‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 170 sur 193 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

effectivement une diète composée de quelques hidalgos de son voisinage , lesquels etoient de ses parents , et qui tous avoient , comme lui, la rage de la hidalguia. Il tint conseil avec eux, non pour leur demander s'ils étoient d'avis qu'il accordât sa sœur à Fabricio , mais pour délibérer de quelle façon il falloit punir ce jeune insolent, qui, malgré la bassesse de sa naissance, osoit aspirer à la possession d'une fille de la qualité d'Hipolita.

Dès qu'il eut exposé cette audace à l'assemblée, au seul nom de Fabricio et de fils de laboureur, vous eussiez vu les yeux de tous ces nobles s'allumer de fureur : chacun vomit feu et flamme contre l'audacieux; les uns ainsi que les autres veulent qu'il expire sous le bâton, pour expier l'outrage qu'il a fait à leur famille par la proposition d'un si honteux hyménée. Cependant, après qu'on eut considéré la chose plus mûrement, le résultat de la diète fut qu'on laisseroit vivre le coupable; mais que, pour lui apprendre à ne se plus méconnoître, on lui feroit un tour dont il auroit sujet de se souvenir longtemps.

On proposa diverses fourberies, et celle-ci prévalut. On décida quHipolita feindroit d'èti-e sensible à l'attachement de Fabricio , et que , sous prétexte de vouloir consoler ce malheureux amant du refus que don Thomas feroit de le prendre pour beau-frère, elle lui donneroit une nuit rendez-vous au château, où, dans le temps qu'il seroit introduit par la femme maure , des gens apostés le surprendroient avec cette soubrette, qu'on lui feroit épouser par force.

La sœur de Xaral se prêta d'abord sans répugnance à cette supercherie : il lui sembla ({u'il y alloit de sa

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gloire de regarder comme une injure la recherche d'un homme d'une condition si inférieure à la sienne. Mais cette orgueilleuse disposition fit bientôt place à des mouvements de pitié} ou plutôt l'amour se rendit tout-à-coup maître de la fierté d'Hipolita.

Dès ce moment, elle vit les choses d'un autre œil : elle trouva l'obscure origine de Fabricio compensée par les belles qualités qu'il avoit, et n'aperçut plus en lui qu'un cavaHer digne de toute son affection. Admirez, seigneur écolier, admirez le prodigieux changement que cette passion est capable de produire : cette même fille qui s imaginoit qu'un prince à peine méritoit de la posséder, s entête en un instant d'un fils de laboureur, et s'applaudit de ses prétentions , après les avoir envisagées comme une ignominie.

Elle s'abandonna au penchant qui fentraînoit; et, bien loin de sei'vir le ressentiment de son frère, elle entretint avec Fabiùcio une secrète intelligence , par f entremise de la femme maure , qui le faisoit entrer quelquefois la nuit dans la chaumière. Mais don Thomas eut quelque soupçon de ce qui se passoit : sa sœur lui devint suspecte; il fobserva, et fut convaincu, par ses propres yeux , qu'au lieu de répondre aux intentions de la famille , elle les trahissoit. Il en avertit promptement deux de ses cousins, qui, prenant feu à cette nouvelle, commencèrent à crier : Vengeance, don Thomas! vengeance!..., Xaral, qui n'avoit pas besoin d'être excité à tirer raison d'une offense de cette nature, leur dit , avec une modestie espagnole , qu'ils verroient l'usage qu'il savoit faire de son épée , quand il s'agissoit de l'employer à venger son honneur : ensuite, il les

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