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après s'être aperçu que les propres soldats du géant, qui le servoient moins de gré que de force, l'avoient euxmêmes achevé.
On visita les plaies du chevalier, qui ne se trouvèrent pas dangereuses ; et le soin qu'on en prit le mit en peu de temps sur pied. Comme ses forces achevoient de se rétablir, il demanda un jour au seigneur du château le chemin le plus court pour arriver au jardin des Hespérides. Le vieillard parut surpris de la question , et dit au Persan : Brave ^levalier, votre demande me donne lieu de penser que vous auriez le dessein de faire le voyage de ce jardin merveilleux ; et si cela étoit , je plaindrois le sort que vous voulez vous attirer : ce jardin spacieux est entouré de fortes murailles ; on y entre par quatre portes d'airain qui sont ouvertes en tout temps ; tout le monde y peut entrer aisément; le climat en est délicieux ; il y règne un éternel printemps ; les prés y sont toujours verts , les fleurs vives , et les arbres touffus : mais ce qu'il y a de plus admirable dans ce jardin , c'est l'arbre qu'on appelle l'arbre du trésor ; les rameaux en sont d'or , et portent pour fruit des pommes d'émeraudes. En quoi donc consiste le danger qu'on y court? interrompit l'amant de Thisbine. En quoi ? repartit l'Africain ; je vais vous le dii^e. Une dame, plus merveilleuse encore que l'arbre du trésor, s'en est attribué la garde; elle a établi sa demeure au pied de son tronc ; elle est d'une beauté si éclatante , et sa vue fait un effet si puissant sur les cœurs, que quiconque approche de cette nymphe oublie sa vie passée , et n'a plus d'autre occupation que de contempler son beau visage. On n'a jamais su son véritable nom ; mais dans le pays on l'appelle
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communément Méduse, à cause des effets que sa vue dangereuse produit.
Ce que vous me racontez est surprenant, dit Prasilde^ et cet oubli de soi-même est-il l'effet de quelque charme ou de la beauté de la dame ? On ne sauroit, répondit le vieillard, 1 attribuer à une cause purement naturelle; et c est une fatale loi des destinées que vous ne pouvez changer. Après ce que vous venez de me dire, reprit le chevalier, je ne m'exposerois pas à ce danger-, si je ne m'étois pas engagé à rapporter en Perag un rameau de cet arbre merveilleux. Vous savez que Ihonneur d'un chevalier lui est plus cher que la vie. Quel parti prendre en cette extrémité ?
Le vieux Africain se mit à rêver j et, sortant tout-àcoup de sa rêverie : Le ciel , s écria-t-il , m ouvre en ce moment une voie que je crois infaillible pour vous tirer heureusement de péril, et vous faire acquérir le rameau d'or ; il faut rejeter sur la nymphe même l'effet de sa fatale vue : munissez-vous d'un miroir que vous ferez apphquer sur votre bouclier; et, quand vous approcherez de l'arbre, vous vous couvrirez de ce miroir, que vous opposerez aux regards de Méduse : aussitôt qu'elle aui'a vu son beau visage, elle ne se souviendra plus de larbre du trésor, qu'elle quittera dès ce moment pour courir après cette image dont elle sera possédée : cassez alors le miroir; la nymphe, ne se voyant plus, se cherchera dans le jardin inutilement, et vous donnera tout le temps d'achever votre entreprise; mais prenez bien garde que vos yeux ne s'attachent sur Méduse, vous vous perdriez sans retour.
Lorsque le seigneur du château eut cessé de parler,