‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 109 sur 227 · LIVRE III, CHAP. m. â · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. m. â

parce que les rois Torinde et Sacripant etoient dangereusement blessés , et que ses sujets iaisoient la plus grande partie de la garnison. Gomme il savoit que ces deux princes généreux n'approuveroient pas sa résolution, il les avoit fait prendre dans leur lit , et enfermer dans le fond d'une tour; ensuite il avoit envoyé un de ses affidés à l'empereur tartare pour lui proposer de lui livrer la forteresse avec les rois Torinde et Sacripant, s'il vouloit lui accorder son amitié^grican avoit frémi à cette proposition; et ayant su du messager que la princesse étoit sortie du château pour aller chercher du secours, il lui avoit répondu avec colère : Quelle est donc l'audace de votre maître , d'oser disposer d'un bien dont on lui a confié la garde? Ah! ne plaise à mes dieux qu'il me soit reproché que je dois mes victoires à un traître ! f Dites à Trufaldin que sa perfidie me fait horreur; qu'il est indigne de porter le bandeau royal ; et que , pour venger la gloire de tous les rois, qu'il fait rougir par cette trahison, je le ferai pendre aux créneaux du château avec tous ceux qui se trouveront complices de cet infâme complot. Le messager, effrayé de ces menaces, étoit revenu en tremblant apprendre à Trufaldin le mauvais succès de sa mission.

Toutes ces choses s'étoient passées dans la forteresse pendant fabsence d'Angélique, qui fut vivement touchée quand elle apprit l'indigne traitement qui avoit été fait à Torinde et à Sacripant. Elle accabla Trufaldin de^eproches; mais, bien loin de relâcher ces deux illustres prisonniers, il dit insolenunent à la princesse qu'elle seroit trop heureuse s'il ne se portoil pas aux mêmes extrémités à son égard.

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Pendant ce temps-là, le comte d Angers et ses compagnons se disposoient à livrer un terrible assaut aux Tartares. Roland et Brandimart se mirent à la tête de leur petite troupe ; les rois Balan et Adrian , Hubert du Lion et Clarion les suivoient, et les deuxfds du marquis Olivier faisoient l'arrière-garde avec Antifort de la Blanche-Russie. Quoique leurs ennemis fussent infinis en nombre, le paladin Roland ne crut pas devoir les attaquer sans les avoir (^fiés auparavant. Au son brillant de son cor, tout le camp tartare fut en rumeur, les plus intrépides chefs en frémirent.

Les neuf chevaliers forcèrent d'abord la barrière du camp ; ils passèrent sur le ventre de tous ceux qui en avoient la garde , et renversèrent de même ceux qui étoient postés pour les soutenir. Cinq ou six escadrons tartares se formèrent à la hâte pour courir sur ces assaillants , qui les mirent en désordre. Roland et Brandimart ne laissoient presque personne derrière eux qui fût en état de résister à leurs compagnons ; ils faisoient un étrange carnage ; des ruisseaux de sang couloient sous leurs pas ; ils avoient déjà percé plus de la moitié du camp , et mis la confusion partout, lorsque les chefs vinrent au secours de leurs gens. Le démesuré Rhadamante sélevoit au-dessus des autres; c'étoit lui qui avoit emporté dans ses bras le prince Astolplie; ce fort géant baissa sa lance contre le roi Balan, et le choqua si fui^usement , qu'il le jeta par terre. Le courageux Grifon , qui suivoit , arrêta Rhadamante ; ils commencèrent un combat fort vif et fort dangereux, ce qui donna le temps au roi Balan de se relever. Il se porta fort vaillamment contre tous ceux qui l'entouroient pour le

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prendre; mais il ne pouvoit remonter à cheval, assailli comme il l'étoit de tous côtés. Le fier Santarie alla rencontrer de sa lance Antifort de la Blanche-Russie, mais il ne put l'ébranler. Le vaillant Brandimart, ayant devant les yeux les exploits étonnants du comte d'Angers, faisoit, à son exemple, des choses merveilleuses : ses armes étoient toutes rouges du sang des Tartares, et les coups d'épée qu'il déchargeoit f'endoient l'un jusqu'aux dents, et l'autre jusqu'à la ceinture. Le géant Argante poussa son grand cheval sur lui pour l'accabler; mais Brandimart résista au choc, quelque impétueux qu'il fût, et fit courir autant de péril à l'orgueilleux Argante qu'il en couroit lui-même. Les grands qaups qu'ils se portoient ne se pouvoient égaler que par ceux que se donnoient, assez près d'eux, lempereur Agrican et le comte d'Angers; ces deux insignes guerriers s'étoient acharnés l'un sur l'autre; le Tartare étoit monté sur Bayard , et couvroit sa superbe tête d'un armet enchanté; l'autre étoit féé par tout le corps: leur combat inspiroit de la frayeur à tous ceux qui le regardoient; et l'on ne remarquoit encore aucun avantage entre les deux combatUmts, lorsqu'une foule de Tartares, qui se renvex^sèrent sur eux, les obligea de se séparer.

Les braves Aquilant, Hubert du Lion, Adrian, Antifort et Clarion signaloient aussi leur valeur d'une manière fatale aux assiégeants; néanmoins, quelque carnage que les neuf guerriers fissent, des ennemis sans cesse renaissants s'offroient à leurs coups; il sembloit que l'enfer rendît à la terre les combattants dont le cruel acier tranchoit les jours. Roland toutefois et ses

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compagnons souvriient un passage, et percèrent jusqu'à la ville; ils en trouvèrent les portes ouvertes, parce que les Tartares en étoient les maîtres, et qu'ils ne croyoient pas avoir quelque chose à craindre, après avoir défait les Gircassiens. Ces princes n'étoient plus que sept lorsqu'ils entrèrent dans Albraque ; ils avoient été obligés d'abandonner le roi Balan et Antifort, que les rois Saritron , Uldan, Poliferne et Santarie avoient entourés et abattus. Ils traversèrent donc la ville sans résistance, et parvinrent au pied du rocher, qu'ils montèrent avec assez de peine en suivant un sentier qu'ils voyoient frayé dans le roc, et qui alloit en tournant jusqu'aux portes du château; ils descendirent de leurs chevaux , et le comte d'Angers appela la garde. ,

Trufaldin parut alors aux créneaux, et demanda au paladin ce qu'il vouloiî ; le comte répondit qu'il étoit des chevaliers d'Angélique, et qu'il le prioit de recevoir l'ordre de cette princesse pour le faire entrer ; le roi du Zagathay répliqua brusquement que lui seul étoit maître dans le château, qu'Angélique n'y avoit aucun pouvoir; et que, s'il ne se retiroit , il alloit le faire percer de mille flèches, lui et ses compagnons. Roland, étonné de cette réponse, en cherchoit la cause en lui-même, lorsque la fille de Galafron parut à côté de Trufaldin. Dès qu'elle reconnut le comte , un mouvement de joie se fit remarquer sur son visage; elle espéra que son arrivée procureroit la liberté aux rois Torinde et Sacripant. Dans cette pensée, elle s'abaissa jusqu'à supplier Trufaldin de faire ouvrir à ces braves chevaliers qui venoient à son secours; mais ce lâche prince eut la cruauté de n'y point consentir. Le comte, de son côté, le prioit instamment

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