LIVRE IV, CMAP. IV
délicats et les liqueurs exquises n'y manquèrent pas. Néanmoins tous les plaisirs qu'on imagina pour divertir les généreux amis de Roland ne purent exciter le moindre mouvement de joie dans leurs cœurs. Ils pensoient sans cesse à la mort du comte et aux moyens de la venger. Quand on s'aperçut que rien ne pouvait vaincre leur affliction, les divertissements cessèrent, et l'on conduisit les chevaliers, de même quOrigile, clans des appartements magnifiques, pour y goûter la douceur du repos.
Les trois amis, malgré la situation triste où ils étoient, ne laissoient pas d'admirer la magnificence de ce palais, et d'être surpris des honneurs qu'ils y avoient reçus; mais ils changèrent bien de pensée le lendemain, lorsqu'à la pointe du jour ils virent entier dans leurs chambres une troupe de gens armés, qui se jetèrent brusquement sur eux, et leur lièrent très-étroitement les mains , sans leur donner le temps de se défendre. Ils en firent autant à Origile. Puis , les menant tous quatre à un fort château situé dans une obscure forêt, ils les y enfermèrent dans un profond cachot. Les chevaliers demeurèrent là quelques jours, au bout desquels une autre troupe de gens de guerre beaucoup plus nombreuse que la première vint les retirer d'un si triste séjour. Le commandant de la troupe, s'aduessant aux chevaliers et à la dame, leur dit : Sortez , malheureux , voici le dernier de vos jours; nous allons vous conduire au supplice qui vous attend.
Origile ne put entendre cet arrêt sans frémir. La pâleur de la mort se répandit sur son visage. Pour les deux frères, qui croyoient Roland sans vie, ils écouté-
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rent le commandant sans pâlir ; et Brandiraart , s'il fut agité , ne sentit que le regret qu'auroit de son trépas sa chère Fleur-de-Lys. Les prisonniers furent conduits dans la cour du château , où , revêtus de leurs armes , on les fit monter sur leurs propres chevaux , les mains liées derrière le dos. Ils marchèrent en cet équipage , et gagnèrent une plaine, où ils ne furent pas sitôt entrés, qu'ils virent venir vers eux un chevalier à pied , quoiqu'il eût lécu au hras , et fût armé de toutes pièces.