‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 72 sur 193 · CHAPITRE Vil. gy · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. gy

ment , je ne vois point à la cour de cavalier que vous n'effaciez,

Lecuyer sourit à ce discours qui flattoit agréablement sa vanité, et répondit en faisant l'aimable : Tu me flattes , mon ami , ou bien il faut en effet que tu m'aimes , et que ton amitié me prête des grâces que la nature m'a refusées. Je ne le crois pas, répliqua le flatteur; car il n'y a personne qui ne parle de vous aussi avantageusement que moi. Je vo udrois que vous eussiez entendu ce que me disoit encore hier une de mes cousines qui sert une fille de qualité.

Don Côme ne manqua pas de demander ce que cette cousine avoit dit. Comment ! reprit le page, elle s'étendit sur la richesse de votre taille , sur l'agrément qu'on voit répandu dans toute votre personne ; et ce qu'il y a de meilleur , c'est qu'elle me dit confidemment que donu Luziana, sa maîtresse, prenoit plaisir à vous regarder au travers de sa jalousie , toutes les fois que vous passiez devant sa maison.

Qui peut être cette dame.»^ dit l'écuyer, et où demeuret elle ? Quoi! répondit Domingo, vous ne savez pas que c'est la fille unique du mestre de camp don Fernando , notre voisin ? Ah! je suis à présent au fait, reprit don Côme. Je me souviens d'avoir oui vanter le bien et \.i beauté de cette Luziana; c'est un excellent parti. Mais seroit-il possible que je me fusse attiré son attention ? N'en doutez pas , repartit le page : ma cousine me l'a dit ; quoique soubrette , ce n'est point une menteuse , et je vous réponds délie comme de moi-même. Cela étant , dit l'écuyer, il me prend envie d'avoir une conversation pai'ticulière avec ta parente, de la mettre dans mes inte- Le Diable boiteux. y

q8 le diable noiTEUX.

rôts par quelques petits présents , suivant l'usage j et si elle me conseille de rendre des soins à sa maîtresse , je tenterai la fortune. Pourquoi non ? Je conviens qu'il y a de la distance de mon rang à celui de don Fernando • mais je suis gentilhomme une fois , et je possède cinq cents bons ducats de rente. Il se fait tous les jours des mariages plus extravagants que celui-là.

Le page fortifia son gouverneur dans sa résolution, et lui ménagea une entrevue avec la cousine, qui , trouvant l'écuyer disposé à tout croire , l'assura que sa maîtresse avoit du goût pour lui. Elle m'a souvent interrogée sur votre chapitre, lui dit-elle, et ce que je lui ai répondu là-dessus ne doit pas vous avoir nui : enfin , seigneur écuyer, vous pouvez vous flatter justement que dona Luziana vous aime en secret. Faites-lui hardiment connoître vos légitimes intentions : montrez-lui que vous êtes le cavalier de Madrid le plus galant, comme vous en êtes le plus beau et le mieux fait : donnez-lui surtout des sérénades , rien ne lui sera plus agréable j de mon côté je lui ferai bien valoir vos galanteries , et j'espère que mes bons offices ne vous seront pas inutiles. Don Côme, transporté de joie de voir la soubrette entrer si chaudement dans ses intérêts, l'accabla d'embrassades ; et lui mettant au doigt une bague de peu de valeur , qii'il avoit apportée exprès pour lui faire présent : Ma chère Floi'etta , lui dit-il , je ne vous donne ce diamant que poiu" faire connoissance avec vous : j'ai dessein de reconnoître, par une plus solide récompense, les services que vous me rendrez.

On ne sauroit être plus satisfait qu'il le fut de son entretien avec la suivante. Aussi, non seulement il re-

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