NOTICE SUR LA VIE
en retarda encore la représentation , qui n'eut lieu que le i4 février; la pièce n'eut que sept représentations. Le grand froid , qui continuait toujours; les murmures de beaucoup de gens, qui trouvaient trop de ressemblance dans les portraits ; le succès même que la pièce avait eu dans les sociétés, furent les causes du peu de succès qu'elle eut alors au théâtre. Bourvalais et de Lanouc étaient surtout ceux à qui l'on appliquait les traits satiriques. Les parvenus du jour étaient immolés sans pitié. Leurs ressources, leur manège , leurs folles dépenses, leurs amours insensées, leur vanité, leur bassesse, leur friponnerie, leur sottise , tout était bien peint. Si le tableau n'était pas celui de la bonne compagnie , il n'en était pas moins ressemblant. Il ne l'est plus aujourd'hui. Le ridicule versé par Le Sage a corrigé , sinon le fond, du moins les formes de cette classe d'hommes , et peu d'auteurs comiques ont produit cet effet. « Les financiers , a-t-on dit, se sont si consi- « dérablement éloignés du caractère joué et ba- « foué par l'auteur, qu'ils peuvent en rire aujour- « d'hui avec le public , comme d'un ridicule « entièrement étranger à leur état. » Lorsque Turcaret iut repris, le succès fut complet, et la pièce est dans tous les répertoires.
La Tontine , comédie en un acte , présentée et reçue en 1708, ne put être jouée que vingt-quu-
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tre ans après. Les comédiens furent sans doute pour quelque chose dans ce retard. Le Sage, mécontent, se brouilla avec eux, et renonça au théâtre , ou du moins au Théâtre-français , et tourna ses regards d'un autre côté. Son ami François Petis de Lacroix ayant traduit de l'arabe les Mille et un jours , Le Sage en revit le style , et l'ouvrage fut publié en 17 lo, 1 volumes in- 12.
Outre les deux grands théâtres (l'Opéra et les Français ) , il y avait alors à Paris les spectacles temporaires des foires Saint- Germain et Saint- Laurent, fondées, la première du moins, depuis le douzième siècle. On avait, en i65o, commencé à y dresser des théâtres. Il n'y parut d'abord que des marionnettes; mais en 1690, un nommé Bertrand augmenta son jeu de marionnettes d'une troupe de jeunes gens de l'un et de l'autre sexe. Tout était privilège : les comédiens français, ayant exclusivement celui de parler français sur des planches , firent démolir la loge de Bertrand. Les comédiens italiens , qui , après plusieurs tentatives, avaient enfin pris racine en France depuis i653, devaient la permission de parler français dans leurs canevas à l'adresse et à la présence d'esprit du fameux Dominique. Lors de la contestation qui s'était élevée à ce sujet entre les comédiens français et les Italiens, Louis xiv désira entendre lui-même les raisons de part et d'autre:
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il fit venir devant lui Baron et Dominique. Baron parla le premier, au nom des comédiens français. Quand vint le tour de Dominique : «Sire, dit-il , « comment parlerai-je? — Parle comme tu vou- « dras, répondit le roi. — Il ne m'en faut pas da- « vantage, ajouta Dominique, j'ai gagné ma cause.» Baron voulut réclamer contre cette surprise; mais le roi dit en riant qu'il avait prononcé , et qu'il ne se dédirait pas. Les comédiens italiens ayant été congédiés en 169-7 pour avoir annoncé la Fausse Prude, comédie dans le titre de laquelle on vit une épigramme contre la veuve Scarron, devenue femme de I>ouis xiv , les entrepreneurs des jeux de la foire se portèrent leurs héritiers, et jouèrent des fragmens de quelques farces italiennes. On s'y rendait en foule. Les comédiens français se plaignirent du tort que leur faisait cette nouveauté, et obtinrent des arrêts qui défendirent aux acteurs forains de donner aucune comédie par dialogue. Les juges furent pris au mot; ils interdisaient les comédies par dialogue ; on no donna que des scènes, formant chacune un sujet particulier. Ce genre de spectacle fut encore prohibé.
Le terrain , sur lequel est aujourd'hui construit un magnifique marché, était alors occupé par ce qu'on appelait le préau delà foire, et appartenait à l'abbaye Saint-Gcrmain-des-Prés, qui tirait de
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gros profits de sa location. Les comédiens forains s'adressèrent au cardinal d'Estrées, alors abbé de Saint-Germain : et un prince de l'Église ne put refuser d'être le protecteur de ses locataires.
Malgré cela, en 1707, on défendit les scènes en dialogue.
Les spectacles forains eurent alors recours aux scènes en monologues, c'est-à-dire qu'un seul acteur parlait, et que les autres faisaient des signes pour exprimer ce qu'ils voulaient dire. Bientôt ils imaginèrent de faire rentrer dans les coulisses l'acteur qui avait parlé; l'acteur resté sur la scène parlait à son tour , et se retirait pour faire place à celui qui était dans les coulisses ; quelquefois les mêmes acteurs parlaient et répondaient dans les coulisses ; d'autres fois l'acteur parlant répétait tout haut ce que son camarade lui avait dit tout bas. A bien dire , c'était se moquer des défenses; mais on applaudit toujours aux ruses par lesquelles on se soustrait aux vexations de l'autorité. Le public suivait assidûment les spectacles de la foire, et la persécution était pour quelque chose dans l'intérêt qu'on leur portait. On leur reprocha de nouveau d'éluder le jugement; ils protestèrent s'y être soumis , puisqu'ils n'avaient joué que des scènes en monologues , et que tout ce qui n'est pas défendu est permis.
Un nommé Alard et la veuve Maurice, pour