CHAPITRE XVII
Aventure merveilleuse du comte d'Angers.
Le comte d'Angers, pressé de son amoureuse inquiétude , continuoit toujours de marcher vers l'orient. Il ne se reposoit ni le jour ni la nuit dans la recherche qu'il avoit entrepris de faire de sa belle x\ngé!ique; et s'il se relàchoit quelquefois de l'ardeur de sa course, c'étoit seulement pour soulager son fidèle Bridedor, qui, sans cette indulgence, n auroit pu soutenir la fatigue d'un si long voyage. Il ne rencontroit personne dans son chemin qu'il ne questionnât sur sa princesse ; mais il n'en put apprendre aucune nouvelle.
Il étoit déjà parvenu jusqu aux rives du Tanaïs, lorsqu'il aperçut un vieillard chargé d'années, mais encore plus accablé d'affliction. Il poussoit des plaintes d'une manière fort touchante. Roland en fut attendri , et lui en demanda le sujet. Le bonhomme lui dit : Puisque mon malheur vous touche assez pour vous faire souhaiter que je vous en instruise, sachez, généreux chevalier , qu'à deux lieues d'ici est un rocher fort élevé que vous pouvez découvrir aisément de cette côte. Du haut de cette roche une voix épouvantable se fait entendre ; mais l'éloignement ne permet pas d ouïr distinctement ce qu'elle dit. Ce rocher est de la couleur des flammes; une eau rapide le ceint en forme de couronne , et elle a sur son courant un pont de marbre noir dont l'entrée