DES ROMAINS
(Extrait du tome XV de la Revue numismatique, 1830, pp. 233-238.)
M. Anatole de Barthélémy, rendant compte da Catalogue raisonné des monnaies romaines trouvées dans le jardifi du collège du Mans (4), a été amené à parler d'un passage de ce livre dans lequel Fauteur, M. Eugène Hucher, avait examiné ce que j'ai dit dans cette Revue (2) au sujet du type d'une monnaie gauloise qui me parait fort ingénieusement expliqué par M. Deville. Assurément M. de Barthélémy a eu Tintention d'être très impartial ; mais peut-être a-t-il trop redouté que la vieille amitié qui nous lie rendit suspecte de complaisance une analyse étendue des diverses preuves que j'ai apportées à Tappui de mon opinion. Ainsi, par exemple, il aurait été, ce me semble, utile à la vérité (qu'il faut toujours « préférer à Socrate et à Platon »), de citer le texte même de Yégèce relatif aux enseignes militaires, ou, du moins, de faire savoir au lecteur que c'est dans la Revue archéologique (3) qu'il pourra le trouver avec la note où j'en ai fait usage. Mais je ne m'arrête pas à ce détail. Je veux tout de suite examiner un argument qui me parait d'une extrême faiblesse. On dit : n L'enseigne des deniers des familles Neria^ Valeria, etc., n'est pas romaine
(f) Revue numism., t. XV, 1850, p. 68 et suiv.
(2) i848, p. 85 et pi. VI. — P. 177 da présent volume.
(3) i849, p. 321 et suiv. — P. 246 du présent volume.
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puisqu'on ne la trouve pas sur les deniers légendaires de M. Antoine, mais bien renseigne du peuple vaincu, propre à caractériser ce peuple lui-même : ce vexillum, étranger aux Romains, mais particulier aux Parthes, aux Espagnols (fam. Cselia), aurait été importé sur la monnaie gauloise, à la suite de nombreuses expéditions faites par nos ancêtres chez les nations limitrophes. »
Que ce vexillum soit particulier aux Parthes, c'est ce que j*ignore entièrement, quoique j'aie eu occasion d'étudier un nombre raisonnable de monuments figurés relatifs à Tantiquité perse ; mai? qu'il soit étranger aux Romains, c'est ce qui me parait au moins à démontrer. Il me semble cependant ravoir vu figurer assez souvent sur des monuments numismatiques où l'armée romaine est représentée en abrégé, comme ceux par exemple dont la légende esiAdlocutio on Fides exercitus. On m'accordera bien ensuite qu'en bon latin signis receptis veut dire enseignes recouvrées; c'est du moins l'avis de Germanîcus qui se contente de cette brève indication, pour célébrer, à l'aide des monnaies romaines, la restitution qu'il fit à sa patrie des aigles prises par Hermann à Quinctilius Yarus. Mais admettons que Germanicus fût un humaniste douteux; que peut-on opposer au témoignage de ce denier d'Auguste sur lequel on lit : CIVIBwj ET SIGNw MlLlTaribus A PARTHà RECVPeratis? Les Romains ne pouvaient pas recouvrer ce qui ne leur avait pas appartenu antérieurement : donc, il ne faut pas chercher sur les monnaies des familles Aqitilia, Durmia, Caninia, Petronia autre chose qu'une enseigne romaine. Quant aux lettres H. P. des enseignes figurées sur les deniers des familles Comelia, Neria, Valeria, elles paraissent désigner les hastati et les principes ou les prmcursores; mais en supposant même que ces caractères se rapportent à une légion Parthica, comme la P% la II® et la IIP, et à une légion Hispanie7\sis , comme la VIP et la VHP, on ne parviendra jamais à établir que le caractère P soit parthe, et ce qui nous donne tout lieu de croire que la lettre H ne fait pas allusion à l'Espagne, c'est que, lorsque le monétaire de la
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famille Cœlia a voulu indiquer cette contrée, il a dû, aGn qu'il n'y eût pas confusion, employer les trois lettres HIS, malgré la très petite dimension du vexillum représenté sur le denier de Caldus.
Lorsque sur une médaille ou un bas-relief, quelques soldats figurent Tarmée romaine, on conçoit facilement que les vexilla qu'ils portent ne doivent pas recevoir le chiffre d'une légion ; mais lorsqu'il faut, au contraire, déterminer la présence, dans un lieu donné, de quelque corps militaire, les enseignes sont là pour nous instruire. Je n'en veux pour preuve que les monnaies de bronze frappées dans la Dacie : PROVLN- CIA DACIA, sur lesquelles on voit une femme tenant de chaque main un vexillum marqué au chiffre des cinquième et treizième légions, ou du titre de Tune d'elles, Dacica Félix,
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et celles de la colonia de Viminacium où les quatrième el septième légions se trouvent ainsi rappelées :
Tout cela ne ressemble guère à la figure quadrilatère des monnaies gauloises» dont nous voici bien loin ; mais le vexillum avec le chiffre X, que le Parthe vaincu restitue à Auguste, n'a pas non plus la moindre analogie avec ce type.
On vient de voir des chiffres inscrits sur des enseignes, en voici le commentaire :
« Antiqui quia sciebant in acie commisso bello celeriter ordines, aciesque turbari, atque confundi : ne hoc posset accidere, cohortes in centurias diviserunt, et singulis centuriis singula vexilla constituerunt, ita ut ex qua cohorte^ vel quota csset centuria in illo vexillo litteris esset adscriptum : quod intuentes vel legentes milites, in quovis tumultu a contubcr-
nalibus suis aberrare non possunt. » (Vegct., De re milit,^ lib. n, cap. xni.)
Disons-le aussi en passant : il n'est pas du tout prouvé que le sanglier qui se voit sur les deniers de Caldus fasse allusion à une victoire remportée sur les Gaulois. Suivant Texpression même d'un très savant antiquaire, M. de Lagoy, « l'histoire a oublié de faire mention des glorieux faits d'armes de ce général. » On sait d'ailleurs que la I'* légion italica^ et la XX* vietrix avaient un sanglier pour symbole, de même que la IV* et la XIIP avaient le lion, la V* l'aigle, la VII® le taureau, la XX'le capricorne, etc.
En toutes choses il faut faire des distinctions, considérer les origines,'ne point comparer ce qui n'a pas de communauté. Que dirait-on d'un philologue qui verrait un même radical dans épigramme^ dans épinards et dans épiler, faute de savoir que le premier de ces mots contient la préposition grecque èzCy que le second vient de spinacia par suite de ce changement du sp latin en esp si fréquent dans la langue française et qui ne constitue qu'une prise de son; tandis que le troisième mot est formé de pilus précédé d'un e privatif? Cet exemple si choquant au premier énoncé, n'est pas plus extraordinaire qu'un très grand nombre de rapprochements étymologiques proposés sérieusement par des écrivains qui n'ont pas suffisamment étudié les langues auxquelles ils s'attaquent. Ce que je viens de dire relativement à la linguistique, peut s'appliquer également à l'archéologie ; mais nous supplions le lecteur de ne voir là qu'un de ces avertissements généraux qui ne doivent choquer personne. L'étude de l'antiquité n'est pas seulement un passe-temps pour moi; c'est une profession, et l'on ne saurait être étonné de m'entendre en rappeler les principes, de même que l'on ne voudrait pas reprocher à un médecin d'éclairer les anatomistes amateurs qui chercheraient le cœur à droite, le texte de Molière en main.
Annotations^ par M. de Longpérier^ à la lettre vingthuitième du Baron Marchant concetmant des médailles latines de bronze de Vabalathe, etc.
(Extrait de la NouveUe Édition des .
Lettres du Baron Marchant sur la numismatique et V histoire, annotées par divers savants, Paris, Leleux, 1851, pp. 434*437.)
Malgré les efTorts de M. Marchant , rinterprétation des lettres vcrimdr qui se lisent sur celles des monnaies de Vabalathe, où l'on ne trouve pas le titre imperator^ ne paraît pas plus avancée qu'au temps d'Eckhel. C'est probablement parce que l'auteur avait reconnu Tinsufiisance de son explication qu'il avait jugé convenable d'en différer la publication. La découverte d*un texte épigraphique viendra quelque jour résoudre cette difficulté.
Sir Gardner Wilkinson, le savant explorateur de l'Égyple, recueillit il y a quelques années, à Nahr-el-Fidar, près de Byblos, une inscription relative à Vabalathe, inscription qui lai paraissait démontrer que ce prince paimyrénien n'était pas fils d'Odenath, mais bien d*un premier mari de Zénobie nommé Athénodore. Voici ce texte, auquel nous ajouterons une transcription :
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AN0TnAT lA xè^ùr.xt[oç, Aipiî^Mv*?]
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