LIVRE m, CHAP. VIII
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son bouclier, qu'il lui opposa. Le chevalier, à son tour, la frappa, mais seulement du plat de Flamberge , pour la mettre hors de combat sans la blesser. La pesanteur de son coup obligea la reine à plier la tète jusque sur l'arcon de la selle; mais elle s en vengea par un autre coup, qui renversa Renaud sur la croupe de son cheval ; il ne pouvoit que succomber, puisque les forces de Marphise egaloient les siennes , et qu elle avoit de plus sur lui l'avantage d'avoir des armes enchantées qu'aucun acier ne pouvoit entamer.
Le paladin se remit , et le combat alloit recommencer avec plus d'acharnement qu'auparavant, lorsque le roi Galafron , à la tète d'une partie de ses troupes , arriva dans ce lieu. Il poursuivoit un reste de Tartares qui fuyoient de ce côté. Il s'arrêta pour considérer la reine et le guerrier qui étoient aux mains ; et , comme il reconnut le bon cheval Rabican , qu'il avoit donné à son fils Argail , il fut ému de douleur et de colère en le voyant. O mon cher fils! dit-il dans son transport , voici donc le traître qui a borné tes jours au milieu de leur course; c'est lui sans doute, puisqu'il possède Rabican. A ces mots, il courut plein de fureur sur le paladin , et le frappa derrière d'un coup que son ressentiment rendit plus pesant que son âge ne sembloit le permettre. Renaud en chancela sur la selle ; mais la fière Marphise, indignée quon osât attaquer un guerrier qui combattoit contre elle , poussa son coursier sur le roi ; et, dédaignant d'employer contre lui le fer, elle lui déchargea un si furieux coup de poing sur son casque , ([u elle jeta ce vieux monarque tout étourdi aux pieds de son cheval.
'^68 Ror.AND l'amoureux.
Parmi ce grand nombre de peuples qui le suivoient , les uns accoururent pour le secourir, les autres s'enjpressèrent de le venger ; mais ces derniers se l'cpentirent bientôt du soin dont ils s'étoient chargés. La terrible Marphise en fit une étrange boucherie," et le carnage fut encore bien plus grand lorsque Renaud , Irolde et Prasilde se turent joints à la reine contre les sujets de Galafron.
Sur ces entrefaites , Brandimart , qui poursuivoit aussi les Tartares , arriva dans cet endroit ; mais comme il s'approcha du fleuve pour y étancher une soif pressante qui le dévoroit , il aperçut sur ses bords sa chère Fleur-de-Lys , qui s'y étoit retirée avec les dames de Marphise , pour être à quelque distance de la mêlée. Il ne se souvient plus de rien ; tout autre soin cède à celui de courir à l'objet de son amour ; il descend de cheval , et va se jeter aux genoux de sa maîtresse , qui, partageant la joie dont il est animé, le relève , et l'embrasse très-étroitement. Que n'ont point à se dire deux amants qui se revoient après une longue absence .** Pour s'entretenir sans crainte d'être interrompus , ils marchèrent tous deux vers un grand bois qui n'étoit pas loin de là.
Cependant les troupes du Cathay se rassemblèrent autour de leur roi , que l'on avoit remonté , et ce vieux prince animoit tous ses gens contre Renaud , qu'il croyoit le meurtrier de son fils. Un monde d'ennemis fond sur le guerrier français ; et comme les Indiens , à la tête desquels s'étoient mis les rois Adrian et Balan , Hubert du Lion, Clarion et Antifort, venoient encore au secours de Galafron , le paladin , Marphise , Irolde et