LIVRE m, CHAP. XIV. 2(jg
La princesse pria donc Astolphe de laisser Galafron dans son erreur. Le paladin le lui promit ; et lorsqu'il rapporta au roi du Cathay la déclaration du seigneur de Montauban, il souffrit qu'Angélique ajoutât que le chevalier qui portoit la parole, de la part de Marphise et de ses alliés, étoit, selon toutes les apparences, le vainqueur d'Argail. Elle irrita par ce moyen la haine que son père avoit déjà pour Renaud. Ce vieux roi n'écouta que son ressentiment, et prit la résolution de ne point livrer Trufaldin. Il assembla ceux qui avoient juré de défendre ce monarque, et leur dit avec beaucoup de vivacité : Braves guerriers, sera-t-il dit que nous abandonnerons à la fureur de ses ennemis un roi qui le premier de tous a embrassé notre défense contre les Tartares.** Ah! qu'il ne nous soit point reproché que la crainte d'un siège nous ait fait commettre une action si lâche; allons, courons plutôt attaquer ceux qui veulent nous forcer d être des incrrals.
Il se tut à ces mots, pour entendre ce qu'ils lui répondroient ; et ils ne manquèrent pas de l'assurer tous qu'ils défendroient avec ardeur le roi Trufaldin , ainsi qu'ils l'avoient juré à la princesse. Ensuite Antifort et Hubert du Lion furent nommés pour aller porter cette réponse à celui qui l'attendoit. Astolphe les y conduisit. Les deux chevaliers d'Angélique s'acquittèrent de leur commission d'une manière qui surprit le fils d'Aymon. Il ne pouvoit comprendre comment des cœurs nobles se rendoient protecteurs du crime. Il leur demanda s'ils ignoroient les trahisons du prince dont ils se rendoicnt l'appui. Ils répondirent que non ; mais qu'il leur suflisoit qu'ils fussent engagés d honneur à le tléfendie.
■ )Ol> ROLWD L AMOUREUX.
Quiconque, reprit Renaud, ne punit point un traître lorsqu'il le peut est coupable lui-même de la trahison qu'il soutient ou qu'il tolère.... C'est une question que nous laissons à décider aux docteurs, interrompit Hul:)ert du Lion; pour nous, nous ne savons décider que le fer à la main. Il faudra donc s'y résoudre, interrompit à son tour le seigneur de r>ïontauban, un peu piqué de cette réponse, et nous ne serons peut-être pas moins propres que vous à cette sorte de décision. Je le veux croire, dit alors Antifort; mais vous y aurez vousmême plus d'affaire que voiis ne pensez, puisque vous aurez cette question à discuter avec le comte d'Angers lui-même.
Il me sera sensible, je l'avoue, répliqua le fils d'Aymon , de voir la valeur de ce grand guerrier indignement occupée à la défense d'un perfide ; mais, quelque éclatante que soit cette valeur, elle ne m'empêchera pas d'entreprendre la punition d'un monstre qui n'est connu que par mille cruautés. Le ciel veut enfin qu'il périsse; et peut-être m'a-t-il choisi pour être le ministre de ses vengeances. Renaud acheva ces dernières paroles comme par un mouvement inspiré d'en haut, qui le fit paroître en ce moment quelque chose de plus qu'un homme.
Ces o[uerriers réglèrent ensuite les conditions du combat. Il fut décidé quil y auroit une trêve entre les deux partis, et que le lendemain, dès le lever de l'aurore, les défenseurs de Trufaldin ameneroient ce roi dans le camp de la reine persanne , pour être le spectateur et le prix du combat. Après cette convention , Antifort et Hubert du Lion rentrèrent dans Albraque,