‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 224 sur 311 · LIVRE V , CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE V , CHAP. I

en allez juger. Le banquier a mis depuis peu dans son coffre-fort une grande bourse de chamois , où il y a mille belles pistoles. Je les enlèverai un dimanche au matin pendant que le patron entendra la messe; j'irai joindre à la poste Sayavedra , qui aura retenu deux chevaux ; novis partirons dans le moment , et nous piquerons si vigoureusement nos mazettes, que nous serons bien loin de la ville avant que le banquier s'aperçoive de la saignée que j'aurai faite à son coffrefort.

Après avoir écouté fort attentivement Aguilera, j e lui dis que son projet étoit diablement délicat ; qu'un garçon connu dans la ville pour le commis de ce banquier pouvoit rencontrer quelqu'un qui , surpris de le voir sur un cheval de poste , et le soupçonnant d'avoir fait quelque mauvais coup , ne manqueroit pas de courir chez son maître pour lui en donner avis; que le banquier étant revenu de la messe découvriroit peut-être d'abord qu'on l'avoit volé ; que le bruit s'en répandroit à linstant dans la ville , et qu'on sauroit bientôt qu" Aguilera auroit pris la poste ; que sur cela son patron feroit suivre ses traces par des gens bien montés , et à qui le voleur auroit de la peine à échapper. Je lui représentai encore d'autres inconvénients qui lui firent voir clairement que son dessein étoit fort mal conçu. Il en demeura d'accord enfin , et cependant il me dit qu'il ne laisseroit pas de l'exécuter, puisqu'il ne pouvoit faire autrement. J'ai affaire, continua-t-il, à un homme qui ne sort jamais de chez lui que les fêtes et les dimanches pour aller à la messe, et qui revient une demi-heure ;ipres se renfermer. Il couche dans la chambre où

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sont ses papiers et son argent , et il n'a point dautre ' cabinet.

Quand il seroit encore plus sédentaire et plus vigilant, lui répliquai-je , on peut lui ravir sa bourse de cha- ( mois sans s'exposer au péril que vous voulez biaver si témérairement. Ma foi, messieurs, si vous n'en savez pas davantage, vous n'êtes encore que des apprentis dans votre métier. Je veux vous montrer qu'un génie supérieur a bien d'autres lumières que les vôtres. Je me charge , si vous le souhaitez , de la conduite de cette ; entreprise ; et , sans vous envelopper dans le malheur i (|ue je puis éprouver si la fortune m'est contraire, je j vous réponds des mille pistoles, pourvu qu'elles soient dans huit jours dans le coffre-fort. Sayavedra et son i ami se prirent à rire à Ce discours , qui leur causa au- t tant de joie que s ils eussent déjà eu entre les mains la j bourse de chamois. Ils me remercièrent de l'offre que i je leur faisois , et me laissèrent volontiers conduire ce j projet d'importance, bien persuadés, particulièrement i Sayavedra , que je ne leur parlerois pas de cette sorte i si je n'étois pas comme assuré de l'événement. Ne vous >. embarrassez de rien, leur dis-je, messieurs 5 vous verrez qu un homme qui a été page cinq ou six ans en sait plus long qu un bandit de la Romagne. Ils redoublèrent leurs ris à ce trait railleur, qui regardoit Sayavedra. Ensuite je fis quelques questions au fidèle commis du banquier.

De quel moyen , lui dis-je, prétendiez-vous dont vous servir pour tirer la bourse du coffre-fort ? Vous n'en avez pas la clef? Non certainement, me répoii dit-il. Le patron ne la confie à personne. 11 me la dom

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