MONUMENT PHÉNICIEN AU MUSÉE DU LOUVRE
beaux-arts, et il était tout naturel qu'ils se laissassent pénétrer pair les principes de gens habiles et expérimentés.
Homère nous fait bien voir en quelle estime les héros de Tàge épique tenaient la cœlature des Phéniciens (1). Le sarcophage de Beirouth, exécuté au vn« ou au vi« avant J.-C, est un témoignage non moins irrécusable des origines de Tart grec.
J*ai oublié de dire que les cheveux qui couronnent la tète sculptée sur ce monument conservent des traces bien sensibles de peinture d'un bleu foncé. C'est là une circonstance intéressante. Malheureusement le reste du cercueil, qui parait avoir été lavé, ne peut nous fournir d'autre indication sur le système adopté pour l'ornementation qui en complétait l'aspect.
Le trou auriculaire du côté gauche est percé dans tonte l'épaisseiu: du couvercle. Peut-être les parents du mort lui adressaient-ils des prières ou des paroles consacrées par un rituel) dans les visites qu'ils faisaient sans doute au tombeau à des époques marquées par la religion, ainsi que cela se pratiquait chez les Égyptiens. Enfin, dans le fond du cercueil on remarque un assez grand nombre de lignes en relief qui s'entrecroisent. M. Péretié, lorsqu'il découvrit le monument, avait cru voir là des caractères phéniciens ; mais un examen attentif me permet de donner une autre explication de ces lignes. Le cadavre a été certainement embaumé et entouré de bandelettes et d'un suaire retenu autour du corps par des cordes qui s'entrecroisaient et faisaient deux tours à la hauteur de la ceinture. Les substances employées pour l'embaumement et le corps, en se décomposant, ont rongé le marbre, excepté là où il se trouvait protégé par les cordes que la pesanteur du cadavre y avait fait adhérer assez fortement. Toutes les lignes en relief que l'on observe aujourd'hui dans le sarcophage sont les empreintes de ces cordes dont on distingue clairement laHorsade.
(1) Voy. rAihetueum français (1853, p. 444).
Corrections d'erreurs commises par M. V. Langlois dans le 1"^ cahier de la Revue numismatique de 185Â, pp. 5 à SA, — î^umismatique cilicienne-
(Extrait du tome XIX de la Revue numismatique ^ 1854, pp. 136-142.)
L'auteur de Tarlicle inséré, sous le titre de Numismatique cilicienne, dans le dernier cahier de la Revue numismatique, en rapportant du voyage qu'il a fait récemment en Asie- Mineure des monnaies et des objets antiques, dont il a soigneusement noté les provenances, a rendu à la science un service fait pour nous inspirer de la reconnaissance. Pour ma party j'ai examiné avec beaucoup d'intérêt les monnaies qu'il publie, et si je relève aujourd'hui certaines négligences que j'ai remarquées dans la description de ces monuments, c'est que je suis persuadé que les débris de l'antiquité ne sauraient jamais être discutés avec trop de soin.
M. Victor Langlois ne nous a pas donné un catalogue complet de la numismatique cilicienne; telle n'est point sa prétention, je me hâte de le dire. Les monnaies qu'il décrit et qu'il a fait figurer ne constituent pas non plus un choix de pièces inédites ; un tiers environ des monuments qui entrent dans son mémoire pourrait avoir droit à cette qualification. Après tout, la numismatique de bronze de l'Asie n'est pas à beaucoup près aussi connue en France qu'elle mérite de l'être, et la Revue numismatique n'a pas seulement pour but de satisfaire la curiosité un peu blasée des vétérans du métier; elle doit aussi venir au secours de ceux-là qui commencent
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à étudier , et leur rappeler des types qui ne sont pas précisément nouveaux.
Pour atteindre ce but, il est important de ne donner que des descriptions très exactes, ou de contrôler celles qui sont insuffisantes. Nous espérons donc que le lecteur voudra bien accueillir les observations qui vont suivre.
PI. I, n* 1. — jEgea. Voy. Eckhel, Doct. num. vei.j t. III, p. 36. Taylor Combe, Veter.pop. et reg. numi, pi. x, n* 12. — Cf. Cavedoni, Spicilegio ntimisniatico^ p. 204.
N* 3. — Anazarbe. Adrien. La monnaie de bronze décrite sous ce numéro représente un empereur tout à fait imberbe; il est donc déjà bien difficile d'y reconnaître Teffigie d'Adrien. Cette difficulté se transforme en impossibilité si Ton considère la date inscrite au revers : €TOTC BP (an 102). L'ère d'Anazarbe ayant pour point de départ Tan 735 de Rome, ainsi que cela résulte de Texamen d'un assez grand nombre de monaments, l'an 102 correspond à Tan 837 de Rome ou 84 de J.-C. Domitien était alors dans la quatrième année de son règne et venait de prendre le titre de getmamque, indiqué par les caractères rCP qui terminent la légende du petit bronze. Après les titres ATT . KAI viennent les caractères C€ . Tl qui signifient CCBACTOT TIOC L'inscription entière donne donc une exacte traduction de la légende IMP ' CAES AVG ' F * DOMi- TIANVS • AVG • GERM '.
Au revers, au lieu de la ville debout, la tète tourelée et soutenant sa robe, type qu'indique M. V. Langlois, je ne puis voir que la Venus-Spes, telle qu'elle se trouve sur des bronzes latins de Domitien.
N® 4. — Antonin. La légende donnée dans le texte est ....ATPHANTnNiNOC C€B THP. Elle suffirait, quand même nous n'aurions pas la gravure sous les yeux, pour nous faire voir que la monnaie a été frappée pour Marc-Aurèle. L'auteur a oublié les titres ATT . KAI, qui paraissent très lisibles. Au lieu de TTTP, il doit y avoir TTT F, traduction de COS IIL qui se voit sur tant de monnaies de cet empereur. Cette monnaie porte au revers la date OOP, 179 de l'ère d'Ana-
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zarbe. La même date se lit sur un moyen bronze d'Antonin, publié par Tabbé Belley (1). C'est que Tan 179 d'Ânâzarbc correspond à Tannée 161 de J.-C. Antonin mourut le 7 mars de cette année-là. La pièce portant le nom de M. Aurële a donc été frappée entre le 7 mars 179 et le commencement de Tan 180 qui tombe sept ou huit mois plus tard.
N* 5. — Alexandre Sévère. Au revers €T . 0MP (an 149).
On vient de voir la description d'une monnaie de Marc- Aurèle, frappée à Anazarbe en Tan 179. Comment le moyen bronze attribué à Alexandre Sévère pourrait-il être de trente années plus ancien ?
L'auteur s'est trompé d'un siècle; la monnaie porte en réalité GMC (249), ce qui correspond à Tan de Rome 984, ou 231 de J.-C. ; Alexandre Sévère était alors dans la dixième année de son règne.
N" 6. — Maximin. Si la date BOC (272) est correctement lue, la monnaie a été frappée sous Yalérien en Tan 254 de J.-C. Si, au contraire, le portrait et le nom de Maximin ont été exactement identifiés, il faut probablement lire la date BNC (2S2). Cette année ne finit qu'à Fautomne de Fan 988 de Rome. Si la date 252 existe bien réellement sur la monnaie de Maximin, elle a une certaine importance parce qu'elle peut concourir à fixer l'époque de la mort de Sévère Alexandre et de Uammée, événement qui n'est pas bien déterminé.
N« 7. Admia. — ANTIOXEIIN nPOC TOI 2AP0I. Cette médaille est indiquée par erreur comme étant gravée. Suivant toute apparence, elle porte AflTIOXEIlN TflN TTPOI Tfll lAPni. Elle se trouve ainsi dans Pellerin : Peuples et Villes^ t. n, pi. Lxxn, no 7.
N" 10. — TrajanDèce. ATT KAI KT FTAEKION TPAIANON CÇB. Il est plus que probable que ce moyen bronze porte ATT . KAI. r. M . KT. , etc., car les noms de Trajan Dèce sont Caïus Messius Quintus.
N« H. — Valérien. AT KAI nOTAI KOTAAEPIANOC C€B.
(l) Mémoires de l'Acad. des inso-ipt, et belles-lettres, t. XXXH, p. 707. T. H. . £1
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Il est bien entendu qu'il faut lire TTOY . AIK., etc., c'est-à-dire Publiùs Licinius Valerianus.
Toutes les monnaies d'Adana, publiées ici, sont connues depuis longtemps. L'inscription n^ 2, recueillie à Mallus, est transcrite avec quelques fautes d'impression.
]Vo 12. — Augusta. Cette monnaie a été publiée par Pellerin, Peuples et Villes, t. II, pi. lxxii, no 8 ; puis décrite par Ëckhel, etc. L'abbé Cavedoni cite, à propos de l'astre qui se voit au revers avec le capricorne, un passage de Lydus fort justement appliqué. Spicilegio mimismatico, p. 20S.
N° 13. — Les monnaies de Corycus, représentant une tête de ville, et au revers un Mercure debout, ont été plusieurs fois gravées. On les trouve notamment dans Pellerin, Peuples et Villes j tom. II, pi. Lxxni, n®* 16, 17 et 18.
Diocésarée, A la page 15, la transcription hébraïque du nom phénicien de Baal, le dieu de Tarse "nn Syi, n'est pas exacte.
N» 18. — AIOKECAPE. La figure gravée sous le n® 10 corrige cette lecture ; la monnaie porte en réalité AIOKAICAP€, ce qui est la bonne leçon.
N** 17. — CaracalUi, Ce grand bronze, indiqué comme tWdit, se trouve décrit et gravé avec les mêmes contremarques dans les Nouvelles annales de l'Institut archéologique, tom. II, 1839, pag. 35S, pi. E, n*» 5. La légende du revers commence par le titre AAP. Pallas est représentée, non pas combattant les géants (ceci est une interprétation, non une description), mais traînée dans un quadrige.
N° 20. — Mopsus, Mulet marchant à gauche, portant une couronne, un carquois et une palme. L'indication de la palme est à supprimer; cette curieuse monnaie nous montre un mulet portant un arc, un carquois et une couronne de lierre à feuilles aiguës, telles qu'on en voit sur les cistophores. On sait que cette classe do monuments représente aussi les mêmes symboles de l'arc et de la couronne de lierre. Ici nous les voyons portés par le mulet dionysiaque, et cet indice de locomotion est extrêmement intéressant. La nature de l'association en vertu de laquelle les cistophores ont été fabriquées
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n*esl pas encore bien déterminée. On peut croire que ces monnaies doivent leur origine à des compagnies ambulantes, qui célébraient dans les villes d*Asie des fêtes de Bacchus ; dans tous les cas, le nouveau type de Mopsueste mérite un sérieux commentaire.
No 21. — Valérien. Au revers, AAREKANCON MO^HÛCN. La gravure nous aide à retrouver le sens de cette légende, qui est, AAP. AEKIANCON MOyEA[TCA)N]. Les habitants de Blopsueste se sont fait un titre du nom de Dèce comme de celui d'Adrien. C'est ainsi qu'en l'honneur de Maximin et de son fils Maxime les gens d'Adanâ se sont intitulés JUaximiniens et MaximienSj après avoir été consacrés à Adrien. La ville d'iEgée en Cilicie, parait avoir dépassé toutes les autres en fait de servilité; elle prit successivement les noms d'Adrien ,, de Commode, de Sévère, de Caracalla, de Macrin, d'Alexandre Sévère.
N* 24. — Olba. Au revers, siège sacré; d'un côté la trique-
tra lycienne, semblable au sigle a et de l'autre un second
caractère ayant à peu près la forme d'un T. Cette pièce a été gravée dans Pellerin, JRoiSy pi. xx ; dans Visconti, Iconographie grecque, pi. xlviu, n** 2 ; dans Lenormant, Trésor de Numism, ; Iconogr, des rois grecs, pi. xxxi, n° 9, et dans d'autres ouvrages (V. Belley, Liebe, Green, etc.). Dans toutes ces figures, aussi bien que sur la pièce originale, et même dans le dessin que donne actuellement la Revue numismatique, on n'aperçoit aucune trace du symbole en forme d'Y. C'est cependant sur ce signe, joint à la triskèle, observé sur un rocher, que M. Langlois se fonde pour fixer le site d'Olba. J'avoue que je désirerais à l'appui de cette idée, qui peut être juste, quelques preuves plus développées que celles qui nous sont offertes.
N** 25. — Ajax, toparque d'Olba. Inédite. La triquetra et l'T. Le texte et la gravure n'étant pas d'accord, il est impossible de juger de ce que l'auteur entend par le symbole T. La pièce figurée n'est pas inédite; on la trouve dans Pellerin, Rois, pi. XX ; dans Visconti, Iconographie grecque, pi. xlvui, n*» 3; dans Lenormant, Très, de Num.^ Iconographie des rois grecs, pi. xxxi, n« 10, et ailleurs encore.
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N« 27. — Séleucie du Calycadnus. L'auteur décrit quatre monnaies de Séleucie du Calycadnus et deux de Séleucie du Pyrame et il donne constamment les légendes 2€A€TK€C0NTG> et 2€A€YK€nNTnN, comme si c'était là la forme du génitif pluriel. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il faut lire 2EAETKEnN
TflN nP02, etc.
Pour ce qui est du bronze de Gordien, décrit sous le n* 27, il n'est pas fort rare ni inédit. On le trouve notamment dans Eckhel, Numi veteres anecdoti, pi. xni, n*» 15 ; Guigniaut, Nouv. Galerie mythoL^ pi. xan, n» 338 a. (Voir, sur ce type, les observations de Cavedoni, SpicUegio fuimismaticOj p. 209.)
N~ 31 et 32. — En examinant les figures gravées sous les n^ 24 et 25 de la planche iv, il semble que la légende des deux monnaies soit lEAETKEnN TflN nP02 TON nTPAMON. Mais il n'est pas probable qu'on ait employé l'article avec le nom du fleuve à l'accusatif; il faut reconnaître que le texte de l'auteur n'a pas suffisamment tenu compte du nombre de traits que la gravure nous fait apercevoir. Je crois que l'on doit admettre deux iota adscrits, et qu*il faut lire : TON TTPOZ TXll nYPAMni.
Quant à la tète de Séleucus Nicator, que M. Y. Langlois croit reconnaître sur le petit bronze n® 31, c'est là une attribution qu'on acceptera difficilement. Les portraits de Séleucus, que nous connaissons, ne sont pas barbus. Si cette tète était diadèmée au lieu d'être laurée, on pourrait y chercher Antiochus IX, mais ce rapprochement même ne serait pas exact. Il vaudrait mieux faire observer que les deux t]rpes de la face et du revers du petit bronze de Séleucie se retrouvent complètement sur des monnaies de Mopsueste, publiées par Pellerin : Villes et Rois, pi. lxxoi, n~ 22 et 23.
Or le type de Mopsueste, Fautel allumé qui, ainsi que Pellerin l'avait déjà reconnu, est relatif au nom de cette ville, dont la signification (feu de Mopsus) est expliquée par Strabon (1), n'a pas été placé par hasard sur la monnaie de Sé-
(l) Lib. XIV, p. 616.
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leucie. Ou cette dernière ville était fort voisine de Mopsueste et en subissait l'influence d'une manière toute particulière, ou c'était Mopsueste même prenant un nom royal, comme Adana, qui s'est appelée Antioche, ainsi que l'a montré Belley {Mém. de rAcad. des Inscript. ^ t. XXXY, pag. 618); cela vaut la peine d'être examiné d'une manière plus approfondie.
No 34. — Soli. Tête ailée, vue de face. i^. Personnage à gauche, terrassant un bœuf.
Cette belle monnaie se voit parfaitement gravée dans l'ouvrage de Taylor Combe, Veter.pop. etreg. numi^ pi. x, n*17.
Au droit, elle représente l'aegide ornée du gorgonium, type qui remplace la tête de Pallas, que nous montrent beaucoup d'autres monnaies de la même ville.
Au revers, on voit Europe enlevée par Jupiter sous la forme d^un taureau, accompagné de son aigle qui ne laisse pas de doute sur le sens de la composition.
Tarse. Les monnaies de Tarse, gravées dans la pi. iv sous les n** 28, 29 et 30 n'étant pas encore décrites, j'aurai peu de chose à eu dire, si ce n'est qu'elles ne sont pas nouvelles. Le n''28 présente dans la gravure KOINOC KIAICIAC; c'est une erreur de copie ; il faudrait KOINON.
Je m'arrête aux points principaux, et je termine en priant le lecteur de ne pas conclure de mes observations que les monnaies décrites par M. Y. Langlois me paraissent sans valeur. C'est l'intérêt que j'y trouve qui m'a engagé à entreprendre cette récension.
INSCRIPTION D'AURELIA THEODOSIA