MVRE III, CHAP. XIX
vient donc , répliqua le roi, d'où vient que Rabican est en son pouvoir? Seigneur, repartit l'Anglais, Renaud m'a dit qti'il l'avoit tiré de la caverne d'Albarose , où cet excellent coursier s'étoit retiré après la mort du prince Argail, et d'où un magicien l'avoit fait sortir pour en faire présent à votre majesté.
Lorsque j'ai été instruite de ces choses , reprit alors Angélique, j'ai cru devoir rompre le combat commencé, et rétablir l'amitié entre ces deux paladins. Par ce moyen, seigneur, poursuivit-elle , vous n'aurez plus d'ennemis, et surtout si vous vous résolvez à faire une légère satisfaction à la reine Marphise Je n'aurai pas de peine à
m'y déterminer, interrompit le roi , à présent que je no suis "blus dans lerreur.
Après ce discours , Galafron , accompagné d'Angélique et du prince Astolphe , alla trouver Marphise , qui combattoit encore les deux frères. A l'approche du roi du Cathay , le combat fut suspendu. Grande reine, lui dit Galafron , ne soyez plus notre ennemie , et pardonnez à la douleur d'un père qui croit voir le meurtrier de son fils l'action précipitée qui m'a attiré votre inimitié. A ces mots, la reine persanne perdit toute sa colère. Elle étoit fière , mais généreuse. La soumission du vieux roi la toucha. Elle assura ce monarque de son amitié. Elle embrassa ensuite sa charmante fille, dont elle admira les attraits. Elle marqua aussi beaucoup d'estime pour les deux frères, et dit, à l'avantage de la France , qu'elle n'avoit trouvé dans aucune nation autant de courage , de force et de véritable générosité que dans les chevaliers français.
Brandimart et Torinde, qui avoient recommencé leur
c.onibat, se séparèrent dès qu'ils virent que la reine persanne parloit au roi Galafron et à sa fiile avec toutes les marques d'une union parfaite. De sorte que, de tous les gueri'iers qui combattoient auparavant avec fureur, il ne resta que Renaud de mécontent. Ce paladin venoit de reprendre ses esprits j et ne voyant plus Roland : Qu est devenu , disoit-il, ce fier ennemi qui poursuivoit ma mort avec tant d'ardeur ? Auroit-il négligé de m'ôter la vie, lorsqu il ma vu hors d état de me défendre de ses coups ? Ah ! quelle honte pour moi ! Cette pensée l'affligeoit à un tel point , que toute la gloire qu'il avoit acquise, par le châtiment de Trufaldin, ne pouvoit le consoler.
Le prince Astolphe, qui s'aperçut qu'Angélique voyoit avec inquiétude l'agitation de Renaud , sur qui , malgré la présence de Marphise , elle avoit toujours les yeux , courut le joindre. Fils d'Aymon , lui dit-il, que faitesvous ici.'^ et pouvez-vous encore conserver quelque ressentiment, lorsque toutes choses commencent à devenir tranquilles dans le camp.»^ Ah! mon cœur ne l'est pas, s'écria Renaud : de grâce , Astolphe , apprenez-moi où est le comte d'Angers ; c'est tout ce qui m intéresse présentement. L'Anglais , qui ne pénétroit que trop son dessein , lui dit : Mon cher Renaud , calmez le trouble de vos sens; la charmante Angélique, après avoir fait cesser votre combat ave.c Roland, vient déteindre aussi le ressentiment delà reine Marphise et des autres princes ligués contre le roi son père. Ainsi le royaume du Cathay est délivré des fureurs de la guerre. Puisque vous vous êtes vengé de Trufaldin, vous n'avez plus d'ennemis à combattre. Quoi! repiit le seigneur de Mon-