LETTRE A M. A. LELEUX
niales. L'inscription qui vient ensuite est d^une latinité grotesque ; le jus coloniœ aurait besoin d'un bon commentaire. Il est assez probable que cette inscription, qui défie la sagacité d'un traducteur, a été arrangée à Taidc d'un texte où figuraient à la suite Yalérien et Galiien ; de là ce pluriel IMPP dont rinventeur n'avait pas compris le sens ; « un pelit bout d'oreille échappé par malhenr. »
Que le ciel préserve donc encore longtemps le Louvre de pareils monuments : assez de débris sans intérêt, de statues informes sont venus y grossir un musée algérien dans lequel, à part quelques inscriptions instructives, il ne se trouve que deux bustes, ceux des rois de Mauritanie Juba II et Ptolémée qui soient dignes de fixer l'attention.
Pourquoi dépouiller les villes d'Afrique de fragments qui n'ont pas de mérite intrinsèque, et qui du moins dans les lieux où ils ont été découverts servaient à constater une antique origine?
N'est-ce point rendre un très mauvais service à la science géographique, par exemple, que d'arracher des bornes militaires pour les envoyer à Paris ? Je suis, comme vous le savez, monsieur, entièrement étranger à l'arrangement do la Galerie Algérienne du Louvre ; elle ne rentrait pas dans mes attributions. Mais ce que je puis dire, c'est qu'elle est parfaitement éclairée, et tout à fait en rapport avec la valeur des objets qu'elle renferme.
Toute l'armée d'Afrique connaît l'histoire de ce naturaliste crédule qui achetait aux compagnies de zéphirs des animaux inédits, les rats dans le nez desquels les malins troupiers avaient greffé la queue empruntée à d'autres individus de l'espèce mus. Cela se nommait des rats à trompe. Celte industrie a acquis trop de célébrité pour durer longtemps, et il est à craindre que les zéphirs se rejettent à présent sur la numismatique et Tépigraphie. Défions-nous donc des rats à trompe archéologiques !
Croyez-moi bien tout à vous, 20 nov. isii). x\drien de Longpérier.
JUNON ANTHÉA