‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 128 sur 193 · CHAPITRE Xlll. aop · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll. aop

Elle frémit ù leur aspect; et ne tirant pas bon augure de la descente qu'ils se préparoient à faire , elle tourna brusquement ses pas vers le château. Elle regardoit de temps en temps derrière elle pour les observer ; et remarquant qu'ils avoient pris terre , et qu'ils commencoient à la poursuivre , elle se mit à courir de toute sa force; mais comme elle ne couroit pas si bien qu'Atalante , et que les masques étoient légers et vigoureux, ils la joignirent à la porte du château, et l'arrêtèrent.

La dame et la fille qui l'accompagnoit poussèrent de grands cris qui attirèrent aussitôt quelques domestiques ; et ceux-ci , donnant l'alarme au château , tous les valets de dona Theodora accoururent bientôt, armés de fourches et de bâtons. Cependant , deux hommes des plus robustes de la troupe masquée , après avoir pris entre leurs bras la maîtresse et la suivante, les emportoient vers la chaloupe, malgré leur résistance, pendant que les autres faisoient tête aux gens du château , qui commencèrent à les presser vivement. Le combat fut long ; mais enfin les hommes masqués exécutèrent heureusement leur entreprise, et regagnèrent leur chaloupe en se battant en retraite. 11 étoit temps qu ils se retirassent ; car ils n'étoient pas encore tous embarqués , qu ils virent paroître , du côté de Valence , quatre ou cinq cavaliers qui piquoient à outrance, et sembloient vouloir venir au secours de Theodora. A cette vue , les ravisseurs se hâtèrent si bien de prendre le large, que l'empressement des cavaliers fut inutile.

Ces cavaliers étoient don Fadrique et don Juan. Le premier avoit reçu ce jour-là une lettre par laquelle on lui mandoit que l'on avoit appris de bonne part qu'Alvaro Le Divblf. boiteux. i4

2IO lE niàRT.E BOITErX.

Ponce etoit dans l'île de Majorque; qu'il avoit équipé une espèce de tartane, et qu'avec une vingtaine de gens qui n'avoient rien à perdre, il se proposoit d'enlever la veuve de Cifuentes, la première fois qu'elle seroit dans son château. Sur cet avis, le Tolédan et lui, avec leurs valets de chambre, étoient partis de Valence sur-le- < hamp, pour Acnir apprendre cet attentat à dona Theodora. Ils avoient découvert de loin, sur le bord de la mer, un assez grand nombre de personnes qui paroissoient combattre les unes contre les autres; et soupçonnant que ce pouvoit être ce qu'ils craignoient, ils poussoient leurs chevaux à toute bride pour s'opposer au projet de don Alvaro. Mais quelque diligence qu'ils pussent faire, ils n'arrivèrent que pour être témoins de l'enlèvement qu ils vouloient prévenir.

Pendant ce temps-là, Alvaro Ponce, fier du succès de son audace, s'éloignoit de la côte avec sa proie, et sa chaloupe alloit joindre un petit vaisseau armé qui l'attendoit en pleine mer. Il n'est pas possible de sentir une plus vive douleur que celle qu'eurent Mendoce et don Juan. Ils firent mille imprécations contre don Alvaro , et remplirent l'air de plaintes aussi pitoyables que vaines. Tous les domestiques de Theodora, animés par un si bel exemple , n'épargnèrent point les lamentations : tout le rivage retentissoit de cris; la fureur, le désespoir , la désolation, régnoient sur ces tristes boids. Le ravissement d'Hélène ne causa point dans la cour de Sparte une si "r-inde consternation.

CniPITRÏ XIV.

«»iB»w»c»»i»t»f 0»»— a»

Page 1