‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 71 sur 227 · LIVRE II, CHAI'. IV. lôC · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAI'. IV. lôC

rable que son maître ; car , bien qu'il lût des plus vigoureux, il eut la tête fracassée, et mourut sur-le-champ du terrible coup qu'il reçut de Bayard , qui ne fut seulement pas ébranlé de cette rencontre.

Rien n'est égal au déplaisir que ressentit le vaillant Brandimart de se voir ainsi démonté d'une seule atteinte. Ce n'est point son cheval qu'il regrette, c'est sa belle maîtresse, qu'il va perdre ; il entre dans un vif désespoir j et , ne se possédant plus , il tire son épée pour s'en percer le sein. Astolphe en eut pitié • il se jeta sur lui assez à temps pour retenir son bras, et modéra sa douleur par ces paroles consolantes : Franc chevalier, lui dit-il, me crois-tu assez cruel pour vouloir t'enlever ce que tu aimes avec tant de passion? Remets le calme dans ton âme ; si j'ai jouté contre toi , ce n'est que pour avoir l'honneur de te vaincre : je te laisse ta dame.

Le Sarrasin eut tant de joie , quand il entendit ces dernières paroles, qu'il ne put proférer un seul mot. Il ne fait qu'embrasser les genoux d'Astolphe, et lui baiser les mains. O Dieu! s'écria-t-il, ma honte redouble, puisque je me vois encore vaincu en courtoisie; mais je t'accorde cette double victoire pour te faire plus d'honneur; tu me rends la vie en me rendant cette dame, et j'aurai une éternelle reconnoissance d'un si grand bienfait.

Sur ces entrefaites le roi de Circassie arriva dans cet endroit. Ce prince avoit fort considéré la richesse des armes d'Astolphe et la beauté de Bayard; il fut tenté de les avoir en sa possession : et, pour satisfaire ce désir, il se résolut à courir tout seul après lui, ne doutant point qu'il ne lui enlevât par sa valeur ses armes et son coursier. Sacripant étoit en effet assez fort pour

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y réussir, sans Tobstacle que la lance d or y pouvoit apporter. Quand il eut atteint l'Anglais, et qu'il eut envisagé la maîtresse de Brandimart, il en fut charmé. L'heureuse aventure ! s'écria-t-il tout transporté de joie; javois fait dessein de gagner un cheval et des armes , et je vois que la fortune m'offre encore un plus riche butin. Chevaliers, poursuivit-il en élevant sa voix, que celui de vous deux à qui cette belle dame appartient m'en cède la conduite, ou qu'il éprouve tout à l'heure sa valeur contre la mienne.

Il te sied bien mal, lui répondit Brandimart, de défier un homme à pied , lorsque tu es si bien monté. C'est plutôt l'acte d'un brigand qui veut s'emparer du bien d'autrui, que le procédé d'un franc chevalier. Après avoir ainsi parié, il conjura le paladin, avec les plus fortes instances, de vouloir lui prêter son cheval, pour être en état de répondre au défi qu'on venoit de lui faire. Et vous ne pouvez, ajouta-t-il, justement me le refuser, puisque je ne vous le demande que pour défendre la noble dame que vous m'avez si généreusement rendue. Mon cher ami, lui dit Astolphe en riant, jamais je ne prêterai mon cheval tant que je serai en pouvoir de combattre; mais compte que je vais te donner celui de ce chevalier : car je ne veux de toute sa dépouille que la gloire de l'avoir mis à la raison. Alors il se tourna vers le roi de Circassie, et lui dit : Chevalier de ce pays, avant que d'être possesseur de cette dame , il faut que tu fasses avec moi une autre convention. Si je te fais vider les étiiers, lu prendras la peine de t'en retourner à pied, parce que je veux avoir ton cheval pour remonter mon compagnon ; si tu me ren-

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