‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 8 sur 173 · DE MÉDAILLES ATTRIBUÉES A RHODANUSIA · texte numérisé non relu

DE MÉDAILLES ATTRIBUÉES A RHODANUSIA

drachmes d'argent avec ME, que Sestini avait inconsidérément classées à Medraasa de Carie, malgré la rose qui forme leur type (1).

Une autre monnaie au type de la rose, et portant en outre les lettres KT, est habituellement classée à Tlle de Cythnus, une des Cyclades. Il semhlerait beaucoup plus naturel de la donner à Cyane de Lycie, dont la monnaie d'argent a été rappelée plus haut parmi celles des villes alliées qui battaient monnaie avec un type uniforme. M. Millingen n'a pas manqué d'en Mre la remarque ; mais il s'est néanmoins rangé à l'opinion commune, en considération d'une monnaie au même type, gravée très grossièrement dans le catalogue de Pembroke (2), et sur laquelle on lit KT0N. Il serait bien important d^examiner cette médaille en original, car le 6 n'est peut-être qu'un A dont on ne pouvait soupçonner la présence à une époque où l'on croyait que le nom de la ville lycienne était Cydna(3).

J'avoue que le sens de l'aigle, transporté du revers de la monnaie rhodienne que j'ai déjà citée, sur la face du Soleil, dont il cache une partie, m'échappe tout à fait. La lecture attentive des mythographes ne ma jusqu'ici fourni aucune explication raisonnable de cette bizarrerie. Cependant je ne doute pas que la cause ne s'en découvre un jour. C'est ainsi qu'au temps d'Eckhel, il paraissait impossible de rendre compte de la substitution de la tête de Méduse à celle du Soleil, sur quelques médailles de Rhodes; et toutefois, des médailles avec ce type singulier, qui ont été depuis découvertes, et au revers desquelles se voit le nom du magistrat, POPPOS, ne me laissent aucun doute sur l'intention qui a présidé àl'adop-

(1) Lettere numismaiichef t. VI, p. 55. La Carie ayant, comme on Ta vu plus haut, appartenu aux Rhodiens, l'attribution de Sestini pourrait fort bien être acceptée, si les médailles qui portent ME étaient la reproduction de celles de Rhodes; mais la tète de l'ApoUon, tournée & gauche, et qui n'est point radiée, constitue une dissemblance qui éloigne toute idée d'imitation. La même obseryation s'applique au petit bronze de Nisyros, qu'autrement il aurait été possible d'attribuer & Ninoé de Carie.

(2) II* part., tob. 16.

(3) Mionnet, t. III, p. 43o.

28 RESTITUTION A LA LTCIE

tîon du type de la Gorgone (1). D'autant plus que ce type, image de la lune nouvelle qui se lève toute sanglante, avait encore une application religieuse dans le culte sidéral des Rhodiens. La présence alternative, sur des monnaies, d'ÂpoUon et d'Hécate, A'Hélius et de Sélèité^ est un fait qu'il est bon de constater.

En général, je crois que la substitution des types, sur la monnaie d'une même ville et d'une même époque, ne doit pas être attribuée au hasard, ni au caprice des artistes. On sait tout le parti que l'érudition de notre siècle a tiré de circonstances analogues, observées avec sagacité sur les vases peints et sur d'autres monuments figurés.

Ceci me donne lieu 4^ consigner un nouveau fait à l'appui de ce genre de recherches. Les monnaies de bronze du plus petit module qui aient été fabriquées à Rhodes, présentent, soit une rose sur chaque face, soit une seule rose au revers d'une tète de femme, dont le caractère a quelque chose de tout particulier, et qui est gravée avec une finesse admirable (p. 23, 4).

Toutes ces monnaies paraissent, au reste, appartenir à la même époque. Or cette femme, dont la tête alterne ainsi avec une rose, me paraît être la nymphe Rhodé, l'épouse du Soleil (2), la même qu'Halia, et qui, comme M. J. de Witte la prouvé, avec cette habileté qu'il apporte dans tous ses travaux, n'est qu'une des formes d'Aphrodite (3).

Si l'opinion de notre savant collaborateur n'était pas appuyée sur tant de preuves concluantes, je dirais qu'elle reçoit un nouveau degré de certitude de l'explication des petits bronzes de Rhodes, puisque la nymphe qu'ils représentent

(1) Le rapprochement établi, par le magistrat Gorgos, entre son nom et le Gorgonium, me donne lieu de penser que les fables attribuées à saint Georges, personnage originaire de l'Asie Mineure, fables que TÉgllse rejette avec sagesse, n'ont peut-être pas d'autre origine que la ressemblance de son nom avec le mot yopyoc, dont la prononciation, au moyen âge, avait quelque chose d'adouci, a peu près comme les mots arabes Kan ou Koutoub, qui se prononcent Kian et Koutioub, Bien que yopyo; et yecopYio; n'aient pas la même racine, ils ont pu néanmoins être confondus dans des temps d'ignorance.

(2) Apollod., I, 2, 7.

(3) Nouvel/es Annales de Vlnsl. ai^héoL, t. I, p. 08.

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