‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 139 sur 227 · LIVRE III, CHAP. XV. ' io · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XV. ' io

état , le fils d'Aymon ne laissa pas de le poursuivre pour achever sa victoire ; et Rabican l'auioit bientôt atteint , si le brave Aquilant, qui craignit pour son frère, ne se fût pressé de se mettre entre eux deux. Il se jeta comme un lion rugissant sur Ilenaud, et le fit clianceler dans la selle d'un terrible coup qu'il lui porta 5 mais le seigneur de Montauban , serrant Flamberge en sa main, et giùncant les dents , s'abandonna sur lui , et le chargea de tant de coups redoublés, qu'il ne lui donnoit pas le temps de se reconnoître. Clarion, voyant ainsi maltraiter son camarade , piqua contre son ennemi, et, l'atteignant de sa lance par derrière , il l'ébranla de telle sorte , qu'il pensa lui faire quitter les arçons.

Alors la courageuse Marphise, irritée de cette supercherie , partit comme un éclair. Elle poussa son cheval sur Clarion, qui revenoit sur Renaud après avoir fourni sa carrière, et le frappa d'un si pesant coup d'épée , qu'elle le jeta tout étourdi sur la poussière • puis remarquant que Grifon avoit repris ses esprits , et se disposoit à se venger, elle courut au-devant de lui pour l'en empêcher. Comme il étoit outré de rage, et que la reine surpassoit en force tous les guerriers de son temps , ils commencèrent un combat à faire frémir tous ceux qui en furent témoins.

Pendant qu'ils étoient aux mains, le roi du Zagathay, alarmé de l'avantage que Marphise et Renaud ssmbloient avoir sur ses défenseurs, trembloit comme une feuille qu'agite le vent j et, dans sa crainte, voulant se soustraire au péril qui le inenaçoit, tandis que tout le monde étoit attentif aux combats qui se livroient, il poussa son cheval vers Albraque; il courut à toute bride se réfugier

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dans la forteresse , établissant toute sa sûreté dans le retour du comte d Angers.

On ne s'aperçut pas d'abord de sa fuite , tant on étoit occupé de part et d'autre de ce qui se passoit ; le premier qui prit garde que ce roi n'étoit plus où il devoit être fut le prince Astolphe. Comme il ne voyoit qu'à regret le combat de Renaud contre le fils du marquis de Vienne , il fut bien aise d'avoir un prétexte pour l'interrompre. Il s.'approcha du fils d'Aynion. Courageux Renaud, lui dit-il, que vous sert de vous battre contre vos plus chers amis , si vous perdez le fruit de votre vengeance ? Le traître qui fait le sujet de votre différend vient de vous échapper, et sa fuite dans Albraque le met à couvert de votre ressentiment.

A ces paroles du prince anglais , Renaud et Aquilant s'arrêtèrent; et le premier, regardant l'autre d'un air fier, lui reprocha qu'on manquoit à la convention. Le fils d Olivier s'excusa sur ce que son frère et lui étant engagés au combat, ils n'avoient pu veiller sur Trufaldin , et que c'étoit la faute de leurs compagnons s'il avoit pris la fuite. Astolphe proposa une suspension d'armes jusqu'à ce qu'on eût ramené ce lâche roi ; et , dans la vue de servir Angélique auprès du seigneur de Montauban , il s'offrit à demeurer avec lui pour otage du retour de Trufaldin. Renaud y consentit avec joie, car il aimoit son cousin pour sa gentillesse.

Voilà de quelle manière le combat de Renaud et d' Aquilant fut interrompu ; mais on eut plus de peine à séparer Marphise et Grifon. Elle avoit de l'avantage sur lui, et ne pouvoit soufhir qu'on lui vînt enlever une victoire qui lui paroissoit certaine. Elle cessa pour-

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