‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 61 sur 227 · I.rVRE 11, CHAI'. II. i · texte numérisé non relu

I.rVRE 11, CHAI'. II. i

que dévoient défendre de bons corps-de-garde établis de distance en distance. Marquin, pour les troubler dans leurs dispositions, fit tirer sur eux, des créneaux , une grande quantité de traits et de flèches qui en tuèrent quelques-uns à la vérité , mais qui ne firent plus d'effet dès que les assiégeants se furent mis à couvert sous des baraques qu'ils élevèrent en peu de temps.

Les jours suivants , Arganthis fit fabriquer dans la forêt prochaine un grand nombre d'échelles dont il se servit pour nous donner l'assaut. Heureusement la garnison fut bien sur ses gardes , et les murs du château sont si élevés , que les assiégeants , qui n'avoient d ailleurs ni béliers, ni machines de guerre, ne purent jamais les escalader. Arganthis, qui en reconnut toute la difficulté , prit le parti de nous soumettre par famine. Pour cet effet il redoubla les gardes et les sentinelles avec exactitude, et donna de si bons ordres pour nous fermer tous les passages, que toutes les fois que mon fils entreprit de se les ouvrir par des sorties, il fut repoussé avec perte. Le sage Arganthis ne s aiTeta pas à cette seule précaution : comme il ignoroit la quantité que nous avions de vivres, et qu'il pensoit qu'elle pouvoit être telle que nous ne serions pas si tôt affamés , il faisoit , à tout hasard , creuser à la sape un conduit souterrain qui devoit aboutir dans la forteresse, pour s'en rendre maître par surprise ; et ce travail, qui avoit été commencé la nuit, le plus près delà place qu'on l'avoit pu , se faisoit avec tant de circonspection et de secret , que nous n'en avions pu rien pénétrer.

Jusque là Marquin avoit moins songé à se défendre qu à faire agréer sa passion à l'impitoyable Stelle ; mais,

l36 ROLAND l'amoureux.

voyant que la dame ne le regardoit que comme une furie attachée à ses pas , la rage s'empara de son àme. 11 dit un jour à Stelle, avec emportement, qu'il étoit las d attendre, et que , de force ou de gré, il prétendoit se satisfaire. En même temps il se mit à la piesser entre ses bras. L'infortunée veuve de Lucidor , épouvantée de la violence de mon fds et de" sa résolution, se sert de ses pieds et de ses mains pour le repousser , en remplissant lair de ses cris. Inutiles efforts! ses forces s'épuisèrent, et le brutal Marquin venoit d'assouvir son amoureuse fureur, lorsque j'arrivai dans le lieu où cette étrange scène se passoit. Jeus beau lui représenter qu'il se perdoit par cette indignité , il ne se possédoit plus.; et sa rage n'en demeura point là : car , après avoir surmonté la résistance de Stelle , il lui plongea un poignard dans le sein , en lui disant : Beauté ingrate, du moins tu ne jouiras pas du plaisir de te voir vengée. A peine eut-il retiré le poignard du corps de la dame, qu'il s'en frappa lui-même avant que je pusse prévenir son action.

Que devins-je à ce funeste spectacle? mes cris perçants ç firent entendre dans tout le château , et attirèrent quelques domestiques avec qui je tâchai d'arrêter le sang de mon fils et de sauver Stelle ; mais nous nous aperçiimes que nos efforts étoient inutiles. Stelle avoit déjà rendu les derniers soupirs; et Marquin , se refusant à nos soins, sobstinoit à vouloir mourir. Laissez , madame, me dit-il, laissez périr un misérable qui s'est condamné lui-même à j^rdre une vie qu il a noircie dé crimes. Le seul témoignage qui me reste à vous deuiander de l'affection aveugle que vous avez toujours

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