‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 214 sur 227 · MVRE IV, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

MVRE IV, CHAP. XXII

l'embrassant, que ne vous dois-je point? Il s'agit de votre liberté , reprit le comte , ne perdons point un temps qui nous est cher. Je suis bien aise de vous avoir rencontré seul, pour concerter ensemble les moyens de vous retirer de cette île : car vous savez qu'on n'en peut sortir qu'avec le consentement de la fée. Par quel expédient pourrons-nous l'obtenir .f* Depuis quelques jours, repartit Ziliant , j ai fait une découverte qui pourra nous le fournir. J'ai remarqué plus d'une fois queMorgane, quelque empressement qu'elle ait pour moi , a grand soin de me quitter à certaine heure le dernier jour de la semaine, et je ne la revois qu'à certaine autre heure le jour suivant.

Cette remarque, continua-t-il , excita un jour ma curiosité : je demandai à la fée la raison de cette conduite; elle rougit à cette question; et, comme il falloit qu'elle répondît, elle me fit une réponse qui me persuada qu'elle n'avoit pas envie de satisfaire mon désir curieux. Je feignis pourtant de prendre pour bonnes les mauvaises raisons qu'elle m'allégua; mais je n'en eus que plus d'envie d'éclaircir ce mystère. Dès que le premier jour où elle devoit me quitter fut venu, et qu'elle en eut rejeté la cause sur quelques cérémonies magiques qu'exigeoient d'elle son art et sa nature de fée , je la suivis de loin avec toutes les précautions possibles pour qu'elle ne s'aperçût point que je l'épiois. Elle s'enfonça dans un petit bois qui est à l'un des coins de ce vallon , et gagna un bocage, où j'arrivai sans être vu. Je me cachai soigneusement derrière quelques arbrisseaux qui me donnoient moyen de l'entrevoir en écartant quelques branches touffues qui me couvroient.

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Il y a dans le fond de ce bocage une fontaine d'une eau très-claire. Aussitôt que la fée fut sur ses bords, elle se déshabilla, et se jeta dedans • mais à peine son i)eau corps en eut touché l'eau, que je vis avec étonnement ses jambes se transformer en une queue de serpent, avec laquelle fendant l'onde , elle se mit ^^ nager tout autour de la fontaine. Je demeurai quelque temps dans l'endroit où j'étois, fort attentif, comme vous pouvez penser , à ce spectacle. Néanmoins , de peur d'être aperçu, et croyant avoir assez contenté ma curiosité, je me retirai, fort occupé de ce prodigieux événement. Je jugeai qu'une nécessité fatale forcoit la fée à cette transformation le dernier jour de la semaine ; et c'est pourquoi vous m'avez trouvé seul aujourd'hui : car les auti'es jours Morgane n'a guère coutume de me quitter pour si long-temps. Ce que je m'imagine de tout ceci , c'est que cette connoissance peut vous faciliter le moyen de surprendre la fée. Elle restera tout ce jour dans sa transformation, et demain, dès que l'aurore paroîti'a , je la verrai revenir à moi avec tout l'empressement que l'amour inspire aux tendres amants. Mon dessein est de me trouver alors sur le bord d'une autre fontaine qui joint un petit bois où vous serez caché. Je me placerai de sorte que Morgane sera obligée d'avoir le dos tourné vers le bois. Vous profitei^ez de cette situation pour vous jeter à l'improviste sur la fée, que vous saisirez par les cheveux avant qu'elle ait le temps de s'échapper.

Rien n'est mieux pensé, s'écria Roland, et je suis résolu à m'arrêter à cet expédient. Alors le prince d'Élu th conduisit le paladin dans un petit verger dont

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