CHAPITRE IV
De l'arrivée du prince Astolphe en Circassie, et de la rencontre qu'il y fit.
Le prince Astolphe d'Angleterre avoit quitté la cour de France, comme on l'a dit, pour aller faire une exacte recherche des deux fameux cousins qui en étoient tout l'ornement; il étoit revêtu de ses belles armes dorées;
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ii jsorloit la lance tlu frère d Angélique , el luontoit ilion cheval Bayard.
Il avoit déjà traversé tout seul rAllemagne , la Hoii j^rie e't la Blanche-Russie, passé le grand fleuve du lanaïs, et atteint la Circassie. Ce dernier royaume étoit • alors tout en armes; son roi, Sacripant, prince dune expérience consommée dans la guerre, et d'une valeur extrême, y faisoit de grandes levées de soldats, pour aller au secours d'Angélique, quAgrican , puissant empereur des Tartares , tenoit assiégée dans sa forteresse d'Albraque. L'amour seul mettoit les armes à la main à ces deux monarques.
L'armée de Circassie étoit prête à partir, lorsque le hardi As tolphe se présenta devant Sacripant, dont la coutume étoit de retenir à son service tous les chevaliers de méiite qui passoient par ses états, quand ils vouloient bien accepter les offres généreuses qu'il leur faisoit. Le prince d'Angleterre, par sa bonne mine, prévint en sa faveur le roi de Circassie, qui lui dit : Vaillant chevalier, que veux-tu que je t'accorde pour avoii l'avantage de te posséder dans ma cour? Je veux, répondit le paladin, que tu me fasses général de ton armée; un homme qui a coutume de conunander, et non d obéir, ne sauroit accepter un autre emploi. Souhaiteslu de savoir si je suis digne de cet honneur , tu n'as qu a choisir dix des plus braves de ta cour pour combattre tous ensemble contre moi ; si je ne les mène à outrance, je consens que tu me tiennes pour un homme piivé de jugement. ^
Sur ces paroles. Sacripant assenjbla ses principaux barons, et leur dit qu'il déploroit régarement de ce
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chevalier, et qu'il falloit essayer par des remèdes de le remettre en son bon sens. Mais les barons les plus sensés lui représentèrent qu'il feroit mieux de laisser aller un personnage de cette espèce, avec lequel il n'y avoit rien à gagner. Le roi les crut, et congédia l'Anglais, qui poursuivit son chemin sans s'embarrasser du jugement qu'on feroit de lui dans cette cour.
Le prince Astolphe n'étoit pas encore fort éloigné de la cour de Circassie , lorsqu'il rencontra un des plus accomplis Sarrasins qui fût dans les climats orientaux. On le nommoit Brandimart , comte de la Roche-Sailvage. Il avoit fait éclater une valeur peu commune dans les gueiTes et dans les tournois où il s'étoit trouvé. Il ajoutoit à ses autres grandes qualités une courtoisie qui lui attiroit l'amitié de tout le monde; il étoit alors accompagné d'une dame qu'il ainioit aussi chèrement qu'elle étoit aimable. Quand Astolphe fut assez près d eux pour les considérer, il défia Brandimart à la joîite. Prends , lui dit-il, autant de champ que tu voudras, ou bien me laisse cette dame, et passe ton chemin. Par notre saint prophète, répondit le Sarrasin, je laisserois plutôt ici mille vies , si je les avois, que de te céder cette beauté. Mais puisque tu n'as point de dame avec toi , je t'avertis que je prendrai ton beau coursier, si je te porte par terre. J'y consens, reprit l'Anglais, voyons qui de nous deux enlèvera l'autre des arçons. Ils s'éloignèrent alors pour revenir l'un sur l'autre de toute la vitesse de leurs chevaux : ils se rencontrèrent furieusement au milieu de la barrière, et la lance dor, produisant son effet ordinaire, renversa Brandimart rudement. Le cheval de ce malheureux chevalier eut un sort encore moins favo-