‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 92 sur 227 · LIVRE II, CHAP. IX, 20I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IX, 20I

chaînes et traiter très-rigoureusement; elle le tint quelque temps clans cette captivité , se flattant que l'envie qu'il auroit d'en sortir le rentlroit plus traitable : cette violence toutefois ne servit qu'à l'aigrir.

Pendant que toutes ces choses se passoient, il ari'iva dans le château un jeune chevalier français, fort aimable ; il ëtoit en quête, disoit-on, du fameux Renaud de Montauban , son frère, qu'une étrange aventure avoit éloigné de la cour de l'empereur Charles.

Lorsque le fils d'Aymon entendit parler de ce chevalier français, il ne douta pas que ce ne fût le jeune Richardet; son souvenir l'attendrit, et redoubla son attention; mais , ne voulant pas se découvrir à Fleur-de-Lys , il cacha son émotion, et laissa cette dame continuer ainsi son récit.

Ce jeune guerrier français avoit l'air si noble , que Dorzéïde crut devoir le traiter avec distinction : elle lui fit un accueil obligeant, et les belles qualités du chevalier lui donnèrent une attention plus particulière pour lui. Gomme il n'avoit point alors d'attachement de cœur, la vue de la princesse lui causa de l'émotion ; il ne tarda pas à le lui faire connoître, et cette connoissance ne déplut point à la dame. Le chevalier s'en aperçut , et , profitant de cette découverte , il sut exprimer ses feux en termes galants et passionnés. Sa belle hôtesse feignit de prendre tous ses discours pour des flatteries ordinaires aux Français , et lui dit en souriant : Obligeant chevalier , je pourrois me laisser surprendre à vos galanteries , si je n'avois dans ce château de quoi m'en défendre : je vais, ajoula-t-elle , m'expliquer clairement. Alors elle lui conta de quelle manière elle avoit conçu de

ROI.VNn I. AMOUUEliX.

la leiulicsse pour son prisonnier , et le mépris injurieux (pi il avoit tait de sa couronne et de sa main.

Ah ! madame, interrompit le chevalier français , ce que vous me dites n'est pas croyable ! Est-il quelque mortel qui puisse être insensible à la possession de tant de charmes? Il ne tiendra qu'à vous, reprit Dorzéïde, d'en être convaincu par vous-même ; il accepta la proposition, et la princesse le mena dans la chambre du prisonnier.

Les deux chevaliers ne se virent pas sitôt, qu'ils s'admirèrent, et conçurent lim pour lautre une secrète inclination. La princesse, ne voulantpasêtre présente àleur entretien, ni s'exposer à la honte de rendre le Français témoin du dépit qu'elle auroit d'entendre les choses vives que son prisonnier pourroit lui dire , les laissa seuls. Le chevalier chrétien ne manqua pas de témoigner au Persan qu'il étoit surpris du refus qu'il avoit fait de la main dune si charmante princesse. Prasilde lui découvrit le fond de son cœur : il lui dit qu'il connoissoit tout le mérite de Dorzéïde; mais qu'il étoit épris d'une dame de Baie, pour laquelle il avoit entrepris d'aller au fond de l'Afrique , faire la conquête dun rameau de 1 arbre du trésor; qu'il ressentoit une vive affliction de se voir arrêté en chemin par l'injustice de la princesse de Moussoul; qu'il le prioit ardemment de lui procurer la liberté, et que, s il la lui faisoit obtenir, il lui devroitson repos et son bonheur.

Quand le chevalier français n auroit pas été aussi touché qu'il l'étoit de la douleur de Prasilde , le seul intérêt de son "amour naissant 1 auroit assez disposé à ne rien épai'gner pour éloigner du château un rival si redoutable. Il lui promit de no rien négliger pour

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