CHAPITRE XA^II
Combat de Roland contre le géant du pont de la 3-Ioit , et du grand péril où ce chevalier se trouva.
Le géant qui gardoit le pont se nommoit Zambard le
Fort. Il étoit si grand , que le comte d'Angers à peine
arrivoit à sa ceinture. Ses armes étoient composées d'é-
cailles de serpent; un large cimeterre pendoità son côté,
et il tenoit en sa main une pesante massue, au bout de
laquelle il y avoit cinq grosses boules d'acier du poids
de vingt livres chacune. Malçfré tout cela , Roland marri O '
che à lui, Durandal à la main. Ils combattirent quelque temps sans avantage. Le géant déchargea plusieurs fois sa lourde massue : il croyoit écraser son ennemi ; mais le paladin évitoit ses coups, soit par sa légèreté, soit en y opposant sa bonne épée, qui les rendoit inutiles. Pour son bouclier, il avoit été brisé dès les premiers coups ; ce que le géant n'avoit pu faire de Durandal, qui étoit d'une trempe plus forte.
Le courageux guerrier de son côté frappoit avec plus de fruit et plus fréquemment, et quoique les écailles de sei'pent dont Zambard étoit couvert fussent plus dures que le plus dur acier, le bras qui conduisoit Durandal étoit si vigoureux, que la lame tranchoit et brisoit ces écailles , comme si elles eussent été des armes