ACTE I, SCENE II
DON GARCIE
Seigneur don André , je voudrois vous parler sans témoins.
DON ANDRÉ
Ce valet est discret et fidèle , il ne doit point vous être suspect.
DON GARCIE
Il s'agit d'une affaire d'honneur.
DON ANDRÉ
Retire-toi, Mogicon.
MOGICON se retirant au bout de la chambre.
Je vais demeurer ici. Je suis curieux d'entendre leur conversation.
DON GARCIE croyant Mogicon sorti.
Je me nomme don Garcie de Torellas. Yous savez de quel sang je sors. Je suis cadet, et par conséquent peu riche ; mais je suis estimé de la noblesse , qui m'a toujours vu ardent à m' exposer aux périls de la guerre , et à mériter dans nos fêtes les applaudissements du public.
DON ANDRÉ
Vous avez beaucoup de mérite , j'en conviens j mais quelle conséquence voulez-vous tirer de là ? DON GARCIE.
Ecoutez-moi , je vous prie. J'aime Léonor depuis mon enfance. J'en suis regardé favorablement, et il ne manque plus à mon bonheur que l'aveu de son père que mon peu de fortune m'empêche d'obtenir. Comme nos maisons se joignent et que l'appartement de Léonor n'est séparé du mien que par une foible cloison , j'y ai fait une petite ouverture qu'une tapisserie cache et par où noirs nous parlons tous les jours. Je vous confie ce
lO LE TRAITRE PUÎÎI.
secret important, Alvarade; ami ou ennemi, vous êtes nable ; gardez-le moi : j'en charge votre honneur. Tout Valence instruit de mon amour semble le respecter : vous seul , don André , feignant de l'ignorer, vous osez le traverser.
MOGICOW bas.
Je crains la fin de ce discours.
DO]>r GARCIE.
Vous êtes l'argus de notre rue. Dans quelque lieu que Léonor porte ses pas , vous la suivez comme son ombre. Outre cela vous affectez de m'imiter en toutes choses. Je ne fais pas une démarche que je ne vous la voie faire dans le moment. Enfin vous êtes le singe de mes actions; et je crois que si je me perçois le sein de mon épée, vous seriez tenté d'en faire autant.
MOGICON bas;
Oh ! pour cela non. Voilà ce que le singe ne feroit pas , sur ma parole.
DON GARCIE
Il faut finir, Alvarade, la patience m'échappe ,• et je vous déclare que si je vous vois passer et repasser encore sous les fenêtres de Léonor , qui ne pense point à vous , j'en saurai tirer raison par les voies de l'honnear. Souffrir plus long-temps vos importunités seroit une lâcheté ; ne vous pas avertir de mes intentions seroit un procédé peu régulier. Vous m'entendez. Déterminez-vous là-dessus. Je vous laisse y rêver à loisir.
(Ilsort.) DON ANDRÉ allant après lui.
Arrêtez , don Garcie ; je suis tout prêt à vous faire lalson; pourquoi remettre à un autre temps ?