‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 118 sur 193 · CHAPITRE XIII. lOa · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. lOa

mari adoré seroit à peine capable. D'ailleurs sa complaisance étoit infinie , et j'ose dire qu'il faisoit son unique étude d'aller au-devant de tout ce que je paroissois souhaiter : tel étoit don André de Cifuentes. \ous jugez bien , Mendoce , que l'on n'oublie pas aisément un homme d'un caractère si aimable : il est toujours présent à ma pensée , et cela ne contribue pas peu sans doute à détourner mon attention de tout ce que l'on fait pour me plaire.

Don Fadrique ne put s'empêcher d'interrompre en cet endroit dona Theodora : Ah! madame , s'éciia-t-il , que j'ai de joie d'apprendre de votre propre bouche que ce n'est pas par aversion pour ma personne que vous avez méprisé mes soins ! j'espère que vous vous rendrez un jour à ma constance. Il ne tiendra point à moi que cela n'arrive , reprit la dame , puisque je vous permets de me venir voir et de me parler quelquefois de votre amour : tâchez de me donner du goût pour vos galanteries ; faites en sorte que je vous aime : je ne vous cacherai point les sentiments favorables que j'aurai pris pour vous ; mais si , malgré tous vos efforts , vous n'en pouvez venir à bout , souvenez -vous , Mendoce , que vous ne serez pas en droit de me faire des reproches.

Don Fadrique voulut répliquer ; mais il n'en eut pas le temps , parce que la dame prit la main du Tolédan , et tourna brusquement ses pas du côté de son équipage. Il alla détacher son cheval, qui étoit attaché à un arbre ; et le tirant après lui par la bride , il suivit dona Theodora , qui monta dans son carrosse avec autant d'agitation qu'elle en étoit descendue : la cause toutefois en

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étoit bien différente. Le Tolédan et luiracconipagnerenl à cheval jusqu'aux portes de Valence, où ils se séparèrent. Elle prit le chemin de sa maison , et don Fadrique emmena dans la sienne le Tolédan.

Il le fit reposer ; et , après l'avoir bien régalé , il lui demanda en particulier ce qui l'amenoit à Valence , et s'il se proposoit d'y faire un long séjour. J'y serai le moins de temps qu'il me sera possible , lui répondit le Tolédan : j'y passe seulement pour aller gagner la mer, et m'embarquer dans le premier vaisseau qui s'éloignera des côtes d'Espagne ; car je me mets peu en peine dans quel lieu du monde j'achèverai le cours d'une vie infortunée, pourvu que ce soit loin de ces funestes climats.

Que dites-vous? répliqua don Fadrique avec surprise: qui peut vous révolter contre votre patrie , et vous faire haïr ce que tous les hommes aiment naturellement ? Après ce qui m'est arrivé, repartit le Tolédan, mon pays m'est odieux , et je n'aspire qu'à le quitter pour jamais. Ah ! seigneur cavalier , s'écria Mendoce attendri de compassion , que j'ai d'impatience de savoir vos malheurs ! si je ne puis soulager vos peines, je suis du moins disposé à les partager. Votre physionomie m'a d abord prévenu pour vous , vos manières me charment , et je sens que je m'intéresse déjà vivement à votre sort. . C'est la plus grande consolation que je puisse recevoir, seigneur don Fadrique, répondit le Tolédan ; et pour reconnoître en quelque sorte les bontés que vous me témoignez , je vous dirai aussi qu'en vous voyant tantôt avec don Alvaro Ponce , j'ai penché de votre coté. Un mouvement d'inclination , que je n'ai jamais senti à la première vue de personne, me fit craindre

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