‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 94 sur 227 · LIVRE II, i:llAl'. IX. 2()J · texte numérisé non relu

LIVRE II, i:llAl'. IX. 2()J

satellites, armés de biigandines et de capelines de ier, se tenoient prêts à mettre le feu au bûcher au premier ordre de leur détestable maître. Le généreux vieillard , au lieu d'être effrayé de ces funestes apprêts, faisoit éclater sa fermeté par les instantes prières qu'il adressoit à sa fille; il la conjuroit de le laisser plutôt périr que de s'abandonner aux désirs du géant pour lui sauver la vie. Cette dame, qui paroissoit aux créneaux du château, épouvantée du péiil que couroit son père, appeloit le ciel et la terre à son secours, et poussoit des cris qui faisoient juger de l'excès de son désespoir.

A ce spectacle si touchant, le magnanime Prasilde ne put retenir sa colère; il s'avança vers le géant, et lui dit : Monstre, pétri d'injustice et de cruauté, cesse de vouloir attenter à la vie et à fhonneur d'un seigneur respectable; viens recevoir le châtiment de tes crimes. Chétif ver de terre, répondit le géant plein de fureur, tu vas toi-même, être écrasé sous mes coups. En achevant ces mots, il se hâta de monter à cheval, et baissa sa grosse lance contre le Persan , qui venoit sur lui de toute la vitesse de son cheval. Le géant étoit si transporté de courroux, que, ne se possédant plus, il faillit d'atteinte; mais Prasilde, qui avoit conservé son jugement, l'atteignit de droit fil, et le renversa rudement sur la poussière. Pendant que, satisfait d'un si heureux commencement, il acheva de fournir sa carrière, le géant eut le temps de se relever ; il écumoit de rage , et blasphémoit contre ses dieux d'avoir souffert qu'un seul chevalier lui eût fait cet affront.

Son généreux ennemi, le voyant à pied, descendit pour ne le pas combattre avec avantage; ils commen-

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cèrent un combat si dangereux, qu'il causoit de l'effroi à tous ceux qui le regardoient. Le géant étoit d'une force prodigieuse- mais la grosseur de ses membres ne lui permettoit pas de se mouvoir aisément, au lieu que Prasilde avoit plus d haleine et d'adresse j il évitoit par sa légèreté la plupart des coups que le géant lui déchargeoit : le combat avoit déjà duré long- temps, et ils étoient blessés l'un et l'autre en plus d'un endroit, lorsqu'on s'aperçut que le géant, qui l'étoit plus grièvement, s'affoiblissoit. Ses coups devenoient plus lents, et son bras mollissoit, soit par lassitude , soit par le sang qu'il avoit perdu. Le chevalier s'en aperçut ; et , renouvelant sa vigueur, il réduisit bientôt son ennemi à ne pouvoir se soutenir. Ce colosse tomba , et sa chute fut si lourde, que ses plaies s'ouvrirent encore davantage; il en sortit tant de sang, qu'il s'évanouit de foiblesse.

Prasilde, dédaignant de l'achever en cet état, fit son premier soin d'aller détacher le vieillard. Ce bon homme se jette à ses pieds , les baigne de larmes de joie , et le remercie moins de lui avoir conservé la vie, que d'avoir sauvé 1 honneur de sa fille; le chevalier le releva, et lui fit tout laccueil que son courage et sa vertu méritoient. Sur ces entrefaites , la dame du château , vovant qu'elle n' avoit plus rien à craindre du géant , fit abaisser le pont-levis, et sortit pour venir rendre grâces à son libérateur : elle se joignit à son père; ils étoient tous deux si touchés de reconnoissance , qu'ils ne savoient quel traitement lui faire. Le vieillard, jugeant qu'après un combat si long et si périlleux , le chevalier , dont on voyoit d'ailleurs le sang couler, avoit besoin de repos , le pressa d'entrer dans le château. Prasilde y consentit,

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