‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 134 sur 193 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

I>âtiinentespagnol,cest-à-clire piller t^iit ce qu'il y avnit iledans. Le. corsaire de Tunis , de son côté , donna le même ordre à quelques-uns de ses gens ; de sorte que tous les passagers de ce malheureux navire furent en un instant désarmés et fouillés, et on les fit passer ensuite dans le vaisseau algérien , où les deux pirates en firent un partage qui fut réglé par le sort.

C'eût été du moins une consolation pour Mendoce et pour son ami de tomber tous deux au pouvoir du même corsaire : ils auroient trouvé leurs chaînes moins pesantes, s'ils avoient pu les porter ensemble; mais la fortune, qui vouloît leur faire éprouver toute sa rigueur, soumit don Fadrique au corsaire de Tunis, et don Juan à celui d'Alger. Peignez-vous le désespoir de ces amis , quand il leur fallut se quitter : ils se jetèrent aux pieds des pirates, pour les conjurer de ne point les séparer ; mais ces corsaires , dont la barbarie étoit à léoreuve des spectacles . les plus touchants , ne se laissèrent point fléchir : au contraire, jugeant que ces deux captifs étoient des personnes considérables, et qu'ils pourroient payer une grosse rançon , ils résolurent de les partager.

Mendoce et Zarate , voyant qu'ils avoient affaire à des cœurs impitoyables, se regardoient l'un l'autre, et s'exprimoient par leurs regards l'excès de leur affliction. Mais lorsque l'on eut achevé le partage du butin, et que le pirate de Tunis voulut regagner son bord avec les esclaves qui lui étoient échus , ces deux amis pensèrent expirer de douleur. Mendoce s'approcha du Tolédan, et le serrant entre ses bras : Il faut donc, lui dit-il , que nous nous séparions ! quelle affreuse nécessité ! Ce n'est pas ;issez que Vaiulace d'un ravisseur demeure impunie, on

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nous défend même d'unir nos plaintes et nos regrets. Ah ! don Juan , qu avons-nous fait au ciel pour éprouver si cruellement sa colère? Ne cherchez point ailleurs la cause de nos disgrâces , répondit don Juan ; il ne les faut imputer qu'à moi. La mort des deux personnes que je me suis immolées, quoique excusable aux yeux des hommes, aura sans doute irrité le ciel, qui vous punit aussi d'avoir pris de l'amitié pour un misérable que poursuit sa justice.

En parlant ainsi, ils répandoient tous deux des larmes si abondamment , et soupiroient avec tant de violence , que les autres esclaves n'en étolent pas moins touchés que de leur propre infortune. Mais les soldats de Tunis, encore plus barbares que leur maître, remarquant que Mendoce tardoit à sortir du vaisseau, l'arrachèrent brutalement des bras du Tolédan , et l'entraînèrent avec eux, en le chargeant de coups. Adieu, cher ami, s'écriat-il, je ne vous reverrai plus : dona Theodora n'est point vengée; les maux que ces cruels m'apprêtent seront les moindres peines de mon esclavage.

Don Juan ne put répondre à ces paroles ; le traitement qu'il voyoit faire à son ami lui causa un saisissement qui lui ota l'usage de la voix. Gomme l'ordre de cette histoire demande que nous suivions le Tolédan, nous laisserons don Fadrique dans le navire de Tunis.

Le corsaire d'Alger retourna vers son port, où, étant arrivé , il mena ses nouveaux esclaves chez le hacha , et de là au marché où l'on a coutume de les vendre. Un officier du dey Mezzomorto acheta don Juan pour son maître , chez qui l'on employa ce nouvel esclave à tra-

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