LIVRE III , CHAI'. VIII. Ii6"y
Prasilde alloient être accablés , si l'armée persane ne fût arrivée fort à propos pour les défendre. Une des daines delà reine, dès le commencement du combat, avoit couru lui porter l'ordre de marcher en diligence.
Les Persans firent d'abord une irruption si vive sur les troupes du Cathay, qu'ils les culbutèrent sur les Indiens, qui s'ébranlèrent malgré leurs conmiandants. Pour surcroît de malheur pour Galafron , les l'ois Torinde , Uldan et Saritron vinrent le charger avec le gros corps de Tartares et de Carismiens qu ils avoient rassemblés après la défaite de l'armée d'Agrican. Quelque résistance que pussent faire Adrian , lîalan et leurs compagnons , ils furent obligés de se réfugier clans Albraque , comme tous les autres de leur parti. Les Persans dédaignèrent de les poursuivre, et se rangèrent autour de leur reine, qui traita favorablement les rois Torinde , Uldan et Saritron j Toiùnde surtout, dont elle estimoit le courage. Elle lui demanda par quel bonheur elle avoit acquis son amitié, et pourquoi il n'étoit plus dans les intérêts de Galafron et d'Angélique.
Là-dessus le roi de Carisme raconta tout ce qui s'étoit passé dans Albraque au sujet de Trufaldin. Hé quoi ! s'écria Marphise avec indignation , ce lâche roi du Zagathay voit encore le jour ? Ah ! généreux Torinde, je me charge de vous venger ! Grande reine, dit alors le seigneur de Montauban , ne vous abaissez point à faire rougir vos armes d'un sang si vil; c'est à moi de poursuivre le châtiment de cet indigne monarque. Le paladin , pour augmenter l'horreur qu on avoit déjà de Trufaldin , fit un rapport fidèle de tout ce qu'il avoit vu dans la caverne de Rabican, et tout le monde applaudit au
ajO lUSLAND I. AMOUREUX.
serment qxi'il avoit fait Je venger la niort tragique d'Alharose. La rèihe Marphise surtout fut si pénétiée du récit touchant que Renaud fit de cette histoire, quelle jura de ne point s'éloigner d'Albraque qu'elle ne vît le perfide Trufaldin puni. Celte princesse embrassa ensuite le fils d'Aymon, et lui demanda son amitié, en lui disant qu'elle n'avoit point trouvé de chevalier plus digne de son estime.
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De quelle manière Fleur-de-Lys fut séparée de Brandimart. Combat d'Agrican et du comte d'Angers, et quel en fut l'évcnement.
Brandimart et son amante, étant arrivés dans le bois , s'étoient assis sous un chêne touffu j ils se racontoient leurs aventures depuis qu'ils avoient été séparés, et les peines cruelles que l'absence leur avoit fait souffrir. Ils passèrent le reste du jour, et la plus grande partie même de la nuit, à s'entretenir j ils ne s'abandonnèrent aux douceurs du sommeil que peu de temps avant que le jour commençât à paroître.
Pendant qu'ils dormoient , un ermite, qui avoit établi sa demeure assez près de ce lieu , sortit de sa cabane pour aller à la provision avec un âne qu'il chassoit devant lui. Il aperçut ces deux amants; et la beauté de la dame, qui n'étoit que trop capable d'animer un cœur consacré à la retraite et au silence , le frappa vivement.