‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 5)Chapitre 80 sur 193 · CHAPITRE VIII. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. Il

la dame a refusé de contenter ses désirs ; mais elle l'a flatté de quelque espérance, en lui disant qu'il y avoit du temps pour tout, et que ce n'étoit pas dans un cabaret qu'elle vouloit reconnoître le plaisir qu'il lui avoit fait : puis, entendant sonner une heure après midi , elle a pris un air inquiet , et dit à sa compagne : Ah! ma chère Jacinthe , que nous sommes malheureuses ! Nous ne trouverons plus de place pour voir les taureaux. Pardonnezmoi, a repondu Jacinthe ; ce cavalier n'a qu'à nous remener où il nous a si poliment abordées, et ne vous mettez pas en peine du reste.

Avant que de sortir de la taverne, il a fallu compter avec l'hôte , qui a fait monter la dépense à cinquante réaies. Le bourgeois a mis la main à la bourse ; mais n'y trouvant que trente réaies , il a été obligé de laisser en gage, pour le reste, son rosaire chargé de médailles d'argent; ensuite il a reconduit les aventurières où il les avoit prises , et les a placées commodément sur un échafaud , dont le maître , qui est d« sa connoissance , lui a fait crédit.

Elles ne sont pas plutôt assises, qu'elles demandent des rafraîchissements. Je meurs de soif, s'écrie l'une; le jambon m'a furieusement altérée. Et moi de même, dit lautre , je boirois bien de la limonade. Patrice, qui n'entend que trop ce que cela veut dire , les quitte pour aller leur chercher des liqueurs; mais il s'arrête en chemin, et se dit à lui-même: Où vas-tu, insensé? Ne semble-t-il pas que tu aies cent pistoles dans ta bourse ou dans ta maison? Tu n'as pas seulement un maravédi. Que ferai-je? ajouta-t-il ; de retourner vers la dame sans lui porter ce quelle désire, il ny a pas d apparence:

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d'un autre côté , faut-il que j'abandonne une entreprise si avancée? je ne puis m'y résoudre.

Dans cet embarras, il aperçoit parmi les spectateurs un de ses amis qui lui avoit souvent fait des offres de services, que, par fierté, il n'avoit jamais voulu accepter. Il perd toute bonté en cette occasion. Il le joint avec empressement, et lui emprunte une double pistole , avec quoi , reprenant courage , il vole cbez un limonadier, d'où il fait porter à ses princesses tant «l'^aux glacées , tant de biscuits et de confitures sècbes , que le doublon suffit à peine à cette nouvelle dépense.

Enfin la fête finit avec le jour; et notre bomme va conduire sa dame cbez elle, dans l'espérance d'en tirer bon parti. Mais lorsqu'ils sont devant une maison où elle dit qu'elle demeure, il en sort une espèce de servante qui vient au-devant de Luisita, et lui dit avec agitation : Hé ! d'où venez-vous à l'beure qu'il est ? Il y adeuxbeures que le seigneur don Gaspard Héridorvotre frère vous attend em jurant comme un possédé. Alors la sœur, feignant d'être effrayée, se tourne vers le galant , et lui dit tout bas en lui serrant la main : Mon frère est un bomme d'une violence épouvantable; mais sa colère ne dure pas : tenez -vous dans la rue , et ne vous impatientez point; nous allons l'apaiser; et comme il va tous les soirs souper en ville , d'abord qu'il sera sorti , Jacinthe viendra vous en avertir, et vous introduira dans la maison.

Le bourgeois, que cette promesse console, baise avec transport la main de Luisita , qui lui fait quelques caresses, pour le laisser sur la bonne boucbe, puis elle entre dans la maison avec Jacinthe et la servante. Pa-

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