‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 97 sur 173 · SUR UN BAS-RELIEF GREC DU LOUVRE · texte numérisé non relu

SUR UN BAS-RELIEF GREC DU LOUVRE

Tous les doutes qu'aura pu faire naître ce récit d'Appien louchant la manière bizarre dont Lysimaque fatigué s'aidait dans sa course, doivent s'évanouir devant notre bas-relief; non pas que le bas-relief représente cet événement historique ; mais, au contraire, parce qu'il lui est bien probablement complètement étranger, et qu'il nous montre, non pas qu'un artiste a reproduit en marbre une légende plus ou moins authentique relative à deux rois célèbres, mais que l'usage de courir près d'un cavalier en tenant la queue de son cheval existait dans toute la Grèce, aussi bien dans l'Attique qu'en Macédoine.

Il y a un siècle, il est certain que l'interprétation historique de notre marbre eût prévalu, et aujourd'hui encore elle pourrait séduire après un examen trop léger de la question ; mais il faut être bien imbu de cette idée que chez les anciens toute œuvre d'art avait un but d'utilité ; il faut encore rechercher si le monument qui nous occupe n*a pas d'analogue plus complet.

Or il existe dans là collection des comtes Giusti, à Vérone, un bas-relief grec, publié par M. Orti de Manara (1), et représentant un cavalier barbu que suit en courant et en se tenant à la queue du cheval un jeune homme, tétc nue, portant sur son épaule gauche un bâton auquel pendent deux lièvres. Un très grand serpent et deux chiens de chasse accompagnent le cheval, devant lequel se tient debout un personnage barbu, enveloppé dans un manteau, tourné vers le cavalier, et faisant de la main droite le geste de l'invocation.

Le style du dessin, l'attitude des personnages, les dimensions du marbre (2), l'encadrement architectural offrent tant d'analogie dans les deux monuments, qu*on est autorisé à croire qu'ils ont été exécutés par le même artiste et avec la même intention. On doit donc penser que lorsque le bas-relief

(1) Gli antic/û monumenti greci e romani che si consen^ano net giardino de conti Giusti in Verona. Verona, 1835, iQ-4, p. 26 et pi. VL

(2) Le bas-relief de Vérone a de hauteur 0«,37 et de longueur 0«,55. Celui de Poris, un peu plus grand, mesure en hauteur On,45 ; la longueur du fragment, à sa partie inférieure, est de 0",$0. En ajoutant le quart qui manque on obtient 0^fi2.

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