‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 2 sur 399 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

MOGICON.

Vous aurez contentement. Çà, dites-moi pourquoi vous en contez à toutes les femmes que vous rencontrez. Vous cajolez depuis la plus noble jusqu'à la grisette : les vieilles et les jeunes, tout vous est bon; les unes parce qu'elles ont de Texpérience , et les autres parce qu'elles n'en ont point.

Il est vrai que je me suis fait une habitude de paroître amoureux de toutes les femmes que je vois; et que, sans être épris d'aucune d'elles , je me conforme à tous leurs caractères. J'appelle divinité celle dont la beauté me plaît; et, pour m'insinuer dans l'esprit d'une laide, je lui dis qu'elle auroit beaucoup d'amants, si sa vertu ne les éloignoit d'elle.

MOGICOW.

Que dites-vous à la sérieuse?

DON ANDRÉ

Que je suis charmé de sa modestie.

MOGICON.

Fort bien. Et vous badinez avec la badine.

DON ANDRÉ

Sans doute. J'élève jusqu'aux cieux le mérite de la vertueuse ; je l'aborde d'un air composé, et je m'approche de la coquette en petit-maître. Quelle majesté! dis-je à la géante. A la petite, quelle gentillesse! La grosse est vme femme qui inspire du respect par sa gravité; la maigre est tout feu ; et la folle tout esprit.

MOGICON.

Je me mêle aussi quelquefois de donner de l'encensoir par le nez ; et je disois l'autre jour à une tamponne-

qui n'a point de taille, que c'étoit un vrai petit peloton de graisse.

DON ANDRÉ

Tu ne t'y prenois pas mal.

Tout de bon ?

Assurément.

DON ANDRE

MOGICON.

Vivat y Mogicon Mais, seigneur don André,

quel vernis mettez-vous sur le front des dames surannées.

DON ANDRÉ

Je vante leur expérience. C'est ainsi que, donnant aux défauts des noms favorables, je trompe toutes les femmes 5 pendant que je conserve mon cœur libre, je me moque des sottes qui m'aiment, et me ris de celles qui ne m'aiment pas.

MOGICON.

La chose étant comme vous me la contez, je ne vous condamne plus tant. Il n'y a point de mal à cela. Cette occupation vaut bien celle de prendre du tabac en fumée. Il y a autant de solidité dans l'une que dans l'autre. Mais quel plaisir trouvez-vous à faire le galant d'une dame que vous savez engagée avec un autre .'^ Que vous promettez-vous?

DON ANDRÉ

Tout. Que tu connois peu le génie des femmes ! Elles ne sont jamais si prêtes à nous trahir, que quand nous les aimons de bonne foi. Le changement a des appas pour elles.

ACTJB I, SCENE I.

MOGICON.

Je sais bien qu'il y en a dont le cœur et la tête tournent à tout vent comme une girouette; mais il en est aussi de moins changeantes et de vertueuses. Et ces dernières ne sont pas plus que les autres à l'abri de vos galanteries.

DON ANDRÉ

Jen conviens^

MOGICON.

Si quelqu'une vous paroît favoriser les soins d'un cavalier dont elle a dessein de se faire un époux, vous ne manquez pas aussitôt de la coucher en joue. Si vous ne 1 aimez pas, que ne la laissez -vous en repos? Quel fruit tirez-vous de l'inquiétude que vous causez à son pauvre diable d'amant?

DON ANDRÉ

Je le rends jaloux. Je me fais un plaisir extrême de penser que , par mes feints empressements , je mets la division entre lamant et la maîtresse. Je me le représente qui jure , qui tempête , et qui la bat même quelquefois.

MOGICON.

Oui ; mais vous devez vous représenter aussi la maîtresse qui se radoucit pour l'apaiser, qui le caresse et fait tous les frais de la réconciliation. Croyez-moi, leurs affaires n'en vont pas plus mal.

DON ANDRÉ

J'avoue que leurs brouilleries ne font souvent que rendre leur amour plus vif.

Plus vif, oui , plus vif; mais si, en vous donnant de

pareils divertissements , vous trouviez en votre chemin quelque jeune éventé qui fut aussi prompt à dégainer qu'à prendre de la jalousie hay ?

DON ANDRÉ

Nous nous battrions. Le grand malheur ! Est-ce que je ne me suis jamais battu ?

MOGICON.

Pardonnez-moi ; mais vous n'avez jamais été tué , et

si cela vous arrivoit une fois

DON ANDRÉ

Je cesserois de vivre; mon pauvre Mogicon, nous sommes tous mortels. Ne faut-il pas mourir tôt ou tard ? MOGICON.

La consolation est touchante (On frappe à la porte.)

Qui diable frappe à la porte si rudement ? DON ANDRÉ.

Va voir qui c'est.

MOGICON.

Il faut qu'on nous croie sourds Qui est là ?

( Il ouvre la porte. )

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