CHAPITRE XIII. H)y
sait adoucir les peines des amants , vint }>ientùt |.r('senter à son esprit de llatteuses inuiges. Elle se représenta que sa rivale pouvoit n'être pas fort dangereuse, (|ue don Juan étoit peut-être moins arrêté par ses charmes qu'amusé par ses bontés , et que de si f'oibles liens n'étoient pas difficiles à rompre. Pour juger ellemême de ce qu'elle en devoit croire , elle résolut d entretenir en particulier le Tolédan. Elle le fit avertir de se trouver chez elle : il s'y rendit ; et quand ils furent tous deux seuls , dona Theodora prit ainsi la parole :
Je n'aurois jamais pensé que l'amour pût faire oublier à un galant homme ce qu'il doit aux dames ; néanmoins , don Juan , vous ne venez plus chez moi depuis ({ue vous êtes amoureux. J'ai sujet, ce me semble, de me plaindre de vous. Je veux croire toutefois que ce n'est point de votre propre mouvement que vous me fuyez j votre dame vous aura sans doute défendu de me voir. Avouez-le-moi , don Juan , et je vous excuse : je sais que les amants ne sont pas libres dans leurs actions , et qu'ils n'oseroient désobéir à leurs maîtresses.
Madame, répondit le Tolédan , je conviens que ma conduite doit vous étonner; mais, de grâce , ne souhaitez pas que je me justifie : contentez-vous d'apprendre que j'ai raison de vous éviter. Quelle que puisse être cette raison , reprit dona Theodora tout émue, je veux que vous me la disiez. Hé bien, madame , repartit don Juan , il faut vous obéir; mais ne vous plaignez pas si vous en entendez plus (|ue vous n'en voulez savoir.
Don EadrJ(juo, poursuivit-il , vous a raconté laven-
ture qui m'a fait quitter la Castille. En m'éloignant de Tolède, le cœur plein de ressentiment contre les femmes, je les défiois toutes de me jamais surprendre. Dans cette fière disposition , je m'approchai de Valence ; je vous rencontrai, et, ce que personne encore n'a pu faire peut-être , je soutins vos premiers regards sans en être troublé ; je vous ai revue même depuis impunément ; mais , hélas ! que j'ai payé cher quelques jours de fierté ! Vous avez enfin vaincu ma résistance : votre beauté , votre esprit , tous vos charmes se sont exercés sur un rebelle j en un mot , j'ai pour vous tout l'amour que vous êtes capable d inspirer.
Voilà, madame, ce qui m'écarte de vous. La personne dont on vous a dit que j étois occupé n'est qu'une dame imaginaire : c'est une fausse confidence que j'ai faite à Mendoce, pour prévenir les soupçons quej'aurois pu lui donner , en refusant toujours de vous venir voir avec lui.
Ce discours , à quoi doua Theodora ne s'étoit point attendue, lui causa une si grande joie, qu'elle ne put 1 empêcher de paroître. Il est vrai qu'elle ne se mit point en peine de la cacher, et qu'au lieu d'armer ses yeux de quelque rigueur, elle regarda le Tolédan d'un air ;îssez tendre , et lui dit ; Vous m'avez appris votre secret , don Juan ; je veux aussi vous découvrir le mien : écoutez-moi.
Insensible aux soupirs d'Alvaro Ponce, peu touchée de l'attachement de Mendoce , je menois une vie douce et tranquille, lorsque le hasard vous fit passer près du bois où nous nous rencontrâmes. Malcfré l'ao^itation où j'étois alors , je ne laissai pas de remarquer que vous