LIVRE IV, CHAP. VII. 3'7I
haitoit de savoir. Il y trouva d'abord une description du jardin; il ëtoit écrit qu'il y avoit quatre principales entrées par où il faudroit qu'il passât; que la première étoit gardée par un dragon, qui dévoroit tous les jours des malheureux qu'on lui livroit, et que le comte en seroit la victime, comme les autres, s'il ne s'abstenoit au moins pendant trois jours de la compagnie des femmes. Si je manque à surmonter le dragon, dit alors Roland en souriant, ce ne sera pas faute d'avoir rempli cette condition. Le paladin, poursuivant la lecture du livre, lut une chose qui lui fut plus utile que tout le reste : il étoit dit qu'après avoir passé la première entrée, il verroit un beau palais où Falerine faisoit son séjour; que cette enchanteresse alors s'y occupoit à forger par ses charmes, et en y employant le suc de certaines racines , une épée qui auroit la vertu de couper toutes les armes et les autres choses enchantées; qu'elle ne prenoit tant de peine à faire cette épée que parce qu'elle avoit connu par son art qu'un chevalier d'occident, nommé Roland, qui étoit féé de tout son corps, devoit détruire àon jardin; mais que, pour achever cette aventure, il faudroit qu'il s'emparât de cette épée, appelée Balisarde, sans laquelle il ne pourroit tuer la plupart des monstres qu'il auroit à combattre.
Lorsque le comte eut tout lu , il referma le livre ; et , fort satisfait d'avoir appris tout cela, il remonta sur Bridedor avec Origile, et se hâta d'arriver au jardin de la magicienne. Néanmoins, quelque impatience qu'il eût d'exécuter l'entreprise, il fut obligé den remettre au lendemain l'exécution, parce qu'il étoit marqué dans
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le livre qu'on ne pouvoit entrer dans le jardin que vers le point du jour. Comme le soleil ëtoit déjà couché, Roland mit pied à terre, et se coucha sous un arbre, où il s'assoupit. Pour la dame, au lieu d'en faire autant, elle livra son esprit à de noires pensées. Elle se représenta que le paladin ne l'avoit amenée avec lui que pour l'abandonner au monstre de Falerine ; et cette réflexion la troubla de sorte, que, dépouillant tout sentiment de reconnoissance , elle résolut de tuer son libérateur pour se délivrer de tout danger.
La lune et les étoiles qui brilloient au ciel ne lui fournissoient que trop de clarté pour exécuter son perfide projet. Elle s'approcha de Roland, qui, la tête appuyée sur son bouclier, dormoit d'un profond sommeil; elle tira doucement Durandal de son fourreau ; mais, comme elle se disposoit à la plonger dans le sein du comte, une réflexion l'arrêta. Elle craignit de ne pouvoir que le blesser seulement, et cette crainte 1 empêcha de le frapper. Elle se contenta de se résoudre à fuir vers lendroit où le paladin avoit quitté ses amis. Mais elle emporta Durandal, et vola une seconde fois Bridedor. Le guerrier, à qui ses ennuis et l'absence d Angélique ne permettoient pas de jouir d'un long repos, se réveilla une heure avant le jour. La lune qui briUoit quand il s'étoit endormi venoit de se coucher, et il ne pouvoit discerner les objets qu'à la seule faveur des étoiles. Il s'aperçut pourtant qu'Origile n'étoit plus auprès de lui. Il crut d'abord que la pudeur, si naturelle au sexe, avoit obligé cette dame à s'éloigner de lui pour s'abandonner librement au sommeil. 11 ne doutoit pas qu'elle ne fut endormie sous quelque arbre aux environs. Mais quelle