses actions d'éclat et les distinctions militaires qui en furent la récompense.

« On sait en effet que la haste, la couronne de laurier, la phalère, enti'aient dans la série des récompenses militaires chez les Romains. Pline nous apprend qu'un tribun du peuple, fameux par sa bravoure, Siccius Dentatus, qui vivait aux premiers temps de la république, avait obtenu jusqu'à dixhuit hastes pures, vingt-cinq phalères et vingt-six couronnes.

« ...Auguste, au dire de Suétone, donnait habituellement, en récompense militaire, des phalères et des torques : dotia militaria phaleras et torques dabat.

« Le même Auguste, dans les guerres de Sicile et d'Espagne, Claude, lors de l'expédition de Bretagne, Yespasien, dans la guerre de Judée, Trajan, dans les guerres des Daces et des Parlhes, accordaient à des légionnaires, qui s'y étaient distingués, des couronnes, des torques, des armilles, des phalères; les monuments en sont arrivés jusqu'à nous (1).

question ; cet antiquaire n'a pas manqué de rendre hommage à la sagacité de 51. le comte Borghesi qui, le premidr (dans sa XVil" décade], a reconnu les phalères dans cet objet que Ton avait pris pour un autel ou une porte de camp.

(1) M. DeTîIle renvoie en cet endroit & cinq inscriptions rapportées par Gruter. — Nous croyons devoir placer ici des extraits de quinze inscripUons relatives aux pbalères, qui donnent une idée de l'importance attachée à ces décoratioDS. M. Aurelius Celsus..,. donis don:.tus ah Imp. Cofs. Attfj,, lelio Actiaco., Sicil. et Hisp. torq.^ armill, et PHAL, nn. Grut., ccclxxi, 4. — C, Ga-

vins. Silvanus donis donatus a divo Claudio, bello Britannico, torquiùuSt

armillis, PlIALERIS, corona aurea. Grut., ccccxvi^ \, — L, Lepidius Proculus,,,. donis donatus ab Imp, Vespasiano Aug, bello Judaico, torquib., armillis, PHA^

SUR LES PHALÈRES. 181

« La phalère figure sur le marbre tumulaire d'un vétéran d une légion romaine, dont Grutcr nous a conservé le dessin (V. p. 179, n*» 5) ; on y voit aux deux côtés d'une enseigne militaires des armilles et la phalèrë.

« Un autre monument du même genre, que nous devons encore à Gruter, et presque identique, portant cette inscription : L • ANTONIVS • L • F ' FAB * QVADRATVS • DONATVS ' TORQVIBVS ET ARMILLIS AB * TIB ' CAESARE BIS, qui ne peut, par conséquent, laisser aucun doute sur la nature et la destination de ces figures, nous donne le torque et la phalère (V. p. 179, n* 4). Le mot Phalera, il est vrai, n'est point exprimé dans Tinscription, on n'y parle que de torques et d'armilles; mais après avoir reconnu avec tout le monde, sur le monument, le torque dans les deux anneaux ouverts qui y sont figurés, qui oserait avancer que les deux figures quadrilatères qui sont au-dessous sont Tarmille, que ce soit là des bracelets? Rien n'y ressemble moins à coup sûr; c'est évidemment un autre ornement militaire, qui ne peut être que la

LERIS, corona vallari, Grut., mcxvi, 4. — M. Blossius Pudens donis milita"

ribus donatus ab Imp. Vespasiano Aug. torguib., artnillis, PHALBRIS, corona aurea. Murât., mccxcix, 6. — Af. Licinius Mucianus.. .. donis donatus ob virtutem et fortitudinem bello Dacico ab Imp, Trajano, corona victrici^ pura hasta^ tor-

quibus, armiliiSf PHALERIS. Grut., ccccxxix, 1. — Ti, Claudius donis tor-^

quib, ai*mill, PHALER,, corona navali bello Dacico donatus. Muret., dgccv, 8.

— fi. Claudius Vitalis donis donatus torquib,; armilL, PHALER,, corona

navali bello Dacico. Grut., gccxci, 4. — Cn. Marcius Celer donis donatus a

divo Trajano in bello Parthico^ cot^na murali, iorquibus, armillis^ PHALER'IS, Grut., Hcxvi, 6. — L. Sicinius Valens...... donatus ab Imp. Trajano torquibus III,

armillis III, PHALERIS ob bellum Dacicum... donis donatus ab Imp. Hadriano torq, et armill.y hasta pura, corona aurea. Murât., mlxiv, 3. — C. Nummius

Constans donis donatus ab Imp. Trajano, torquibus, armillis, PHALERIS ob

bellum Parthicum, ab Imp. Hadriano^ corona aurea, torquibus, armillis, PHA- LERIS, ob bellum Judaicum. Murât., Dcccxxxvni, 3.^ Q. Albius Illex donis

donatus ab divo Trajano Aug. torquibus, at^millis, PHALERIS bello Parthico et ab Imp. Cxsare Trajano Hadriano Aug. hasta pura et corona aurea. Grut., CCCL, 4. — Jlf. Vettius Valens.,... donis donatus bello Brilannico torquibus, armillis, PHAbERlS, evoc, Aug, corona aw^ea donatus donis donatus ob res

prosper. gesl. contra Aslures coron., PHALER., arm. Grut., mcu, 4. — Sex, Vi~ bius Gallus donis donatus ab imperatoribus honoris virtutisq. causa torquibus, armillis, PHALERIS, corofiis muraliùus III, vallaribus II, aurea l, hastis

puris V, vexillis II, Mural., dccclxix, 4. — Q. Canuleius donatus torq.,

armill,, PHALER,, coron. Murât., Dccai, 8. — T. FI, Victorinus donatus hastis, F AL., cor. murait. Murât., dcccxlvii, 5.

phalèrè, qui' est ici représenté. Aux yeux de l'artiste chargé de l'exécution du monument, l'un et l'autre ornement avait la même signification^ la même valeur; il n'aura pas hésité h placer, à côté du torque, la phalèrc.

« Après avoir reconnu et établi la signification de la figure de la phalëre et constaté par la comparaison avec les monuments romains, sa présence sur les médailles armoricaines, nous nous sommes demandé comment cet ornement militaire des Romains a pu être adopté par les Gaulois et passer sur leurs monnaies? car nous ne supposons pas que Ton veuille que les Romains l'aient emprunté à ceux-ci.

« ... Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que les guerriers de la Gaule, pour se parer des dépouilles de leurs ennemis, eussent porté la phalère, l'eussent adoptée pour perpétuer le souvenir de quelques triomphes passagers, quand déjà les Germains, ainsi que les Romains, portaient le torque et l'armille?

« ... n est si vrai que cet ornement exprime, sur les médailles gauloises, un signe de victoire, de trophée militaire, que, sur une de ces médailles que nous donnons d*après M. Edouard Lambert (V. p. 179, n* 2), le guerrier tient d'uno main la phalère, de l'autre une palme ou plutôt peut-être une couronne, car il faut faire ici la part de l'inhabileté de l'artiste monétaire et de la grossièreté du travail... Citons encore une autre médaille en or du Musée de Rouen (V. p. 179, n« 3), où l'auriga, pour rappeler sans doute une double action d'éclat, deux ennemis vaincus et dépouillés, tient une phalère de chaque main.

« ... A en juger par les nombreux torques et armilles gaulois en or qu'on trouve journellement, et d'après ce qu'on sait de l'abondance de ce métal dans les Gaules, an ne peut douter que la phalère des Gaulois ne fût d'or; leurs torques et leurs armilles étaient de ce métal : Armillas aureas ad Collum et manus gestari a Gallissolitas, rapporte Polybe, etc.

« ... Soit qu'on veuille que les Gaulois aient adopté, pour eux-mêmes, l'ornement de la phalère, soit qu'ils ne l'aient porté que comme trophée enlevé à l'ennemi, distinction bien

SLR LES PHALÈRES. 183

difficile à établir, nous nous croyons suffisamment aulorisé à regarder cet ornement d'honneur, chez les Armoricains, comme étant doi\

« Nous pensons qu'il se composait de tringles, retenues entre elles par des boutons ornés de perles, le tout de même métal; soit que le champ de la phalëre fût à jour, soit plutôt peut-être qu'il fût plein et garni d*une feuille, également on or, sur laquelle les tringles et le perlé se seraient détachés en relief, quelquefois des pendants ou crépines, ainsi qu'on 1q remarque sur bon nombre de médailles, complétaient l'ornementation. »

Nous nous sommes eiTorcé de conserver dans ces extraits tout ce que l'opinion de M. Deville a do caractéristique; en un mot, si nous y rapportons, avec le plus grand soin, ce qui nous a le plus vivement frappé par sa justesse, ce qui nous a déterminé à adopter complètement l'idée principale exposée par l'auteur, nous avons aussi reproduit certains passages sur lesquels nous allons revenir pour faire comprendre par quels détails notre avis diflere de celui dont on vient de lire la substance. Établissons des à présent quelques divisions essentielles :

i® L'objet qui est porté par le guerrier gaulois et celui qui accoste la haste, sur les monnaies de la famille Arria, sont identiques ;

2° Ce sont des phalères;

3^* Le guerrier gaulois porte ces phalères en signe de triomphe pour exprimer qu'il en a dépouillé des Romains.

Tels sont les points sur lesquels nous sommes entièrement d'accord avec M. Deville, telles sont aussi les limites dans lesquelles nous applaudissons à son intéressante découverte.

Mais quant à l'emploi du mot phalère au singulier; quant à la description proposée de cet ornement, à ses dimensions, à la matière dont il se compose; quant à l'interprétation des figures empruntées à Gruter, nous nous séparons sans hésiter de M. Deville, et nous allons faire connaître les motifs qui nous y ont déterminé.

Aucun texte (i), aucune inscription , aucun lexique ne donne le mot phalera; on trouve toujours phalerœ; c'est un pluriel qui n'a pas de singulier. Il en est de même en grec : vx çiXxpz désignent des objets brillants que Ton donnait comme décorations honorifiques. Il est bien connu que phalerœ et ^aXapx viennent de çaXsç, rac. ^dco).

Dans l'origine les phalères, qui étaient aussi des ornements de cheval (2), avaient une destination analogue à celle des n'îSïQ de la Bible. Ce qu'il y a de certain, c'est que, plus lard, elles devinrent chez les Romains un signe officiel honorifique, et que lorsqu'aprës un combat le général distribuait, sur le ,lieu même de Faction, les récompenses méritées par les soldats de son armée, c'était aux cavaliers qu'étaient réservées les phalères; Polybe le dit positivement ...ô crparrr/oç... tw |i.b TpcSuavTt 7:5XéjJLicv, Y«t^cv SojpeTTar tû Sa xaTa6aX6vTi xai ŒxuXs'jsavn, Tw jxèv xeÇw, çiûcATiV, tw o' tesT, ^iXapa (3). Il semble que de bril-

(1) Pline, dans un seul passage (XXXIII, 6, 2], emploie le mot phalera; mais Forcellini a fait observer que c^était un pluriel neutre suivant le mode grec.

(2) Nous protestons ici contre le mot caparaçon que la plupart des traducteurs emploient lorsqu'ils ont à exprimer les phalères de chevaux. Ce mot est tout aussi impropre que celui d'écharpe pour rendre les phalères de guerriers. Les m*siloth de la Bible» d'après le sens même de leur nom, étaient destinées à produire du bruit ; on peut donc les comparer aux tintinnabula qui se plaçaient à la bride et au poitrail des chevaux chez les Romains.

^née, promettant des récompenses, parle ainsi :

Primut eqnum phaleris iutignem victor habeto, (iCneid , V, 310 ]

Tite-Live, racontant line victoire d*Annibal (an 536 de Rome), dit : Frjtda ingens parla est : et prêter equos virosque, et si guid argenti (quod plurium in phaleris equorum erat), xxu, 52, 4. Hérodote, parlant des Massagètes (I, 245), dit qu'ils fabriquent leurs armes et leurs ustensiles de bronze et d*or ; ainsi dans le harnais de leurs chevaux ils font xk §è icepi toùç ;(aXtvoùc xai ar^tuat xx\ çàXapa %pu9â. — Antiochus décerna des phalères d'argent à Patrocle, le plus hardi de ses éléphants : Tum pronontiatum, ejus fore principattun qui transisset : ausumque Patroclum, oh id phaleris argenteis, quo maxime gaudent, et reliquo omniprimatu donavit, Plin.,VlII, 5, 4. — Voy. les figures de chevaux ornés de phalères dans YÉUte des monument* céramographiqueSf par C. LR!<(OiufA?rr et J. DB WiTTB, t. II, pi. 109 B, 110, 113. Au mulet de Bacchus, pi. 49 a. — V. Bulletino napoletano, t. I, tav. 3 ; tom. IV, tav. 6. — Voyez des phalères de chevaux trouvées à Pompéi et publiées par M. B. Quaraitta, Museo Boràonico^ tom. VIIÎ. tav. 32.

(3) De militia Romana, XXXIX, 3. — Outre les phiales ou pateres, on décernait encore aux soldats des chaînettes et des fibules; c'est ce que fit en Espagne le préteur Quintius (an de Rome 567}. Pro concione postet*o die lau--

SUR LES PHALËRES. i85

lants ornements aient été peu en harmonie avec les mœurs simples des premiers temps de la république ; aussi Polybe ajoute-t-il : 1^ âp/fjç 3à yat^sv {xsvsv ; anciennement on ne donnait qu'une haste.

On doit observer, cependant, qu'au commencement du IV® siècle de Rome, T. Manlius se para du torques enlevé à un Gaulois qu'il avait vaincu; mais c'était le premier exemple d'adoption de cette parure, et Ton en fit Tobjet d'un surnom : T, Manlius is est, qui odAnienem gallij quem ab eo provocatus occiderat, torque deiracio, Torqiiati cognomen invertit (1). Ainsi, pour les Romains, le torques était une importation gauloise.

Quant aux phalères, elles avaient été adoptées bien plus tôt, puisque, au dire de Florus, Tarquin l'Ancien les avait introduites à la suite de ses victoires sur les Italioles : Tarquinùs.., duodecim Tusciœ populos frequentibus armis subegit, Inde fasces, trabeXj curules, annuli^ phalerœ^ paludamenta^ etc. (2). Mais furent-elles abandonnées avec tout Tappareil du luxe royal, ou furent-elles conservées dès les premiers âges de la république? c'est ce que nous ne saurions établir. L'exemple de Sicinius Dentatus, rapporté par Val. Maxime (3), prouve qu'en l'an 300 de Rome ces décorations étaient en usage.

Au temps de César, il est souvent question de phalëres. Cicéron reproche à Verres d'avoir agi comme aurait pu le faire un général sur le champ de bataille, en décernant des récompenses militaires à Q. Rubrius, à M. Gossutius, à M. Castritius : Qu. Rubrium coronâ et phalens et torque donasti, etc. (4) ; puis il lui demande compte de ces admirables phalëres, joyaux de la tyrannie sicilienne, que le proconsul s'était appropriés : Phaleras pulcherrimas quœ régis Hieronis fuisse dicuntur, qua-rum tandem abstulisti, an emisti? Verres qui avait le goût des

dati donatigue à C. Calpiumio équités phaleris.. .. Quintius aller prxtor suos équités catellis ac fibulis donavit.Tii, Liv. XXXIX, 31. (i) acer., De o/ficiis, UI, 112.

(2) Lib. I, cap. v, G.

(3) Memor. exempt. ^ lib. IK, cap. ii.

(4) !n Verr., acl. H, lib. ÎII.

collections, avait aussi enlevé les phalères de Phîlarque, riche citoyen de Centorbi; à Palerme, celles d'Ariste; à Tyndaris, celles de Cratippe (1).

Dès à présent, nous pouvons faire observer que si les pha- 1ères avaient été, ce que croît M. Deville, de petites tringles d'or assujéties aux intei^ections par des boutons de mémo métal, il est peu probable que Cicéron les eût comptées pour autre chose que leur valeur en lingots et en eût fait un sujet spécial d'accusation. Verres recherchait, comme on sait, les objets d'art, les statues et les vases traditionnellement estimes; comment se serait-il préoccupé de simples décorations militaires? comment aussi Tillustre orateur aurait-il employé l'expression pulcherrimas pour des objets qui n'auraient point ofTert quelque mérite remip:quable en dehors de la valeur intrinsèque?

La réponse à ces objections résultera des faits qui vont être exposés.

Si Ton jette les yeux sur les diverses figures rassemblées sur la page 179 (n»' 1, 2, 3, 4, 3, 9), on remarquera que Tornement reconnu pour une phalère par M. Deville est, sur les monnaies gauloises, aussi grand que sur la tète du cheval, sur les deniers consulaires, haut comme la moitié de lahaste, et dans les dessins de Gruter, deux fois large comme les torques qui l'accompagnent. Cet accord entre des monuments d'origines différentes ne peut être l'effet du hasard ; il indique évidemment les dimensions réelles de l'objet quadrilatère, et par cela même prouve qu'on ne peut y voir une décoration métallique. On conce\Taitbien difficilement l'usage d'tm bijou composé de six ou huit tringles d'or et présentant environ 35 centimètres de côté ; mais comment pourrait-on expliquer l'arrangement de vingt-cinq quadrilatères de cette espèce sur la poitrine de Sicinius Dentatus, par exemple?

Examinons maintenant le buste sculpté sur la pierre sépulcrate de M.Cœlius, centurion de la XYIII' légion, tué pendant

(1) In î>rr., act. Il, lib. IV.

SUR LES PHALÉRES. 187

rexpédilion de Varus(l) (V. p. 179, fig. 6). Ce monument a été trouvé à Xanten, il y a deux siècles (2). Nous reconnaîtrons la figure d*un officier tenant en main le bâton de commandement (scipio), la tète chargée d'une couronne, le cou entouré d'un torques, les poignets ornés d'armilles; mais ce qui nous frappera surtout, c'est la présence de deux autres torques,' de sept médaillons fixés sur des bandes, très probablement do cuir, disposées en quadrilatère, système de décoration qui couvre toute la poitrine. C'est là, à n'en pas douter, un légionnaire torquibus, annilliSy phaleris^ coronâ victrici donatus, suivant le style ordinaire des inscriptions (3). Le monument funéraire deQ. SertoriusFestus (4), centurion de la XI' légion, porte la figure en pied de ce guerrier revêtu de son armure; deux torques et sept médaillons suspendus à des bandes croisées ornent son torse (V. p. 179, n"* 7).

L'inscription tracée au-dessous de la figure est :

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