CHAPITRE XVII
Où l'on verra jilusieurs originaux qui ne sont pas sans copie.
Observons d'abord cette troupe de gueux que vous voyez déjà dans la rue. Ce sont des libertins , la plupart de bonne famille, qui vivent en communauté comme des moines , et passent presque toutes les nuits à faire la débauche dans leur maison , où il y a toujours une ample provision de pain , de viande et de vin. Les voilà qui vont se séparer pour aller jouer leurs rôles dans les églises ; et ce soir ils se rassembleront pour boire à la santé des personnes charitables qui contribuent pieusement à leur dépense. Admirez, je vous prie , comme ces fripons savent se mettre et se travestir pour inspirer de la pitié : les coquettes ne savent pas mieux s'ajuster pour donner de r amour.
Regardez attentivement les trois qui vont ensemble du même côté. Celui qui s'appuie sur des béquilles , qui fait trembler tout son corps , et semble marcher avec tant de peine, qu'à chaque pas vous diriez qu'il va tomber sur le nez , quoiqu'il ait une longue barbe blanche et un air décrépit, est un jeune homme si alerte et si léger, qu'il passeroit un daim à la course. L'autre, qui faille teigneux, est un bel adolescent dont la tête est couverte d'une peau qui cache une chevelure de page de cour. Et l'autre , qui paroît en cul-de-jatte , est un drôle qui a l'arl de tirer de sa poitrine des sons si la-