‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 147 sur 227 · LIVRE III, CHAP, XVIII. Sip · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP, XVIII. Sip

ces deux chevaliers se battoient depuis long-temps sans avantage , lorsque Renaud, d'un coup de Flamberge, fit plier la superbe tête de Roland. Ce dernier, pour s'en venger , déchargea sur le casque de Meinbrin un coup de Durandal si pesant , que le fils d'Aymon en perdit connoissance. Le comte alloit redoubler , si Bayard , qui voulut sauver Renaud, n'eût reculé ; de sorte que Roland , voyant qu'il ne pouvoit manier à sa volonté ce raisonnable animal , piqua vers Brandimart avec lequel il changea de cheval. Son cousin reprit ses esprits pendant ce temps-là , et revint sur lui en poussant Rabican avec tant d'impétuosité , qu'il pensa renverser Bridedor.

Ces deux incomparables guerriers , animés d'une fureur nouvelle , en vinrent aux mains , et Durandal une seconde fois priva de sentiment Renaud, qui , penché sur le cou de son coursier , les bras pendants, et versant du sang par le nez et par la bouche , alloit céder la victoire à son ennemi. La légèreté seule de Rabican , qu'il n'étoit pas aisé de joindre , et qui emportoit le fils d'Aymon dans la campagne , sauva la vie à ce guerrier; car le comte ne pouvoit l'atteindre, quoiqu'il courût de toute la vitesse de son cheval pour achever sa vengeance. Comme ce dernier passa près d'Angélique , dont le cœur gémissoit de voir le péril où se trouvoit l'objet de son amour , cette princesse l'arrêta : Mon cher comte, lui dit-elle, suspendez, de grâce, les mouvements de votre colère ; vous devez même perdre tout ressentiment. La querelle est finie par la mort du lâche roi que vous défendiez. Le ciel, en punissant ce traître malgré tous vos efforts , fait voir que rien ne sauroit échapper à sa justice. Je n ai plus rien

ô'20 ROLAND L AMOUREUX.

ù craindre non plus de la reine Marphise, qui m'a fait assurer qu'elle n'étoit notre ennemie qu'à cause de Trufaldin. \ ous êtes donc libre, et vous pouvez dès ce moment m'accorder une chose que j'ai à vous demander. Je viens d'apprendre qu'une princesse de mes amies est dans un péril très-pressant. Sachez que tout intérêt cède dans mon cœur à celui de la sauver ; mais le moindre retardement lui peut être funeste ; et, si vous voulez la délivrer à ma considération , il n'y a pas de temps à perdre.

Grande princesse , lui répondit le paladin, vous n'ignorez pas quel est l'empire que vous avez sur moi. Daignez m'instruira de cequ'ilfaut que je fasse. Vous saurez, reprit Angélique , qu'une des plus cruelles magiciennes du monde a produit , par son art, un jardin où brillent, dit-on, cent beautés différentes, qui surpassent l'effort de la nature. Un affreux dragon en garde la première porte ; et Falerine , c'est le nom de la magicienne , nourrit ce monstre de sang humain. Cette barbare , qui est parente de IMarquinor, et qui gouverne en son absence le royaume d Altin , fait arrêter tous les chevaliers et les dames qui passent dans ses états , et les donne à dévorer au dragon. Une princesse démon sang, et qui m'est aussi chère que moi-même, est tombée avec son amant entre les mains de cette enchanteresse , qui , dans ce moment peut-être, va les livrer au monstre. Il n'y a que vous seul, fameux guerrier, que je croie capable de délivrer tant d'infortunés qui doivent périr si cruellement.

Je suis prêt h partir , répliqua le comte d Angers , pour aller accomplir l'ordre que vous me donnez; mais.

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adorable princesse, continua-t-il en soupirant, je vous avoue que c'est un supplice bien rigoureux pour moi de laisser auprès de vous le seigneur de Montauban. Je sais qu'il est, comme moi , épris de vos charmes, et c'étoit autant pour punir cet audacieux rival que je le combattois , que pour la défense de Trufaldin.

Ces paroles firent soupirer Angélique elle-même; diverses passions agitèrent son cœur en ce moment ; mais , comme il lui étoit d'une extrême importance de cacher ses mouvements, elle se contraignit le mieux qu il lui fut possible , et fit cette réponse au guerrier ; Que vous êtes dans une grande erreur! \ous paroît-il, Roland , que Renaud fasse auprès de moi le personnage d'amant? Ah! vous auriez plus de raison , ajouta-t-elle, poussée d'un mouvement jaloux , de l'accuser d'aimer Marphise. S'il ne l'aimoit pas , se seroit-il joint à elle pour continuer le siège d'Albraque? Comme Angélique achevoit de parler , Astolphe s'approcha d'eux. Il ne doutoit pas que la princesse , alarmée du péril de Renaud , n'ei^t dessein de rompre son combat avec Roland; et son amitié pour le fils d'Aymon l'intéressoit à souhaiter la même chose. Venez prince, lui dit la fille de Galafron , venez désabuser votre ami d'un soupçon qu'il a conçu. Il croit Renaud amoureux de moi. Généreux comte, dit alors le prince anglais, vous pouviez avoir cette pensée quand vous partîtes de la cour de France. J'ai vu le seigneur de Montauban charmé de l'adorable Angélique dans ce temps-là ; mais il m'a luimême avoué qu'il n'a plus de tendres sentiments pour elle; et tout ce qu'il a fait depuis qu'il est au Cathay v(ms le prouve mieux que tout ce que nous pourrions

rîoi, VND I.'AlWOURF.UX. I. 2 1

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VOUS (lire. Sur cette assurance, madame, dit. le comte en regardant la princesse , je rends à Renaud mon amitié. A ces mots , il lui fit une profonde révérence , piqua Bridedor vers le royaume d'Altin , et partit pour aller détruire le jardin de Falerine.

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