‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 101 sur 193 · CHAPITRE X. ^ l5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. ^ l5l

il n'y a justice qui tienne , interrompit brusquement la lille j eh ! qu'importe à la justice de savoir quel âge j ai ? Cène sont pas ses affaires. Mais je ne puis recevoir, dit-il, votre déposition , si votre âge n'y est pas; c'est une circonstance requise. Si cela est absolument nécessaire, répliqua-t-elle, regardez-moi donc avec attention, et mettez mon à^e en conscience.

Le commissaire la considéra , et fut assez poli pour ne marquer que vingt-huit ans. Il lui demanda ensuite si elle connoissoit la veuve depuis long- temps. Avant son mariage, répondit-elle. J'ai donc mal coté votre âge, reprit-il, car je ne vous ai donné que vingt-huit ans , et il y en a vingt-neuf que la veuve est miu-iée. Hé bien ! s'écria la fille , écrivez-donc que j'en ai trente : j'ai pu à un an connoître la veuve. Cela ne seroit pas régulier , répliqua-t-il ; ajoutons-en une douzaine. Non pas, s'il vous plaît, dit-elle; tout ce que je puis faire pour contenter la justice, c'est d'y mettre encoi'e une année ; mais je n'y mettrai pas un mois avec , quand il sagiroit de mon honneur.

Lorsque les deux déposantes furent sorties de chez le commissaire , la femme dit à la fille : Admirez , je vous prie, ce nigaud, qui nous croit assez sottes pour lui aller dire notre âge au juste ; c'est bien assez vraiment qu'il soit marqué sur les registres de nos paroisses, sans qu'il l'écrive encore sur ses papiers, afin que tout le monde en soit instruit. Ne seroit-il pas bien gracieux pour nous d entendre lire. en plein barreau : « ^Madame n Richard, âgée de soixante et tant d'années, et made- « moiselle Perinelle , âgée de quarante-cinq ans , dépo- ■' sent telles et telles choses? » Pour moi , je me moque

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de cela : j'ai supprimé vingt années , à bon compte; vous avez fort bien fait d'en user de même.

Qu'appelez-vous de même ? répondit la fille d'un ton brusque ; je suis votre servante : je n'ai tout au plus que trente-cinq ans. Hé ! ma petite, répliqua l'autre d'un air malin , à qui le dites-vous? je vous ai vue naître; ' je parle de long-temps ; je me souviens d'avoir vu votre père : lorsqu'il mourut il n'étoit pas jeune, et il y a près de quarante ans qu'il est mort. Oh! mon père, mon père , interrompit avec précipitation la fille, irritée de la franchise de la femme ; quand mon père épousa ma mère , il étoit déjà si vieux , qu'il ne pouvoit plus faire d'enfants.

Je remarque dans une maison , poursuivit l'esprit , deux hommes qui ne sont pas trop raisonnables : l'un est un enfant de famille , qui ne sauroit garder d'argent , ni s'en passer; il a trouvé un bon moyen d'en avoir toujours. Quand il est en fonds , il achète des livres , et dès qu'il est à sec, il s'en défait pour la moitié de ce qu ils lui ont coiité. L'autre est un peintre étranger qui fait des portraits de femmes ; il est habile : il dessine correctement, il peint à merveille, et attrape la ressemblance; mais il ne flatte point, et il s'imagine qu'il aura la presse. Inte?- stultos referatur.

Comment donc, dit l'écolier , vous parlez latin ! Cela doit-il vous étonner? répondit le Diable. Je parle parfaitement toutes sortes de langues: je sais l'hébreu, le turc , l'arabe et le grec; cependant je n'en ai pas l'esprit plus orgueilleux ni plus pédantesque : j'ai cet avantage sur vos érudits.

Voyez, dans ce grand hôtel, à main gauche, une

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