CHAPITRE VU. gg
mercia Domingo de le lui avoir procuré , il le gratifia d'une paire de bas de soie et de quelques chemises garnies de dentelles, lui promettant d'ailleurs de ne laisser échapper aucune occasion de lui être utile. Ensuite le consultant sur ce qu'il avoit à faire : Mon ami, lui dit-il, quel est ton sentiment? Me conseilles-tu de débuter par une lettre passionnée et sublime à dona Luziana? C'est mon avis , répondit le page : faites-lui une déclaration d'amour en haut style ; j ai un pressentiment qu'elle ne la recevra pas mal. Je le crois de même , reprit l'écuyer; je vais à tout hasard commencer par là. Aussitôt il se mit à écrire; et après avoir déchiré pour Je moins vingt brouillons , il parvint à faire un billet doux auquel il s'arrêta. Il en fit la lecture à Domingo, qui, l'ayant écouté avec des gestes d'admiration , se chargea de le porter sur-le-champ à sa cousine. Il étoit conçu dans ces termes fleuris et recherchés :
" Il y a long-temps, charmante Luziana, que , sur la « foi de la renommée qui publie partout vos perfections, « je me suis laissé enflammer d'un ardent amour pour « vous. Néanmoins, malgré les feux dont je suis la proie, « je n'ai osé hasarder aucun acte de galanterie : mais , « comme il m'est revenu que vous daignez arrêter vos c regards sur moi quand je passe devant la jalousie qui « dérobe aux yeux des hommes votre beauté céleste, « et même que , par une influence de votre astre , très- « heureuse pour moi , vous inclinez à me vouloir du « bien , je prends la liberté de me consacrer à voti-e « service. Si je suis assez fortuné pour l'obtenir, je re- « nonce à toutes les dames passées , présentes et à venir. '< Don CÔME de la Higuera. «
lOO LE DIABLE BOITEUX.
Le page et la suivante ne manquèrent pas de s'égayer aux dépens du seigneur don Côme, et de se divertir de sa lettre. Ils n'en demeurèrent pas là : ils composèrent à frais communs un billet tendre , que la femme de chambre écrivit de sa main, et que Domingo rendit le jour suivant à l'écuyer, comme une réponse de dona Luziana. Il contenoit ces paroles :
« Tignore qui peut vous avoir si bien instruit de mes " sentiments secrets. C'est une trahison que quelqu'un « m'a faite; mais je la lui pardonne , puisqu'elle est cause « ([ue vous m'apprenez que vous m'aimez. De tous les « hommes que je vois passer dans ma rue, vous êtes « celui que je prends le plus de plaisir à regarder, et je « veux bien que vous soyez mon amant ; peut-être ne « devrois-je pas le vouloir, et encore moins vous le dire. « Si c'est une faute que je fais , votre mérite me rend « excusable.
« Dona Luziana. »
Quoique cette réponse fût un peu vive pour la fille d'un mestre de camp , car les auteurs n'y avoient pas regardé de si près, le présomptueux don Côme ne s'en défia point : il s'estimoit assez pour s'imaginer qu'une dame pouvoit oublier pour lui les bienséances. Ah ! Domingo, s'écria-t-il d'un air triomphant, après avoir lu à haute voix la lettre supposée, tu vois, mon ami, si la voisine en tient : je serai bientôt gendre de don Fernando, ou je ne suis pas don Côme de la Higuera.
Il n'en faut pas douter, dit le bourreau de confident; vous avez fait sur sa fille une furieuse impression. Mais à propos , ajouta-til , je me souviens que ma parente