‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 78 sur 173 · PL. IV · texte numérisé non relu

PL. IV

Ainsi que nous l'avons déjà fait observer dans ce recueil, on a malheureusement peu de renseignements précis sur les règles qui présidaient aux luttes des gladiateurs (1); nous pourrions ajouter qu'on est encore peu avancé sur la question des armes, de l'ajustement de chaque variété de combattants. M. Magnin, dans son savant ouvrage sur les Origines du théâtre (2), eu réunissant toutes les notions que les textes peuvent fournir, nous montre combien il est difficile de faire l'application de ces textes à un nombre quelque peu important de représentations figurées. Cependant Letronne, avec son immense sagacité, a déjà éclairci le chapitre relatif au thrace^ au pugile, au dimacheniSjhYBxàa de divers monuments antiques.

Juste Lipse a prétendu que le rétiaire n'était armé ni de bouclier ni de casque (3) ; c'était un commentaire un peu forcé de cette phrase de Suétone : Retiarii tunicati qidnque numéro gregatim dimicantes^ sine certamine ullo totidem secutonbiis succubuerant : quum occidi juberentur, unus, resitmpta fuscina, omnes victores interemit (4). De ce que les rétiaires étaient

(1) Revue Archéol., t. Vî, l'« partie, p. 198. — P. 242 du présent volume.

(2) Le^ Origines tiu théâtre moderne, t. I, p. 423 et sqq. (3.) Satunial,, I. H, c. vui} p. 78.

(4) Caligula, 30.

vêtus de tuniques, il ne s'ensuit pas qu'ils ne fussent point armés de casques et de boucliers. « Ce sont, dit WiDckelmann, les images mêmes qui doivent décider du sens des passages des livres des anciens qui, exposant des choses qui étoient connues dans ces temps-là, ne sont jamais aussi clairs qu'il le faudroit pour les bien entendre dans des siècles où les usages et les mœurs ont totalement changé (1). >> Or précisément nous trouvons dans la mosaïque du cardinal Albani, des retiarii vêtus d'une tunique, coiffés d'un casque à visière et armés d'un bouclier quadrilatère, ce qui ne les empêche pas d'être enveloppés dans un grand filet (2), que TertuUien nomme spongia. Saint Isidore prétend que dans le combat du rétiaire et du mirmillo, le premier jouait le rôle de Neptune, et le second celui de Vulcain (3). Cependant le guerrier armé, recouvert d'un filet, rappelle bien plutôt l'aventure de Mars, que les monuments représentent précisément dans cette situation. 11 serait très possible que les Romains eussent voulu faire allusion à un trait mythique relatif au < dieu qui était le père de leur fondateur. On a vu tout à l'heure par le passage de Suétone que le rétiaire^ ramassant une ftiscina^ s'en était servi pour se débarrasser des secutores. On pourrait croire que c'était un de ces derniers qui avait laissé tomber son arme pour se servir peut-être de son poignard ou machœra qu il portait en outre, ainsi que le prouve la stèle d'Euphratès que nous avons publiée (4). Cependant il ne faut pas oublier que la pierre tumulaire du rétiaire alexandrin Générosus, qui avait triomphé dans vingt-sept combats, porte la figure d'une fuscina et d'une machœra (5). C'est précisément la même combinaison qui se retrouve sur une petite targe votive découverte à Pompéi, je crois, et conservée au Musée royal de Naples (voy. pi. IV, no 4).

(1) Description des pierres gravées de Siosch^ p. 473.

(2) WinckelmanD, Monumenti inediti^ n^ 197.

(3) Origin.f lib. XVIII, cap. uv, l\i.

(4) Revue Archéoi,, t. VI, l'o partie, p. 198. — P. 242 du présent volume.

(5) Maffei, Muséum reiwt., p. cxxv, n® 4.

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