‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 60 sur 227 · MTRE II, CHAP. II. I 'U · texte numérisé non relu

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est honteux à votre âge d'avoir une pareille défiance. Comment, ma mère, reprit Marquin d'un ton de voix plus ferme, je pourrois parvenir à satisfaire ma passion ! Pourquoi , lui dis-je , ne vous seroit-ii pas permis de vous en flatter ? Stelle n'est-elle pas femme ? en est-il qui ne soit capable de se rendre aux empressements d'un homme de méiùte ? Les services, l'assiduité, la complaisance et la ruse, sont de bons moyens pour réduire vme femme rebelle ; et quand cela ne vous servîroit de rien , je vous pardonnerois plutôt de recourir à la force poui' vous contenter, que de vouloir périr ainsi lâchement, faute de résolution.

J'arrachai mon fils à la mort par de semblables discour^; l'espérance que je lui donnai de plaire à Stelle lui rendit ses forces, et diminua l'ardeur de sa fièvre. Il se porta mieux de jour en jour ; et, ce qui avançoit sa guérison , Lucidor et Stelle venoient le voir trèssouvent , et se réjouir avec lui de sa convalescence. Mon fils, étant enfin en état de sortir, ne se donna pas le temps d'essayer si, par les moyens que je lui avois enseignés , il pourroit rendre Stelle favorable iu son amour ; son impatience le porta tout d'un coup aux plus violents. 11 passa quelques jours à méditer son projet sans le communiquer à personne, pas même à moi , quoiqu'il eiit lieu de penser , par tout ce que je lui avois dit, que je ne désapprouverois pas son dessein. Quand il eut résolu de l'exécuter, il prit les plus déterminés de ses domestiques, les fit armer à l'avantage, et sortit avec eux d'Aronde. H les mena dans la forêt où Lucidor alloit chasser ordinairement; puis, les ayant postés dans fendroit le plus couvert , il s'écarta

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d'eux, et se mit à sonner de son cor le plus hautement qu'il lui fut possible, pour attirer en cet endroit Lucidor, qu il savoit être ce jour-là dans le bois.

Effectivement le malheureux ëpoux de Stelle vint à ce bruit éclatant. D'abord que Marquin l'aperçut : Cher ami , lui dit-il , j ai perdu un chien que j'aime beaucoup. Je ne connois pas si bien que vous les avenues de ce bois; aidez-moi, je vous conjure, à le chercher. Le seigneur de la Roche-Vermeille s y offre de bonne ^ràce; ils commencent ensemble la recherche du chien; mais quand Marquin vit Lucidor dans le lieu où il le vouloit , il le fit inhumainement massacrer par ses gens; après quoi il se rendit avec eux à la Roche- Yermeille. «

Comme on ne s'y défioit point d'eux , et qu'on les regardoit comme des amis , ces assassins s'emparèrent aisément du château. Ils tuèrent toutes les personnes qu'ils y trouvèrent, à l'exception de Stelle, à qui la vie, qu'on lui laissa, devint plus odieuse que la mort, quand elle connut les intentions de Marquin. Il tâcha vaii^ment de la fléchir par ses prières, elle ne le vit qu'avec horreur. Toutes les fois qu'il s'approcha d'elle pour lui peindre la violence de ses feux , elle le reçut avec fureur, l'accabla d'injures et de reproches; elle n'épargna rien pour l'exciter à lui ôter la vie. Peu s'en fallut qu'elle ne réussît dans son dessein. Mon fils, outré des discours outrageants qu'elle luitenoit, fut plus d'une fois tenté de s'en défaire dans son désespoir. Cepen^ dant fexcès de sa passion triompha toujours de sa colère, et le rendit capable de penser que la grandeur de son crime ne justifioit que trop les reproches qu'elle

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lui faisoit. L'envie c|u'il avoit d'adoucir son esprit et de la disposer à souffrir son amour lui fit prendre la résolution d attendre que sa douleur* fut devenue moins vive. Il se flattoit que le temps feroit son effet ordinaire, et que la dame, pour se procurer le repos et la liberté , rt se rendroit d elle-même à ses soins. Au pis aller , il comptoit*qu'il seroit toujours maître de recourir à la violence pour satisfaire ses désirs , si la douceur et 1^ persévérance devenoient inutiles. Il se trompa toutefois dans sa conjecture : ses respects, ses soumissions ne furent pas mieux reçus que ses menaces et ses emportements; et l'affliction de Stelle sembloit s'accroître de jour en jour.

Tandis que cela se passoit à. la Roche- \erraeille, la renommée ne manqua pas de publier dans les pays voisins le meurtre de Lucidor et la prison de Stelle. Tous leurs parents et leurs amis, qui les chérissoient l'un et l'autre pour leurs belles qualités, s'émurent à cette nouvelle. Ils se crurent obligés de les venger; ils assemblèrent dans ce dessein la meilleure parfie de leurs sujets et de leurs vassaux. Un grand nombre de seigneurs de ce royaume, qui ne connoissoient point Lucidor, se joignirent à eux, les uns par estime pour sa mémoire, les autres par la seule horreur de l'action commise. Toutes ces troupes formoient un corps nombreux et plus que suffisant pour accabler Marquin. Arganthis, bon chevalier et oncle de Lucidor, se montroit, parmi les vengeurs, un des plus ardents; et ce fut à lui que tous les autres, d'un com lun accord, déférèrent le commandement.

Le bruit de leur marche se répandit jusqu'à moi, et

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ni'alarma. J'allai trouver Marquin pour l'obliger à prendre un pgrti convenable à la situation où il se trouvoit. Quoique je lui eusse ftiit concevoir l'espérance de plaire à Stelle, je n'arois pas approuvé les moyens cruels dont il s'étoit servi : mon cœur même en avoit frémi 5 mais je n'avois pu prévenir une chose qui s'étoit faite à mon ( insu. Je me rendis donc dans ce château ; ef , suppriinant des reproches qui n'étoient plus de saison, je représentai à mon fils qu'il falloit au plus tôt qu'il se réfugiât chez le roi d'Altin, notre parent, et remît Stelle en liberté; mais, quelque chose que je pusse lui dire sur ce dernier article, il déclara qu'il aimoit mieux s'enterrer sous les ruines du château, que de perdre le fruit de son crime en relâchant Stelle sans avoir auparavant contenté sa passion.

Pendant que je combattois inutilement la résolution de mon fils, les amis de Lucidor pressoient leur marche pour hâter les moments de leur vengeance. Ils étoient déjà sur les tenues de Marquin, qu'ils ravageoient; et ils publioientflauteinent partout qu'ils préparoient à la postérité un exemple mémorable dont le seul récit feroit frémir les traîtres. Tout ce que put ftxire Marquin , dans le peu de temps que ses ennemis lui laissèrent pour se reconnoître , fut de ramasser dans cette forteresse le plus de soldats et d'archers qu'il lui fut possible, et de la munir de vivres à proportion, se fiant du reste à sa situation avantageuse et à la hauteur de ses murs.

Arganthis étant arrivé avec sa petite armée, se saisit, en homme de guerre, des environs de la place, y disposa ses différents quartiers, et, pour resserrer davantage son ennemi, fit planter tout auioiir des palissades

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