LIVRE lli, CÎIAP. XIV
dans la personne de ce jeune guerrier, l'empêcha de continuer sur ce ton, en lui apprenant qu'il parloit au premier chevalier du monde. En même temps elle lui conta ce qu'elle lui avoit vu fa-ire, et le remplit d'admiration par ce récit. Le beau Yaramis, honteux d'avoir tenu un discours railleur au ])aladin , changea de style avec lui ; et ce dernier répondit à ses compliments d'une manière à le confirmer dans l'opinion que Léodile lui avoit fait concevoir de son courage ; ils se séparèrent ensuite. La princesse d'Eluth consentit à suivre son amant, qui promit de la conduire chez le roi son père , et les deux autres guerriers continuèrent leur chemin avec Fleur-de-Lys.
CHAPriKE XIV.
La reine Marphise met le siège devant la ville d'Albraque, et ReJiaud défie Trufaldin sur la mort d'Albarose.
Le vieux Galafron, les rois Adrian et Balan , Antifort et Hubert du Lion s'étoient réfugiés, avec le reste de leur armée, dans la ville d'Albraque j ils y réparèrent le désordre que les Tartares avoient fait, et ils la remirent en çtat de défense.
Le roi du Cathay ne pouvoit se consoler de ce qu'après avoir défait l'armée d'Agrican, il se voyoit réduit à combattre contre ceux mêmes qu il avoit amenés pour lui servir d'appui ; mais ce qui faisoit sa plus grande
ÛQÉi KOI.AND LAMOURIUX.
peine , cetoit de n'avoir pu, à la tête d'une armée victorieuse des Tartares , se venger du meurtrier de son fils. Il consulta la princesse sa fille sur les moyens de punir cet audacieux, qui venoit-jusque dans ses états insulter à sa douleur. Angélique lui dit qu elle ne voyoit aucune apparence que le meurtrier d'Argail fût au Cathay ; mais , comme Galafron soutenoit qu'il n'en falloit pas douter, elle lui repartit que , pour en être mieux éclairci, il n'y avoit qu'à s'en rapporter au prince Astolphe , qui savoit fort bien ce qui en étoit. Le roi approuva lavis. On parla au prince anglais, qui promit de leur dire son sentiment lorsqu'il verroit le guerrier dont il étoit question.
Pendant ce temps-là , 3Iarphise et les princes de son parti songeoient à poursuivre le châtiment du perfide Trufaldin , et de tous ceux qui prendroient sa défense. Cette insigne ^uerHère fit marcher son armée vers Albraque, et donna ses ordres pour en commencer le siège.
Le lendemain, dès que le soleil parut, Renaud prit ses armes , s approcha des murailles de la ville , monté sur Rabican. Il tenoit en sa main son cor , qu'il fit retentir, pour avertir ceux qui commandoient dans la place qu'il souhaitoit de leur parler. Les premiers qui parurent sur la muraille, à ce bruit, firent venir le prince d'Angleterre, qui commandoit le plus près de là. Le fils d Aymon étoit alors si éloigné de penser à son cousin Astolphe, qu'il lui adressa ces paroles sans le reconnoître : Seigneur chevalier, la noble reine Marphise, les rois Torinde, Uldan, Saritron , et les autres princes alliés , envoient déclarer au roi Galafron et à la princesse sa fille . qu'ils les somment de leur livrer