‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 126 sur 193 · CHAPITRE XIII. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 2o

Mais comme il achevoit de s'habiller, don Juan entra dans sa chambre , en lui disant : Je viens dissiper Tinquiétude que je vous cause ; je me porte assez bien aujourd'hui. Cette bonne nouvelle, répondit Mendoce, me console un peu de la mauvaise que j ai reçue. Le Tolédan demanda qvielle étoit cette mauvaise nouvelle; et don Fadrique, après avoir fait sortir ses gens, lui dit : Dona Theodora est partie ce matin pour la campagne, où l'on croit qu'elle sera long-temps. Ce départ m'étonne : pourquoi me l'a-t-on caché ? qu'en pensez-vous , don Juan ? n'ai-je pas raison d'être alarmé ?

Zarate se garda bien de lui dire sur cela sa pensée, et tâcha de hii persuader que dona Theodora pouvoit être allée à la campagne sans qu'il eût sujet de s'en effrayer. Mais Mendoce, peu content des raisons que son ami employoit pour le rassurer, l'interrompit : Tous ces discours, dit-il, ne sauroient dissiper le soupçon que -j'ai conçu ; j'aurai fait peut-être imprudemment quelque chose qui aura déplu à dona Theodora : pour m'en punir, elle me quitte, sans daigner seulement m'apprendre mon crime.

Quoi qu'il en soit , je ne puis demeurer plus longtemps dans l'incertitude. Allons , don Juan , allons la trouver ■ je vais faire préparer des chevaux. Je vous conseille , lui dit le Tolédan , de ne mener personne avec vous ; cet éclaircissement se doit faire sans témoin. Don Juan ne sauroit être de trop , reprit don Fadrique ; dona Theodora n'ignore point que vous savez tout ce qui se passe dans mon cœur : elle vous estime ; et loin de m'embarrasser , vous m'aiderez à l'apaiser en ma faveur.

2o4 l'ii DIABLE BOITEUX.

Non, non , Fadrique , répliqua-t-il , ma pusence n<peut vous être utile. Partez tout seul , je vous en conjure. Non, mon cher don Juan , repartit Mendoce, nous irons ensemble ; j'attends cette complaisance de votre amitié. Quelle tyrannie ! s écria le Tolédan d'un air chagrin 5 pourquoi exigez-vous de mon amitié ce qu'elle ne doit pas vous accorder ?

Ces paroles , que don Fadrique ne comprenoit pas , et le ton brusque dont elles avqient été prononcées, le surprirent étrangement. 11 regarda son ami avec attention : Don Juan , lui dit-il , que signifie ce que je viens d'entendre? Quel affreux soupçon naît dans mon esprit ! Ah! c'est trop vous contraindre et me gêner; parlez. Qui cause la répugnance que vous marquez à m'accompagner ?

Je voulois vous la cacher, répondit le Tolédan ; mais puisque vous m'avez forcé vous-même à la laisser paroître, il ne faut plus que je dissinmle : cessons, mon cher don Fadrique , de nous applaudir de la conformité de nos affections ; elle n'est que trop parfaite : les traits qui vous ont blessé n'ont point épargné votre ami. Dona Theodora Vous seriez mon rival ! interrompit Mendoce en pâlissant. Dès que j'ai connu mon amour , repartit don Juan , je l'ai combattu. Jai fui constamment la veuve de Cifuentes : vous le savez ; vous m'en avez vous - même fait reproche : je triomphois du moins de ma passion , si je ne pouvois la détruire.

Mais hier cette dame me fit dire qu'elle souhaitoit de me parler chez elle. Je m'y rendis. Elle me demanda pourquoi je semblois vouloir léviter. J'inventai des

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