‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 135 sur 227 · LIVRE III, ClIAl'. XIV. 39 J · texte numérisé non relu

LIVRE III, ClIAl'. XIV. 39 J

le perfide roi Trufaldin. Dites-leur que, s'ils refusent de satisfaire à une si juste demande, nous protestons de ne point lever le siège que nous n'ayons détruit et rasé jusqu'aux fondements la ville et la forteresse.

Tandif que le fds d'Aymon parloit,le prince anglais, qui l'examinoit attentivement, le reconnut, et se fit connoître aussi. Après qu'ils se furent témoigné de part et (j'autre la joie qu'ils avoient de se revoir, Astolphe demanda au seioneur de Montauban s'il vouloit entrer dans la place , afin qu'ils eussent le plaisir de s'embrasser et de se parler sans être entendus. Le prince d'Angleterre sortit aussitôt; et Renaud, après mille caresses mutuelles, lui demanda par quelle aventure il se trouvoit si éloigné de la cour de France : à quoi l'autre répondit en peu de mots, en attendant un détail plus circonstancié. Le fils d'Aymon lui raconta, de son côté, tout ce qui lui étoit arrivé depuis leur séparation, et finit en lui disant qu'il venoit pour garder son serment, et venofer la mort d Albarose.

Je suis fâché, lui dit alors Astolphe, que les principaux guerriers d'Angélique se soient engagés à défendre Trufaldin. Renaud demanda si le comte d'Angers étoit de' ce nombre? Oui, répondit le prince d'Angleterre; mais il n'est point encore rentré dans la ville. On ne sait ce qu'il est devenu depuis la bataille qui s'est donnée contre les Tartares. Et vous, répliqua le fils d'Aymon, êtes-vous aussi de ceux qui ont entrepris la défense du roi du Zagathay? Non, repartit Astolphe; et, comme ceux qui ont juré de défendre ce monarque sont en grand nombre, je ne crois pas que la princesse, au service de qui je me suis dévoué, veuille exiger de

moi que j emploie mon ëpée pour cet indigne prince. Si cela étoit, je vous avoue que je ne le ferois qu'à reirret.

Les deux paladins s'entretinrent encore qnelque tempsj après quoi Renaud pressa son cousin d%iller demander à Galafron une réponse à sa déclaration. L'Anglais, qui vouloit engager le fils d'Aymon à voir Angélique, lui proposa d'entrer dans la place, pour faire son défi lui-même ; mais Renaud, qui craignoit autant la vue de celte princesse qu'elle souhaitoit la sienne, ne put jam^iis s'y résoudre. Il répondit qu'il suffisoit qu'il sût par sa bouche la réponse du roi du Gathay. Astolphe , voyant le seigneur de Montauban très-ferme dans sa résolution , lui dit d'attendre , et le quitta pour aller trouver Galafron; mais avant que de parler à ce monarque, il courut chercher Angélique. Elle fut agréablement surprise d'apprendre que son cher Renaud étoit si près délie; et se ressouvenant que Maugis lui avoit promis, à la Roche-Gruelle, de lui envoyer au Gathay cet objet si chéri, elle fut sensible à ce service. Gomme elle apprit du prince anglais que le fils d'Aymon étoit encore plus animé que le roiTorinde contre Trufaldin, et que c'étoit lui que son père avoit pris pour le meurtrier d'Argail, elle jugea qu'il étoit de son intérêt de ne pas détromper Galafron. Si le roi, disoit-elle, est désabusé, il perdra tout ressentiment contre Renaud; et, pour se délivrer d un siège qui ne se fait plus qu'au sujet de Trufaldin, il livrera ce traître à ses ennemis; et le prince de ?»Iontauban , après avoir consommé sa vengeance, se hâtera de quitter ce pays, que ma présence lui rend odieux.

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