L.ANTONIVS.L.F
FAB.QVADRA
TVS . DONATVS
TORQVIBVS ET
ARMILLIS.AB
Tl . CAESARE . BIS
Au-dessus des quadrilatères auxquels sont attachées les
trôaes, les conpes, les freins, les phalèrcs, ajoute : icàvra o(j.otta; 5vaX:0x xai xaTa/puds, d où il résulte que ce« objets étaient ornés de gemmes précieuses.
(Ij Muratorifp. dcccxl, n® 7.
(2) Pag. nxxx, n« 9, et cœLVUi, n* 2. — Cf. dans la note ci-dessus, pag. 180, l'inscription de L. Sicioius Valeus; les nrmilles y sont mentionnées au nombre de troiê, ce qui prouve que ces décorations n'étaient pas données par paires. L. Ântouius Quadratus a donc pu recevoir ses deux armilles en deux fois.
armilles, on voit, sur le monument funéraire de L. Ant. Quadratus, de petits et de grands torques ; c'est que ce légionnaire, deux fois honoré de récompenses, avait reçu de Tibère des colliers dont l'importance variait comme, dans les temps modernes, les divers grades des ordres de chevalerie. On n'en peut douter lorsqu'on lit cette autre inscription do la même époque :
C • IVLIVS • C • F • STR
ATOR • AED
DONATVS • AB • Tl • CAES
AVG • F • AVGVSTO • TORQVE
MAIORE • BELLO - DELMA
TICO etc. (1).
puisqu'il n y a point torque magn(^ ni torque niaximOy mais torque majore, ce qui implique une gradation, on en déduit nécessairement l'existence d'un torques minor.
Les phalères des chevaux et des éléphants paraissent avoir été d'or et d'argent, ou garnies d'or et d'argent ; car, ainsi qu on va le voir, elles n'étaient point toutes faites de métal ; elles ne différaient en réalité des bossettes qu'en ce qu'elles étaient pensiles. Quant à celles que portaient les hommes, nous croyons que c'étaient des pierres gravées, quelquefois peut-être serties par un cercle d'or, mais, dans tous les cas, de manière à ce que ce métal se fit peu remarquer, puisque nous n'avons jamais rencontré l'épilhète aureœ associée au nom des phalères honorifiques (2), et que certainement les écrivains de l'antiquité ou les rédacteurs d'inscriptions n'auraient pas négligé cette indication, lorsqu'ils ne manquaient pas de mentionner le métal d'autres ornements qui accompagnent les phalères (3).
(1) Ibid,, p. XL, no 5.
(2) Voy. la note ci-dëssus, p. 180.
(3) On peut croire que chez les Grecs, pour qui les phalères paraissent avoir été des ornements sans distinction spéciale, on a employé des phalères décorées d*or et d'argent. Dans la pompe d*Antiochus Êpiphanc à Daphné, eu Tan 589 de Rome, ou vit flgurer des cavaliers xpvvoçdtXspot et àp^upo^aXapot
SUR LES PHALËRES. 191
Nous avons déjà vu; par exemple, que dans Tépisode d*Euryale Virgile parle de phalères enlevées en même temps que des bulles dor. Nous lisons dans Silius Italiens :
Tum meiHta sequantur donis, ac prxmia virtus Sanguine porta capii : phaleris Aie pectora fulgef ; Hic torque aurato circumdai beliica colla; etc, (1}.
Tite-Live raconte qu'en Tan 449 de Rome, Cn. Flavius Annius, tribun d'extraction plébéienne, ayant été fait a^dile curule, Faristocratie s'en irrita vivement : tantumque Flavii comitia indignitatis habuerunt, ut plerique nobilium annulas aureos et phaleras deponerenl (2).
Dans les inscriptions, la formule : DONATVS TOR-
QVIBVS, ARMILLIS, PHALERIS. CORONA AVREA est fréquente (3) ; on trouve aussi : TORQVIBVS ET ARMILLIS AVREIS (4) ; mais nous n'avons jamais vu phderis aureis.
Venons maintenant à prouver que les phalëres étaient des colliers de gemmes, de camées. Ces vers galants d'un antique épithalame le disent clairement :
Denique miramur, quid colla mon'dia gestent ;
Ex humer is frustra phaleras imponis eburnis.
Nain tibi non gemmœ/ ^ed tu das lumina geuimis (o).
On employait aussi des camées en coquilles. Voici ce que dit Pline : GemmsB cochlides nunc vulgatissimœ iiunt verius, quam nascuntur... In Ârabia... quondamque lanlse magnitudinis fuere, ut equis regum in oriente frontalia, atque pro phaleris pensilia facerent (6).
(Polyb., Hisl,, lib. XXX, m, 6. ; mais il n est pas biea certain que ces termes ne fassent point allusion à roniemeut des chevaux qu'ils montaient.
(1) Punicor., lib. XV, vers. 254-8,
(2) IX, 46. — Pline, en rapportant ce fait, d'après Tite-Live {Hist, nut., XXXIU, 6, 2), croit que les anneaux d'or indiquent le sénat, et les phalères l'ordre équestre.
(3) Voyez plus haut la note, pag. 180.
(4) 7. Camulus Lavertuê donatus ab imperatore Antonino Augustopio et ex
voluntate imperatoris Hadriani Augusti torquibus et arniillis atireis. Murât., pag. Dcccu, n^ 3.
(5) Poet. lat, min. y éd. Wernsdorf, l. IV, p. 491.
(6} Hist. nat,, XXXVII, 74, 1. 11 est assez difficile de décider si les phalères de camées en coquilles étaient comme les frontalia destinées au^ chevaux.
Un passage de Jornandes prouve qu'au milieu du ve siècle, les guerriers romains se paraient de phalëres formées de gemmes. Cet auteur, décrivant les funérailles d'Attila, dit que sur le triple cercueil du conquérant barbare, on jeta les dépouilles enlevées à ses ennemis... «Addunt arma hoslium cœdibus acquisita, phaleras vario gemmarum fulgore pretiosas, et diversi generis insignia, quibus colilur aulicuai decus (1). »
Revenons encore une fois à la pierre sépulcrale de M. Cslius. Les médaillons qui sont fixés sur la poitrine de cet officier ne sont point munis de bélières ; deux bouts de cordon qui semblent sortir du plus grand de tous, de celui qui représente une tète de Méduse, prouvent que cet ornement était percé dans le sens de sa hauteur, et suspendu au moyen dune attache qui le traversait verticalement et se terminait par un nœud. Or, il existe dans quelques collections archéologiques, et notamment au département des Antiques de la Bibliothèque nationale (n*»* 238, 43, 43 [i] à 43 [4]), des sardoines blanches et brunes qui représentent des tètes de face, et sont doublement forées par des trous qui les traversent verticalement et horizontalement (V. p. 179, n*** 10 et 11). L'usage de ces camées était, si nous ne nous trompons, resté inconnu jusqu'à présent; mais il nous semble que le rapprochement de ces monuments et des médaillons de M. Caelius doit persuader de leur identité complète. La présence des trous qui se croisent annonce très clairement des pierres qui doivent être fixées sur les courroies que nous avons déjà décrites (2).
Cela parait cependant probable, et c'est ce qui nons a fait dire plus haut (voy. p. 190} qu^elles n'étaient point toutes faites de métal. Peut-être fabriquait-oa des pbalères avec de la nacre; cela rendrait parfaitement compte de leur nom çdtXapa et expliquerait pourquoi sur les vases peints elles sont figurées comme des bondes chargées de petits disques blancs.
(1) De i^bus Get., cap. 49. — Ce passage n*a point été remarqué; il a même été mal entendu; ainsi M. de Chateaubriand, dans son brillant tableau des mœws des barbares^ a dit que sur le cercueil d'Attila on avait jeté des carquois enrichis de pierreries, erreur qui provient sans doute de la confusion dephaler* avec pharetrm,
(2) Ces camées sont assez épais ; parmi les pierres conservées dans les col- Icclious, il en est beaucoup qui ont été sciées suivant leur épaisseur, et il est
SUR LES PHALÈRES. 193
L'aspect sévère des sardoines du Cabinet des Antiques convient singulièrement à des décorations militaires, et ]*on n'aura pas manqué d'observer que des têtes de Méduse et de lions telles que celles dont les phalères de M. Cœlius sont ornées offrent des symboles très expressifs de l'effroi qu'un guerrier valeureux doit inspirer à Tenncmi ; c'est ainsi qu'au nnoyen âge on portait sur la poitrine Timage de saint Michel, de saint Georges ou de saint Christophe (i). '
Si Ton admet avec nous que les phalères étaient des rangées de gemmes ou de médaillons circulaires, et non plus l'appareil de tringles quadrilatère proposé par M. De ville, on comprendra très facilement ce passage de V Iliade dans lequel le casque d'Ajax, frappé par les Troyens, est dépeint comme orné de phalères :
. . . $etvr,v 8è icsp\ xpoTaçotvi çaeivr}
iir,XrjÇ paXXojAévTj xavaxv ^X^ * paXXeTO ô' aU\
xaicçaXapa eOnoir^Oa. x. t. >. (2'.
Au résumé, nous espérons que le lecteur admettra désormais les propositions suivantes :
1^ Les phalères étaient, chez les Grecs et les peuples barbares, des rangées de médaillons suspendus, pensilesj d'or, d'ai*gent et de pierres précieuses dont se paraient les guerriers (3), et qui décoraient la bride ou le poitrail des chevaux et des éléphants ;
2« Chez les Romains elles avaient été portées d'abord comme ornement et avaient continué à l'être par les femmes (4).
très probable que Ton aura fait disparaître ainsi la trace des trous qui dous auraient indiqué positivement l'emploi comme phalères d'un grand nombre de pierres gravées.
(1) Les représentations des deux premiers saints étaient adoptées par la chevalerie; le troisième avait mission de protéger les bourgeois. Voyez Chaucer, Canierbury laies, vers 115.
A Cri-Htofrc on bis brcst of siiver Brlionc.
(2) Iliad., Il, vers 105-7.
(3) A la page première de son mémoire, M. Deville a réuni douze variétés de l'omcment quadrilatère quHl a expliqué. Ce sont des figures de phalères ornées de une, cinq, six, sept, huit et neuf pierres disposées de différentes façons; V. p, 119, u® 12.
(4) Élite des monum, céramog.y t. II, pi. 87. — Museo ûovOonico^ t. VllI,